Les relations PS-MR ont rarement été apaisées. Pour la plupart des libéraux réformateurs, les socialistes adhèrent à une doctrine poussiéreuse. Ils revendiquent indûment le monopole du coeur. Pour la plupart des socialistes, les libéraux-réformateurs ne comprennent rien à la question sociale. Ils nient la réalité de la lutte des classes.

Une arithmétique électorale implacable

Depuis l'avènement du gouvernement Michel Ier, l'ambiance entre les deux partis est devenue polaire. Le PS a accusé le MR d'avoir déroulé le tapis jaune et noir pour la N-VA, incarnant une droite flamande dure et nationaliste. Peu enclins à tendre la joue gauche, les socialistes ont contre-attaqué. Après les élections du 26 mai, ils ont tenté de former des majorités gouvernementales sans le MR. Cela a marché à Bruxelles, où les libéraux sont restés dans l'opposition. En Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, par contre, les libéraux étaient incontournables, après la tentative manquée de mettre sur pied une coalition de type "coquelicot".

Il est probable que socialistes et libéraux se retrouveront également côte à côte dans le futur gouvernement fédéral qui finira par se former, tôt ou tard. Au bout du compte, sauf à Bruxelles, le PS et le MR gouverneront partout ensemble. Ce scénario était loin d'être leur premier choix, mais l'arithmétique électorale est implacable.

Alliance "contre-nature" ?

Georges-Louis Bouchez est le favori pour succéder à Charles Michel à la présidence du MR. S'il est élu en novembre, l'ancien chien fou libéral, admirateur de Nicolas Sarkozy, devra rapidement se couler dans le moule d'un président gérant la maison Belgique avec la gauche socialiste. Alliance "contre -nature", pour reprendre l'expression de Laurette Onkelinx ? A voir. Mais Bouchez et Magnette ont le devoir se s'entendre. Hommes intelligents et pragmatiques, ils n'ignorent pas que leur alliance pourrait durer deux législatures au moins.

Que cela plaise ou non aux duettistes Magnette-Bouchez, l'avenir appartient sans doute à des coalitions "rouge-bleu". C'est la conséquence d'une triple évolution du paysage politique francophone.

PS-PTB : un pur fantasme

Tout d'abord, la marginalisation du CDH rend impraticable une alliance PS-CDH ou MR-CDH. Un trio avec ECOLO ? Pas exclu, mais sans doute un peu juste pour former des majorités stables, surtout si l'effacement du CDH s'accélère, ce qui n'est pas exclu.

Seconde évolution, la fin du PS comme parti hyper-dominant. Lorsqu'ils flirtaient avec la barre des 40% en Wallonie, les socialistes pouvaient s'offrir le luxe de s'allier à un "petit Poucet", selon leur humeur, le CDH ou ECOLO. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Troisième évolution, la percée d'un PTB qui se place "hors-jeu" politique. En Belgique francophone, une alliance PS-ECOLO-PTB est mathématiquement possible. Mais le PTB ne joue pas le jeu. Les communistes détestent les sociaux-démocrates, considérés comme des "traîtres" à la classe ouvrière. Ils ont une double ambition : siphonner les voix du PS tout en refusant de gouverner. Jeter les socialistes dans les bras des libéraux, pour devenir la seule alternative à gauche. La tactique diabolique du PTB renvoie la perspective d'une majorité dite "progressiste" au rang de pur fantasme.

PS-MR : condamnés à s'entendre

La fin programmée du CDH, le recul historique du PS, la posture anti-socialiste du PTB : cette triple évolution a une conséquence essentielle : le PS et le MR sont condamnés à s'entendre.

Magnette-Bouchez, un mariage sulfureux ? Pas un mariage d'amour, cela va de soi. Il n'empêche que les circonstances sont peut-être réunies pour réussir un mariage de raison. Le départ à l'Europe de Didier Reynders et de Charles Michel, tout d'abord. Reynders crispait les socialistes. Michel les exaspérait. Bouchez a l'avantage d'arriver avec une feuille - quasiment - blanche. C'est aussi le cas de Sophie Wilmes, la nouvelle "star" du MR sur la scène fédérale. L'arrivée de Paul Magnette à la présidence du PS est un autre atout : les rapports entre Bouchez et Di Rupo, à l'échelon local montois, ont longtemps été exécrables. Bouchez et Magnette, eux, n'ont pas de contentieux personnel.

L'ambition de Bouchez

A moyen terme, Georges-Louis Bouchez cultive une autre ambition : phagocyter les restes du CDH et constituer une grande force de centre-droit en Belgique francophone, surpassant le PS. La génération Reynders, puis Michel, n'a pas concrétisé cette ambition. La génération Bouchez remettra le couvert. Les "mariés" Bouchez et Magnette ne se feront pas de cadeau.