Il y a en Belgique un phénomène politique. Ce phénomène politique est une femme, brabançonne, flamande, libérale, médecin, et ronde. Elle bat tous les records de popularité, partout. Même si, dans le milieu médical et estudiantin, le ciel se couvre un peu pour elle, ces derniers mois. Son parti ne pèse désormais plus que la moitié de ce qu'il était aux temps glorieux des Verhofstadt et Cie. Fin 2013, un sondage la campait même en Première ministre idéale de tous les Belges. Car sa figure triomphe y compris dans les Régions, wallonne et bruxelloise, qui ne parlent pas sa langue, et alors que son ministère autant que sa façon de le diriger ne devraient pas lui valoir une fracassante visibilité. "Il suffit de voir comme ceux du MR l'amènent chez eux pour n'importe quel événement", ricane Zakia Khattabi, qui a elle-même indirectement profité de son adversaire en se la coltinant méchamment au Sénat, début 2014, sur la question de l'Asile. Ce qui fit grand bruit.
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Il y a en Belgique un phénomène politique. Ce phénomène politique est une femme, brabançonne, flamande, libérale, médecin, et ronde. Elle bat tous les records de popularité, partout. Même si, dans le milieu médical et estudiantin, le ciel se couvre un peu pour elle, ces derniers mois. Son parti ne pèse désormais plus que la moitié de ce qu'il était aux temps glorieux des Verhofstadt et Cie. Fin 2013, un sondage la campait même en Première ministre idéale de tous les Belges. Car sa figure triomphe y compris dans les Régions, wallonne et bruxelloise, qui ne parlent pas sa langue, et alors que son ministère autant que sa façon de le diriger ne devraient pas lui valoir une fracassante visibilité. "Il suffit de voir comme ceux du MR l'amènent chez eux pour n'importe quel événement", ricane Zakia Khattabi, qui a elle-même indirectement profité de son adversaire en se la coltinant méchamment au Sénat, début 2014, sur la question de l'Asile. Ce qui fit grand bruit.Maggie De Block, pourtant, n'incarne pas spécialement de projet politique. Et surtout elle se défend en toutes circonstances de le faire. Sa rondeur, sans doute, et ses protestations de bonne volonté, probablement, lui ont attiré une sympathie à laquelle aucun de ses contemporains ne peut rêver : à moins de le vouloir sérieusement, personne ne peut ne pas la trouver gentille. Pas même Elio Di Rupo qui, à la fin de son mandat au 16, faisait campagne sur la personnalité "d'une femme croyez-moi très très humaine". Mais le statut de star des sondages et les talents de moissonneuse électorale de Maggie De Block ne lui ont jusqu'à présent - à 54 ans et trois lustres de députation dans le coco - valu qu'un secrétariat d'Etat, puis un ministère, celui il est vrai auquel sa profession et son ambition personnelle la destinaient : la Santé. Pas plus, ou en tout cas pas encore."La popularité, ce n'est pas le pouvoir, et spécialement pour les femmes", résume Christine Defraigne (MR). Car en Belgique, pour être Premier de son pays, il faut être premier de son parti, qui doit lui-même être premier de son pays. Et il faut le vouloir. Or Maggie De Block ne se donne jamais l'air de revendiquer grand-chose, évite toutes les polémiques et contourne tous les ferraillages. Et puis il y a surtout dans son parti comme un problème De Block. Un problème qui pèse 131 000 voix de préférence et un statut de First Lady des Gallup, tandis que les vrais patrons de sa formation - ou tout du moins ceux qui aspirent à l'être -, sa présidente Gwendolyn Rutten (60 000 voix de préférence sur la même circonscription du Brabant flamand) et son vice-Premier Alexander De Croo (78 000 voix sur une plus vaste circonscription, la Flandre orientale) restent confinés à une notoriété plus en phase avec la puissance réelle de leur parti, soit une toute petite quinzaine de pourcents et une dernière place de tous les exécutifs.Lorsque les libéraux flamands sont entrés dans les gouvernements, Maggie De Block devait en être. Mais malgré ses voix de préférence, malgré ses succès sondagiers, malgré ses triomphes à tous les applaudimètres, et malgré le gros département qui lui est échu, c'est à un homme au prestige pourtant déjà cabossé par les erreurs stratégiques que sera dévolu le rôle généraliste de vice-Premier, chargé au kern de défendre la ligne libérale. Comme si une femme, si populaire soit-elle, ne pouvait être capable que de s'occuper de ses petites affaires, en l'occurrence celles, si intrinsèquement féminines, des malades et des mourants, des parturientes et des infirmières. Pas celles d'un vice-Premier donc. Pas celles non plus de ces grandes réflexions doctrinales mitigées de petites compromissions matérielles qui font le quotidien d'un président de parti. Maggie De Block ne serait qu'une spécialiste et rien d'autre.Une femme trop douce entourée d'hommes trop durs ? "Certaines femmes n'utilisent pas leur popularité comme le feraient des hommes, à savoir en s'en servant dans un rapport de forces pur et dur. Maggie De Block se cantonne à ce rôle d'experte en santé. Ce genre d'attitude est très rare chez les hommes : le pur spécialiste, il ne le reste jamais longtemps, il essaie d'en profiter pour s'imposer...", lance même Marie Arena (PS). "Personne ne la voit comme une politique généraliste, en effet. Mais c'est aussi bien dû au fait qu'on ne l'interroge pas sur d'autres sujets que ceux dont elle a la compétence qu'à celui qu'elle-même ne s'exprime que sur ses dossiers, tempère Emile van Haute (ULB). Or elle pourrait se servir de sa très forte popularité, en particulier parmi les militants Open VLD, pour en prendre la présidence, ce qui serait un premier pas vers des ambitions plus larges."Car il n'est pas impossible que Maggie De Block soit gentille en effet. Mais rien ne dit qu'elle n'est pas tout platement patiente. ˜