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Le scrutin anticipé, c'est comme saint Nicolas : en Belgique, personne n'y croit vraiment, mais tout le monde prépare sa visite quand même. Certains le préfèrent tout en rouge, d'autres le veulent avec une grosse croix, et il y en a d'autres qui ne veulent pas laisser entrer son copain noir, mais s'il existe et qu'il passe, on préfère en recevoir des jouets qu'un martinet. Personne, à la tête des partis, ne croit vraiment à la convocation d'élections anticipées. On pense d'autant plus que personne n'osera les convoquer qu'on n'osera jamais les convoquer soi-même. Même quand Paul Magnette dit qu'il ne faut pas avoir peur de l'électeur quand on fait de la politique, il bluffe. Pour garder son parti dans le jeu fédéral. Même quand Bart De Wever dit qu'il faudra se poser sérieusement la question si, en mai, aucune piste ne se dégage, il bluffe. Pour délégitimer ceux qui resteraient dans le jeu fédéral. Toutes les formations francophones, que Le Vif/L'Express a contactées, donnent encore peu de crédibilité au scénario d'un scrutin anticipé, à l'exception du PTB, où, depuis la fin de la mission de Koen Geens, on " privilégie cette hypothèse de travail ". Mais même s'ils font mine d'y croire, même s'ils bluffent, même s'ils n'osent pas y croire, et même si c'est désormais leur hypothèse de travail privilégiée, ils s'y préparent. Tous, et chacun à sa manière, parce qu'il vaut toujours mieux être prêt à recevoir un invité dont on n'est pas sûr qu'il passera. Les déclarations fixent déjà les positions des uns et des autres, campagne électorale ou pas. Magnette tient la ligne de celui qui tient sa ligne : il avait juré de ne pas gouverner avec la N-VA, il refuse toujours. Ligne tenue. Bart De Wever tend la main de celui qui a tendu la main. Il avait juré de ne pas gouverner avec le PS, il s'y est montré ouvert. Main tendue. Et Georges-Louis Bouchez mène la campagne de celui qui ne veut pas mener de campagne. Le Montois a lancé déjà, sur les réseaux sociaux dont il est très friand, le hashtag #noelections, somme toute un slogan de précampagne. Les libéraux, francophones et flamands, sont au centre du jeu politique et constitutionnel. Ils s'installent déjà comme ceux qui, les derniers, auront lutté contre l'instabilité électorale, dût-elle survenir. Le PTB, lui, est au centre du jeu social et militant. Il s'installe déjà comme celui qui, le premier, aura lutté contre la paralysie politique, dût-elle persister. Il travaille depuis des mois à rassembler à Bruxelles, le 1er mars, des manifestants censé venir exprimer leur " grande colère ", " contre les politiciens qui sont plus préoccupés par eux-mêmes que par les besoins sociaux ". Le temps jouera une oeuvre prenante. La campagne, s'il y en a une, sera brève, nécessairement limitée à quarante jours, et sans doute brutale. Cela réjouit un membre du G9 du PS, qui se rappelle le victorieux souvenir des élections anticipées de 2010 : " De toute façon, on n'est jamais meilleurs que quand on n'a rien préparé. " Il sait que la bataille est déjà perdue, et depuis longtemps, sur un terrain spécifique : le virtuel. " Sur les réseaux sociaux, c'est déjà mort pour tout le monde, sauf pour le PTB et le Belang. Avec le retard qu'on a sur eux, ça ne servirait à rien de bombarder du jour au lendemain. En particulier nous, qui venons d'encore plus loin que les autres ", confie une tête pensante d'un CDH en pleine rénovation. L'extrême droite flamande et la gauche radicale étaient déjà les plus dépensiers en publicités sponsorisées sur les réseaux avant le précédent scrutin, et la tendance s'est encore accrue. Les partis traditionnels, décidés depuis peu à suivre le mouvement, sont à peine en train de s'y mettre : ainsi, le PS se cherche-t-il encore un responsable des réseaux sociaux et un responsable de la communication audiovisuelle. L'argent et les gens comptent autant que le temps. " A cause de la défaite, on a perdu plus d'un million d'euros de financement public. Franchement, ça joue ", dit-on au PS. Les étages du boulevard de l'Empereur se sont vidés avec le départ d'Elio Di Rupo, et il faut trouver à les remplir. " Paul Magnette est arrivé avec quelques-uns des siens mais pour l'instant, son équipe est très limitée, y compris à la com, dont l'ancien responsable, Maxime Hardy, est devenu député wallon ", explique encore ce membre du G9. Au MR, où on se réjouit d'avoir pu garder des finances saines, on recrute également beaucoup pour le moment, changement de présidence oblige. " On a les moyens de financer une campagne ", précise un baron libéral. " Mais les profils que Georges-Louis recrute, à commencer par Axel Miller, ne sont pas très expérimentés : c'est un signe qu'on ne compte pas aller à la guerre si vite ", ajoute-t-il, comme au PTB, où l'on a recruté beaucoup dès après les élections, " et plutôt dans l'optique de former des cadres pour le moyen terme que des profils directement utilisables dans un contexte électoral ". Ecolo et DéFI, eux, mettent depuis l'automne déjà un peu d'argent de côté chaque mois. " On a fait un budget 2020 comme s'il y allait avoir une campagne fédérale, et si elle a lieu en septembre, on ne devra pas emprunter d'argent pour la boucler ", pose un écologiste qui fait partie " de l'équipe qui doit se tenir prête à être mobilisée directement si le processus se déclenche ". Les listes sont déjà à peu près composées. On misera sur l'ancrage local là où on en a : DéFI pourra compter sur ses Maingain, ses Clerfayt et autres Gosuin à Bruxelles (et ailleurs), le PS sur ses gros bras à Liège (Daerden, Demeyer et compagnie), à Bruxelles (Laaouej, Close, Vervoort, etc.) et dans le Hainaut (Magnette, Di Rupo, Demotte, Furlan, Devin et les autres). Ou le CDH dans ses bastions luxembourgeois et namurois. " On n'a même pas besoin d'en parler. On a gardé des places fortes, et nos bourgmestres font remonter le message qu'ils sont disponibles pour se jeter dans la bagarre. Vraiment, on n'aura pas de problème à ce niveau ", rassure un CDH. Il faudra aussi mettre les sortants du parlement qui se dissout à des places éligibles, ne fût-ce que pour les convaincre de voter leur propre dissolution. Et, en outre, s'assurer que ceux qui n'avaient pas été élus le 26 mai 2019 le soient : Georges-Louis Bouchez, quatrième sur une liste MR du Hainaut menée par Denis Ducarme, avait raté son siège de peu. Il ne s'agirait pas que cela se reproduise. Les programmes sont déjà presque bouclés. Ceux du 26 mai 2019 resserviront. Ils seront, bien sûr, allégés des dispositions régionales et européennes qu'ils contenaient. Mais ils seront, surtout, renforcés dans leur volet institutionnel. Sauf chez DéFI, dont le président, François De Smet, avait dès avant les précédentes élections réclamé l'installation d'une commission d'experts et de citoyens chargés de repenser toute la Constitution. Le PTB rappelle de plus en plus fort qu'il est le dernier parti unitaire du pays. " Il va falloir mettre ces sujets en avant, et on travaille déjà à un projet commun avec Groen ", signale-t-on chez les verts. Et certains bleus francophones songent à en faire autant, après les élections présidentielles au VLD. Un socialiste des étages d'en haut se souvient : " Il y a deux mois déjà, on avait réfléchi à des slogans et des visuels pour une campagne contre le nationalisme flamand, au cas où. " Ça peut toujours servir. Comme une lettre qu'on enverrait à saint Nicolas, au fond.