Bart De Wever parle d'"abdication démocratique". Pour lui un gouvernement en affaires courantes n'a rien à voir avec la politique, car un pays se doit d'être gouverné. S'il reconnaît que le timing n'est peut-être pas des plus heureux, la seule issue logique est, pour lui, des élections anticipées afin de donner la parole au citoyen.
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Bart De Wever parle d'"abdication démocratique". Pour lui un gouvernement en affaires courantes n'a rien à voir avec la politique, car un pays se doit d'être gouverné. S'il reconnaît que le timing n'est peut-être pas des plus heureux, la seule issue logique est, pour lui, des élections anticipées afin de donner la parole au citoyen. Une option qui arrangerait le parti puisque cela lui permettra d'encore surfer sur la vague née de sa position très ferme sur le Pacte des Nations Unies sur les migrations. Elle en est persuadée : une majorité de la population est de son côté et ses ministres sont morts au champ d'honneur pour défendre leur principe. Des principes sur le pacte de Marrakech, mais aussi sur le plan socio-économique. Les membres de la N-VA ont aussi ressorti leur panoplie de Calimero. Au QG des nationalistes flamands, on pense que "la façon humiliante dont les excellences de la N-VA ont été " éjectées " du gouvernement peut être exploitée", comme la "méchanceté" des parlementaires CD&V et Open VLD et la sortie sur le fait d'être du "bon côté de l'histoire" de Charles Michel.Ce dernier leur a d'ailleurs fait un formidable cadeau d'adieu. En faisant une volteface à gauche et en se montrant prêt, dans une tentative désespérée, à faire beaucoup de concession lors de sa déclaration au parlement, il leur a ouvert un boulevard en redonnant du lustre à l'ancienne opposition PS-N-VA. En faisant les yeux doux à la gauche, dès que la N-VA avait quitté le navire, Michel a réveillé le vieux démon qui voulait que le seul barrage au PS était la N-VA. La N-VA a encore enfoncé le clou en jouant plus ou moins subtilement la complicité présumée de l'Open VLD et du CD&V. D'ailleurs, ce n'est pas parce que le gouvernement Michel s'est vautré qu'on ne peut pas repartir pour un tour, laisse-t-on entendre ici et là. Et "on" ne voudrait tout de même pas laisser la voie libre au PS, si ? Avec cette théorie, ils ont déjà gagné deux élections, alors pourquoi pas une troisième dit encore De Standaard. A ceci près que, si tout cela est du pain béni pour les militants, il se peut que cela fasse fuir ce qu'on appelle l'électeur flottant. Celui qui n'est pas un convaincu de longue date et qui vote en fonction de son humeur ou des circonstances. Pour lui, le parti s'est peut-être laissé emporter trop près des rivages du Vlaams Belang. Mais ce n'est pas le seul, et peut-être le plus embêtant, des désavantages. Le parti va devoir aussi composer avec l'image d'un partenaire peu fiable auprès des collègues. Elle n'a changé d'avis que sur le tard sur le pacte de migration et ne voulait pas voter son propre budget sous prétexte qu'un autre thème, celui de la migration, était devenu leur nouvelle priorité. Ce manque de confiance va venir sérieusement compliquer les discussions à venir. A un moment ou un autre, ce sera l'heure des règlements de compte. Et ceux-ci pourraient être particulièrement retors. On ne sait, par exemple, pas si la Chambre approuvera une déclaration de révision de la Constitution, malgré l'accord de la coalition suédoise. Or des accords dans le domaine communautaire ne valent pas bien lourd sans révision de cette dernière. La N-VA, même en sortant victorieuse des élections, pourrait bien se retrouver dans le rôle de celui qui est pris qui croyait prendre.