Les résultats des élections législatives du 26 mai ont largement accrédité l'idée que la Belgique est de plus en plus difficilement gouvernable. Par la dichotomie croissante des sensibilités politiques entre Flamands et francophones et, corollairement, par la complexification de la conclusion de compromis. Bizarrement, le signal le plus patent de l'effritement de ce mythe est venu des maîtres de la négociation, socialistes et écologistes, en Région wallonne qui, au lieu de chercher un consensus majoritaire, ont tenté une fantasque " coalition coquelicot " vouée dès sa genèse à l'échec. C'est pourtant en vertu de cette expertise historiquement reconnue, mais de plus en plus fragile, que Charl...

Les résultats des élections législatives du 26 mai ont largement accrédité l'idée que la Belgique est de plus en plus difficilement gouvernable. Par la dichotomie croissante des sensibilités politiques entre Flamands et francophones et, corollairement, par la complexification de la conclusion de compromis. Bizarrement, le signal le plus patent de l'effritement de ce mythe est venu des maîtres de la négociation, socialistes et écologistes, en Région wallonne qui, au lieu de chercher un consensus majoritaire, ont tenté une fantasque " coalition coquelicot " vouée dès sa genèse à l'échec. C'est pourtant en vertu de cette expertise historiquement reconnue, mais de plus en plus fragile, que Charles Michel, Premier ministre sortant d'un gouvernement minoritaire, a pu convaincre ses pairs de le désigner comme médiateur suprême de l'Union européenne. A cette confirmation de l'imbroglio belge répond un démenti du pronostic de l'entame d'année sur l'Europe. L'avènement du Nouveau monde promis par les éradicateurs du clivage politique gauche-droite a connu de solides embûches. Les revendications, de plus en plus scandées, des activistes pour le climat, peinent toujours à passer le cap des engagements politiques. Bousculé par les gilets jaunes, le président français Emmanuel Macron a dû les remiser et se résoudre à promulguer de classiques mesures sociales pour espérer " poursuivre son cap ". La Ligue, d'extrême droite, et le Mouvement 5 étoiles, populiste, ont été rattrapés par les chausse-trappes de n'importe quelle coalition gouvernementale italienne. Pour sortir la Grèce du gouffre où l'avaient plongée les partis traditionnels, l'ex-révolutionnaire et néanmoins courageux Alexis Tsipras a buté sur le temps de latence entre les réformes et leurs résultats, au point de favoriser le retour au pouvoir de la droite et du leader d'une Nouvelle démocratie qui n'en a que le nom. A l'échelle du continent, les nationalistes et autres partis d'extrême droite ont certes progressé aux élections européennes mais, entravés par leurs sempiternelles divisions, ils ne constituent pas la force de nuisance longtemps redoutée. Enfin, entre confirmation et démenti, la révolution féministe espérée après la prise de conscience du mouvement #MeToo a connu quelques belles concrétisations, de la nomination à des fonctions importantes de l'Union européenne de deux femmes, Ursula von der Leyen et Christine Lagarde, à l'engouement réservé aux prestations des footballeuses de la Coupe du monde de football en France. Mais ces avancées, il faut bien le reconnaître, apparaissent presque anecdotiques une fois confrontées à une autre réalité, les assassinats de conjointes enregistrés depuis le début de l'année, 12 en Belgique et 73 en France. A quand une prise en considération sérieuse de leurs plaintes, lorsqu'il est encore temps d'éviter le pire, par la police ? A quand la fin de l'impunité des agresseurs qui ne respectent pas les conditions de leur contrôle judiciaire ? A quand l'octroi des moyens adéquats pour la protection et la reconstruction des victimes ? Cette année comme en 2017, quand la révolte était partie du milieu des actrices aux Etats-Unis, prévaut le sentiment que la lutte contre les violences et les discriminations faites aux femmes se focalise - délibérément ? - sur une élite pour mieux masquer l'inaction persistante envers le commun des mortelles.