Levif.be : Pourquoi avoir participé à la manifestation contre la venue de Theo Francken à Verviers ? Estimez-vous que c'est la place d'une bourgmestre ?

Muriel Targnion : Dans mon combat politique depuis 20 ans, j'ai toujours manifesté contre les idées que je considérais comme populistes ou extrémistes. C'était déjà le cas quand j'étais Jeune socialiste. Je trouve que c'est un combat qu'il ne faut jamais lâcher, surtout dans notre pays où l'on retrouve ce genre de personnage au gouvernement. Manifestement Theo Francken s'oppose au fait que j'aie le droit de manifester, mais j'en ai le droit. Un bourgmestre est l'élu d'un parti, c'est normal qu'il ait des opinions politiques. Il n'y a rien qu...

Muriel Targnion : Dans mon combat politique depuis 20 ans, j'ai toujours manifesté contre les idées que je considérais comme populistes ou extrémistes. C'était déjà le cas quand j'étais Jeune socialiste. Je trouve que c'est un combat qu'il ne faut jamais lâcher, surtout dans notre pays où l'on retrouve ce genre de personnage au gouvernement. Manifestement Theo Francken s'oppose au fait que j'aie le droit de manifester, mais j'en ai le droit. Un bourgmestre est l'élu d'un parti, c'est normal qu'il ait des opinions politiques. Il n'y a rien qui lui interdise d'exprimer ses opinions, il ne doit pas être neutre. Un bourgmestre est également citoyen et a le droit de manifester, c'est un droit constitutionnel. Ce que je réprouve en revanche, c'est qu'une vingtaine de radicaux de gauche, cagoulés, se soient joints à notre manifestation. C'est eux qui étaient contre la police, qui ont envoyé des pétards, qui ont lancé des cailloux. Je me suis d'ailleurs engueulée à plusieurs reprises avec une partie des manifestants, car je n'approuvais pas leur attitude violente. Ces gens-là sont des casseurs. Je ne cautionne absolument pas cette partie-là des manifestants et j'avais bien dit à la police qu'il fallait agir s'il y avait des débordements à cause de casseurs. La police a fait son travail. Mais la majorité des manifestants était simplement là pour exprimer une position, contre des idées qu'on ne partage pas. Je ne manifestais pas contre le livre, car je n'ai pas eu l'occasion de le lire. Hier, j'ai vu des gens venir pour la conférence avec le crâne rasé, avec des croix gammées tatouées sur eux. Même si, dans notre pays, on a considéré que la N-VA n'était pas extrémiste, il est de mon droit de considérer que ce n'est pas le cas. C'est l'ensemble du discours de Theo Francken au cours de sa carrière que je n'aime pas. On sait qu'il ne faut pas banaliser ce genre de personnage et c'est ce qu'on voulait dire à travers cette manifestation. Je n'ai pas interdit sa conférence. Elle se tenait dans un lieu privé, avec des invitations privées donc je n'avais pas à me positionner. J'aurais pu me positionner comme bourgmestre en trouvant une excuse de problématique d'ordre public. C'est Theo Francken qui a fait demi-tour. Je trouve que, face aux extrémistes, on doit justement être attentifs à être démocrates le plus possible. Je n'ai donc pas voulu prendre de fausses excuses démocratiques. Que du contraire, il a pu venir, de même que ses sympathisants. Mais la liberté va dans les deux sens : il a le droit de s'exprimer, mais la Constitution nous autorise à nous rassembler pour nous exprimer sur n'importe quel sujet, on a le droit de manifester. C'est pour ça que j'ai décidé de prendre part à cette manifestation.