"Que Magnette dise finalement ce qu'il veut." Cette déclaration lassée d'un politique flamand, en titre d'un article du Tijd, illustre le moment étrange dans lequel se trouve la politique belge, un an après les élections du 26 mai 2019. Les présidents socialistes, Paul Magnette et Conner Rousseau, poursuivent des consultations informelles pour relancer des négociations gouvernementales. Avec la décrue du coronavirus et la fin des pouvoirs spéciaux octroyés au gouvernement Wilmès, on se retrouvera fin juin dans un no man's land dont notre pays a le secret.
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"Que Magnette dise finalement ce qu'il veut." Cette déclaration lassée d'un politique flamand, en titre d'un article du Tijd, illustre le moment étrange dans lequel se trouve la politique belge, un an après les élections du 26 mai 2019. Les présidents socialistes, Paul Magnette et Conner Rousseau, poursuivent des consultations informelles pour relancer des négociations gouvernementales. Avec la décrue du coronavirus et la fin des pouvoirs spéciaux octroyés au gouvernement Wilmès, on se retrouvera fin juin dans un no man's land dont notre pays a le secret. Autant prévenir que guérir. Les lignes semblent enfin bouger, tant l'urgence de se pencher au chevet d'une économie dévastée est importante. Ainsi, le PS ne semble plus totalement exclure de gouverner avec la N-VA et Paul Magnette se dit même prêt à jouer un rôle de premier plan. Mais les jeux de dupe, les tensions entre partis, les non-dits et les pokers menteurs restent de mise. Tentons de décoder les positions.Au PS, quelque chose a changé avec la crise du coronavirus. Et pour cause, le sentiment prévaut au boulevard de l'Empereur que cette tempête sanitaire démontre le bien fondé de certains points de vue défendus de longue date : la nécessité de refinancer la sécurité sociale, l'importance de l'intervention de l'Etat, l'importance d'une solidarité belgo-belge... Paul Magnette ne cache pas sa volonté de faire en sorte que le monde d'après ne soit pas celui d'avant, relance à la clé, maintenant que la possibilité de relâcher l'austérité pour la bonne cause est démontrée. Cela étant dit, il reste à voir comment capitaliser cela, dans un contexte politique complexe, avec cet éternel appel à gouverner avec la N-VA.Voilà pourquoi les socialistes francophones mettent la barre haut, quitte à prendre leurs désirs pour des réalités. En Flandre, on ironise sur cette volonté de refédéraliser des matières comme la santé (certes, certains partis comme l'Open VLD ou le SP.A n'y sont pas opposés, mais ce n'est pas le sentiment majoritaire) ou sur les accents très 'gauchistes' de la relance souhaitée. Le rêve de Magnette a toujours été de mettre en place une majorité 'la plus progressiste possible' (de type Vivaldi 'pure' associant socialiste, libéraux et écologistes) en refusant de faire le simple apport à une reconduction de la Suédoise passée (N-VA, MR, CD&V et Open VLD), qui semble se resserrer les coudes. En prenant l'initiative avec son homologue flamand, le président du PS impose déjà un autre interlocuteur. S'il finissait par accepter un revirement de taille (gouverner avec la N-VA), ce serait en échange de concessions très fortes sur la relance ou l'avenir de l'Etat.Cette ligne 'pragmatique' est celle portée par Elio Di Rupo, ministre-président wallon, qui a su collaborer de très fédérale manière avec la Première ministre Sophie Wilmès (MR) et son homologue Jan Jambon (N-VA) durant la crise. Trouvera-t-elle son prolongement ? La base militante du parti est déjà sur ses gardes, refusant cette perspective. Et une Coalition Corona (unissant syndicats, associatif...) se met en place pour rappeler l'importance d'un projet progressiste. Autant dire que cette prise de responsabilité, si elle arrive sur la table, risque d'atterrir dans la douleur. De toute maière, Magnette a dit qu'ill n'excluait pas les élections, si jamais...Le MR occupe une place centrale sur l'échiquier politique depuis l'été 2014 et, avec elle, le Seize rue de la Loi. Charles Michel, en son temps, avait constitué un axe inédit avec le CD&V pour s'imposer au centre du paysage et renié sa parole en gouvernant avec la N-VA, en échange d'un renoncement aux exigences communautaires. Depuis, les libéraux francophones dominent la scène avec un nombre de ministres totalement disproportionné à leur poids réel. Il a même réussi la "prouesse" de maintenir le gouvernement minoritaire en place pour gérer la crise, avec un soutien extérieur. La volonté de l'avenue de la Toison d'Or consiste à ne pas dilapider ses acquis - tout en sachant que cet âge d'or ne durera pas éternellement. Donc, le MR veut continuer à jouer un rôle majeur de 'liant' entre les Communautés du pays, d'autant qu'il est désormais au pouvoir en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Son nouveau président, Georges-Louis Bouchez, entend casser les codes classiques et se dit constructif avec tout le monde, tout en cultivant un profil clivant. Il s'agit d'élaborer la relance en réduisant massivement les impôts (en ce compris pour les bas revenus), mais aussi en développant la justice fiscale (taxer les géants de l'internet) et en veillant à l'enjeu environnemental (vu par le prisme des technologies). Bouchez se veut l'axe fédérateur de la Belgique avec un discours très belge et un plaidoyer pour les refédéralisations. Dans les faits, c'est davantage la Première ministre Sophie Wilmès qui incarne cette ligne fédératrice, tandis que volontairement ou malgré lui, son président énerve parfois.Officiellement, le MR se dit favorable à une "grande union" si cela est possible. Son axe de départ idéal est toutefois formé des "cinq grands partis" qui composaient la Suédoise (N-VA, MR, CD&V, Open VLD) auquel on ajouterait le PS. Imaginons que, dans l'esprit des libéraux, celui- peut être ouvert à d'autres formations (SP.A ? CDH ? DéFi ?). Et les écologistes ? Cela s'annonce difficile, bien que pas impossible. Les tensions avec Ecolo ont été fortes (notamment autour de l'affaire Khattabi) et, élément non négligeable, le pzrti écologiste refuse toujours a priori de négocier avec les nationalistes flamands.Le MR entend tout faire pour rester un des maîtres du jeu. Il compte s'appuyer sur des alliances objectives en Flandre pour continuer à faire passer son programme sur le plan socio-économique ou sécuritaire. Tout en ne mettant pas en péril sa nouvelle place chèrement acquise au sein des majorités au sud du pays, avec le PS et Ecolo. Un positionnement stratégique au centre-droit, qu'il convient de ne pas fragiliser par une impétuosité excessive.Les écologistes, tant au Sud qu'au Nord d'ailleurs, vivent mi-figue mi-raisin la crise que l'on traverse. D'une part, il y a ce sentiment profond que le constat écologique est conforté par ce qui se passe avec la nécessité de freiner la globalisation, de relocaliser les activités, de remettre l'environnement au coeur des projets... et de développer une vision à plus long terme. Mais la virulence de la deuxième vague annoncée sur le plan socio-économique risque vien de remettre, une nouvelle fois, les enjeux climatiques à l'arrière-plan. D'autre part, en effet,politiquement, Ecolo est dans une position d'attente, bien que partageant bien des vues avec les socialistes. Mathématiquement, il n'est pas indispensable et refuse de s'inscrire dans un scénario impliquant la N-VA. Les blessures des récentes tensions avec le MR ne sont pas non plus de nature à remettre les verts au centre du jeu. Peut-être attendent-ils leur heure, celle d'une "grande union" qui laisserait finalement la N-VA de côté ou alors envisagent-ils de peser de tout leur poids sur l'enjeu climatique. La Coalition Corona qui se met en place (syndicats et associations) plaidera aussi pour une Coalition Greendeal susceptibe de relayer le plan de relance européen au niveau belge.Les deux "Petit Poucet" de la Belgique francopone ont adopté une attitude très constructive tout au long de la crise sanitaire, non sans faire preuve d'une vigilance de tous les instants. Le CDH est en plein reconstruction interne. A la Chambre, Catherine Fonck (CDH) a joué en permanence les aiguillons pour rappeler le gouvernement Wilmès à ses devoirs, idem pour le président Maxime Prévot depuis son maïorat de Namur, le tout avec des accents positifs. DéFi se dote d'une identité post-ère Maingain avec son président François De Smet, dont les envolées philosophiques touchent souvent au-delà de son cercle. Mais les deux formations se savent trop petites (cinq et deux, repectivement) pour peser. Par contre, elles viendraient bien en appoint si une formule inédite se mettait en place (sans la N-VA) ou dans le cadre d'une grande union. Les deux formations ne sont guère enclines à gouverner avec la N-VA, même si le CDH de Maxime Prévot est un peu moins fermé à ce sujet que celui de son prédécesseur, Benoît Lutgen.Tout au long de la crise, le PTB n'a pas hésité à marquer ssa défiance à l'égard de la gestion via des votes négatifs ou des abstentions. Tout en faisant preuve d'un esprit constructif inédit, via des propositions qui ont reçu un soutien majoritaire (songeons au fonds des blouses blanches). Il n'entre toutefois pas dans les intentions de l'extrême gauche de soutenir un gouvernement fédéral et... personne ne lui demande. Raoul Hedebouw & co au parlement resteront dans une logique de rupture, continueront à faire du bruit et miseront sur une défiance du sytème capitaliste qui pourrait les faire grandir, encore.