En politique, il est parfaitement possible de vouloir tout et son contraire. Comme de participer activement à la gestion de l'Etat belge tout en souhaitant ouvertement sa disparition par conviction nationaliste flamande. La N-VA le prouve tous les jours, depuis octobre 2014, en oeuvrant au sein de l'exécutif. Mais bien avant le pari pris par le parti de Bart De Wever, la défunte Volksunie (VU) avait tracé la voie en se frottant à deux reprises à l'exercice du pouvoir national belge : en 1977-1978 au sein des gouvernements Tindemans IV et Vanden Boeynants II, et de 1988 à 1991 dans l'attelage Martens VIII.
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En politique, il est parfaitement possible de vouloir tout et son contraire. Comme de participer activement à la gestion de l'Etat belge tout en souhaitant ouvertement sa disparition par conviction nationaliste flamande. La N-VA le prouve tous les jours, depuis octobre 2014, en oeuvrant au sein de l'exécutif. Mais bien avant le pari pris par le parti de Bart De Wever, la défunte Volksunie (VU) avait tracé la voie en se frottant à deux reprises à l'exercice du pouvoir national belge : en 1977-1978 au sein des gouvernements Tindemans IV et Vanden Boeynants II, et de 1988 à 1991 dans l'attelage Martens VIII. Serge Govaert, attaché au Crisp, revient longuement sur ces expériences jamais banales (1). La N-VA n'est certes pas ce que fut la VU et l'étude recense ce qui distingue l'une de l'autre. Mais elle dégage le fil rouge qui balise ces trois participations gouvernementales des nationalistes flamands : la délicate confrontation des aspirations à une Flandre autonome, voire indépendante, à la réalité des intérêts de la Belgique. La VU hier, la N-VA aujourd'hui, n'ont pas le monopole de cet inconfort. Serge Govaert a localisé sur la scène politique italienne un cas assez similaire. Détour par la Lega Nord ou Ligue du Nord pour l'indépendance de la Padanie, issue en 1991 d'une agglomération de petites ligues régionales du nord sur lesquelles un certain Umberto Bossi impose son leadership. A son programme : l'indépendance des régions septentrionales de l'Italie. A son actif : une percée sur un échiquier politique ébranlé par une vague de scandales politico-financiers dans les années 1990. Au compteur : trois participations à un gouvernement national italien (en 1994, en 2001-2006 et 2008-2011). Trait saillant : une alternance de moments de radicalisation et d'assouplissement, également en usage chez les nationalistes flamands. " La Lega Nord, comme surtout la N-VA, a su mettre en sourdine à certains moments clés ce qui est pourtant un élément fondamental de son programme : la sécession ", relève Serge Govaert. C'est le prix à payer pour accéder au pouvoir national. Avec cet éternel défi en pareilles circonstances : gérer un courant indépendantiste radical toujours tenté de prendre le large, faute de pouvoir supporter " ce qu'il considère comme des compromissions excessives. Conserver cet électorat est une gageure. " Jusqu'à preuve du contraire, le succès électoral n'est jamais venu récompenser ces pirouettes dictées par l'appel du pouvoir : la VU encaisse une déroute au scrutin de 1978, enregistre un recul sensible en 1991. La Lega Nord a subi plusieurs revers électoraux et traverse une passe difficile depuis 2010. Une N-VA avertie en vaut deux ? A ceci près que la formation, note l'étude du Crisp, " semble jouer d'une particularité belge qui fait du PS la première force politique dans le sud du pays : l'isoler peut conduire à la fois à la réalisation du programme socio-économique du parti nationaliste (si le PS se replie sur ses bastions) et à un renforcement de l'autonomie des entités fédérées. " (1) La Montée des nationalistes flamands au pouvoir dans les gouvernements fédéraux 1977-2014, par Serge Govaert, Courrier hebdomadaire du Crisp, 2016.