Moureaux: Depuis les attentats, je suis la cible d'innombrables mensonges et d'insultes. Je ne peux pas laisser passer tout cela. Comme j'aime écrire et que j'écris beaucoup depuis que je suis retraité, un livre me paraissait le meilleur choix. Après trois ans d'absence, je suis retourné dans les quartiers populaires. J'ai parlé de jihadisme avec des jeunes. Je dois admettre que j'étais parfois très étonné. La jeunesse de Molenbeek semble avoir complètement changé en trois ans. Quant à l'époque, j'avais des discussions difficiles avec des jeunes, il s'agissait de petits larcins, de vandalisme, et de ce genre de choses. Aujourd'hui, ils parlent uniquement de la Syrie. Vous vous souvenez des images d'Abdelhamid Abaaoud en Syrie dans une voiture qui traîne des cadavres ? Un homme normal a l'estomac qui se retourne en voyant ce genre d'images. Mais certains de ses amis l'admirent. Ils trouvent que c'est un héros, un gars qui en a.
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Moureaux: Depuis les attentats, je suis la cible d'innombrables mensonges et d'insultes. Je ne peux pas laisser passer tout cela. Comme j'aime écrire et que j'écris beaucoup depuis que je suis retraité, un livre me paraissait le meilleur choix. Après trois ans d'absence, je suis retourné dans les quartiers populaires. J'ai parlé de jihadisme avec des jeunes. Je dois admettre que j'étais parfois très étonné. La jeunesse de Molenbeek semble avoir complètement changé en trois ans. Quant à l'époque, j'avais des discussions difficiles avec des jeunes, il s'agissait de petits larcins, de vandalisme, et de ce genre de choses. Aujourd'hui, ils parlent uniquement de la Syrie. Vous vous souvenez des images d'Abdelhamid Abaaoud en Syrie dans une voiture qui traîne des cadavres ? Un homme normal a l'estomac qui se retourne en voyant ce genre d'images. Mais certains de ses amis l'admirent. Ils trouvent que c'est un héros, un gars qui en a.Pourquoi vouliez-vous retourner dans ces quartiers de Molenbeek après les attentats de Paris ? Je voulais voir de mes yeux ce qu'il se passe aujourd'hui. Je suis parti en octobre 2012. La façon dont j'ai éjecté de la majorité m'a tellement touché que j'ai lâché Molenbeek, et que je me suis occupé d'autres choses. Et puis, il y a eu le drame à Paris. Rapidement, on a constaté qu'une partie des coupables avaient des liens avec Molenbeek, et on m'a accusé. Vous avez eu énormément de critiques, mais très peu de soutien. Pas même de votre parti, bizarrement. On m'a dit que pour des raisons tactiques il était inopportun de venir publiquement à mon secours. Mais cela a été une erreur. À première vue, on visait uniquement Moureaux, mais on veut évidemment toucher le PS, et pousser toute la gauche dans ledit islamosocialisme, un terme épouvantable inventé par la N-VA. Je réponds point par point à ceux qui me lancent ce reproche à la figure. Mais quoi que je dise, peu importe. Les mêmes mensonges reviennent toujours. Le gouvernement fédéral s'est d'ailleurs tiré une balle dans le pied dans sa tentative transparente de me faire porter le chapeau à Molenbeek. Car on pouvait s'attendre à ce qui a suivi : cela a commencé par le bashing de Molenbeek, mais rapidement Bruxelles et toute la Belgique en ont pris pour leur grade.N'auriez-vous pas dû vous montrer beaucoup plus répressif quand le fondamentalisme musulman a émergé ? Mais c'est ce que j'ai fait! J'ai été profondément choqué de voir des burqas apparaître dans les rues. J'ai été le premier bourgmestre de Belgique à promulguer une interdiction contre le port de vêtements qui dissimulent le visage comme le niqab ou la burqa. C'est d'ailleurs pour cette raison que les gars de Sharia4Belgium sont venus à Molenbeek. Mais aujourd'hui, on n'en parle plus. À l'époque, j'ai aussi licencié un fonctionnaire qui ne voulait plus serrer la main aux femmes. Et j'ai fondé une cellule de radicalisation après l'incident avec Sharia4belgium en 2012. Quelque chose n'est-il pas en train de pourrir au coeur de cette commune? Après l'arrestation de Salah Abdeslam, le quotidien De Morgen a cité un habitant de Molenbeek. "Tout le monde savait où il était : personne n'a informé la police". C'est du bluff et de la vantardise de jeunes qui veulent se rendre intéressants auprès de journalistes. En plus, Salah Abdeslam n'a passé que les derniers jours avant son arrestation à Molenbeek. Avant, il a passé des semaines à Forest et à Schaerbeek. Ce n'est que quand il s'est retrouvé tout seul qu'il a appelé une vieille connaissance pas très recommandable à Molenbeek. Cette dernière lui a donné un refuge. Cependant, bénéficier de soutien de vieux amis de jeunesse est encore autre chose que ce que prétend le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, à savoir que ces gars ont pu compter sur un large soutien de la communauté musulmane. C'est tout à fait faux. Tous les responsables des mosquées ont fermement condamné les attentats. Cependant, j'admets que l'ampleur de la solidarité locale à l'égard de ces terroristes m'a parfois étonné. Dans mon livre je cite l'exemple d'une jeune musulmane très hostile à l'EI horrifiée par les attentats. Mais dans sa jeunesse, elle était amie avec les frères Abdeslam. Quand je lui ai demandé ce qu'elle ferait si Salah en fuite venait frapper à sa porte, elle m'a répondu, " je ne pourrais pas faire autrement que de le protéger."C'est tout de même effarant ? C'est lié à une forme de camaraderie et de loyauté parmi les amis de jeunesse difficile à comprendre pour nous, et certainement vu la gravité des faits dont nous parlons. Cependant, cette loyauté n'a rien à voir avec la religion. C'est un phénomène comparable aux parents qui continuent à protéger leurs enfants criminels.