10/09/18 à 15:11 - Mise à jour à 15:10

"Non à l'ingérence du Rwanda dans les communales belges"

L'éviction de Gustave Mbonyumutwa, un candidat belge d'origine rwandaise qui se présentait en tant que chef de file DéFI à Saint-Georges-Sur-Meuse, et la tentative d'éviction de deux autres jeunes candidats belges d'origine rwandaise, Laure Uwase, et Mugabe Nizeyimana qui se présentent respectivement sur les liste CD&V de Denderleeuw et CDH-CD&V de Schaarbeek, ont fait la une des journaux ces derniers jours.

"Non à l'ingérence du Rwanda dans les communales belges"

© iStock

En plus d'être d'origine rwandaise, ces trois candidats ont la particularité d'être membres de l'ASBL Jambo, une association de défense des droits de l'Homme très critique envers le régime du Président Paul Kagame du Rwanda.

Cette éviction et ces tentatives d'éviction soulèvent la question de savoir jusqu'à quand, la Belgique va-t-elle tolérer les ingérences récurrentes du régime rwandais dans ses affaires internes.

Le point de départ se situe au 26 juillet 2018, après que Laure Uwase (CD&V Denderleeuw) ainsi Gustave Mbonyumutwa (DéFI à Saint-Georges-sur-Meuse) ont annoncé leur candidature sur les réseaux sociaux. Dans la foulée, ils reçurent publiquement un étrange avertissement via le réseau social twitter "si vous croyez que des éléments négationnistes et subversifs rwandais peuvent tranquillement se porter candidats sur des listes de grands partis politiques belges sans conséquences diplomatiques, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil !"

Immédiatement, une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux ainsi que dans certains médias rwandais a commencé contre ces candidats. En parallèle, certaines associations belgo-rwandaises ont entamé une campagne en coulisses auprès des partis politiques concernés, afin que ceux-ci retirent les candidats membres de l'asbl JAMBO de toutes leurs listes.

Le 30 août 2018, la campagne a fait mouche auprès du parti Défi, mais c'est un Sénateur Belge, membre d'un autre parti (MR) et ayant récemment acquis la nationalité rwandaise "pour services rendus" qui annonça en premier, via ses trois comptes Facebook, l'écartement de Gustave Mbonyumutwa des listes communales et provinciales de Saint-Georges-sur-Meuse, au motif qu'il serait "négationniste et président d'une asbl négationniste du génocide contre les Tutsi".

Saisis des mêmes requêtes pour exclure les autres candidats membres de l'asbl JAMBO, le CDH et le CD&V ont, après enquêtes internes, envoyé une fin de non recevoir aux accusateurs estimant les accusations de négationnisme non fondées et considérant que ces jeunes citoyens étaient victimes d'"une campagne de diffamation" en raison de leurs positions critiques envers le régime rwandais.

Ingérence du Rwanda dans la démocratie Belge ?

Ce n'est pas la première fois que le régime rwandais s'ingère directement dans les rapports entre la Belgique et ses citoyens. Le 1er mars 2018, la même ASBL avait souhaité organiser une conférence débat autour d'une proposition de loi visant à criminaliser la négation du génocide perpétré contre les tutsis. L'ASBL entendait, comme dans tout processus démocratique, créer le débat autour de la loi avant son adoption. Suite à l'intervention de la diplomatie rwandaise et de l'ambassade du Rwanda en Belgique, la conférence avait été annulée et c'est l'ambassadeur du Rwanda en personne qui avait communiqué publiquement sur Twitter l'annulation de la conférence avant même que les principaux concernés n'en soient informés par le parlement.

Le négationnisme brandi pour éteindre la critique

Les accusations récurrentes de négationnisme du génocide contre les Tutsi portées contre ceux qui critiquent le régime actuel du Rwanda ou évoquent les crimes dont ce dernier s'est rendu coupable posent question.

Déjà, dès janvier 1995, dans une note interne de Médecins sans frontières dont les équipes sur le terrain au Rwanda assistaient aux horreurs du nouveau régime, Jean Hérvé Bradol, coordinateur MSF France décrivait "une chape de plomb mise principalement par quelques aficionados du régime qui, dès que quelqu'un mentionne un crime commis par le nouveau pouvoir, le traite de génocidaire, de complice des génocidaires, de révisionniste, de négationniste".

Plus récemment, dans une analyse publiée par le journal LeMonde, le sociologue français Marc le Pape décrivait comment l'accusation de négationnisme, était de plus en plus couramment utilisée contre les auteurs qui, "en même temps qu'ils relatent le génocide des Tutsi, évoquent les crimes de masse commis par le Front patriotique rwandais (FPR), notamment entre 1993 et 1997."[6]

En Belgique, le Journaliste de la VRT, Peter Verlinden ainsi que le Professeur de Droit Filip Reyntjens sont régulièrement harcelés et calomniés sur les réseaux sociaux avec ce type d'accusations.

Qu'au Rwanda, la dictature empêche des citoyens comme Victoire Ingabire et Diane Rwigara les deux dernières femmes à avoir voulu se présenter aux élections présentielles rwandaises de 2010 et 2017 et sont emprisonnées depuis est une chose, mais qu'on en vienne à vouloir priver des citoyens belges, de se présenter à des élections locales portant sur des enjeux locaux au sein de leurs propres communes en brandissant une accusation de négationnisme sans autre forme de procès est une pratique qui questionne la souveraineté de la Belgique vis-à-vis d'un régime étranger.

Il est donc impératif de légiférer ou, à défaut, qu'une autorité belge compétente statue définitivement sur la signification du négationnisme et les éléments constitutifs de ce délit dans le contexte rwandais afin d'éviter que l'accusation ne continue à être instrumentalisée afin de nuire aux critiques légitimes du régime dirigé d'une main de fer par le Général Paul kagame avec toutes les conséquences néfastes qui en découlent sur la vie privée, publique et professionnelle des citoyens concernés .

Ruhumuza Mbonyumutwa

Membre de Jambo ASBL, Rédacteur auprès du média www.jambonews.net

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