Depuis le 2 décembre, date de libération conditionnelle de l'ancien complice de Marc Dutroux, certains "justiciers" autoproclamés ne se tiennent plus. Des individus l'ont sauvagement roué de coups avant de saccager l'appartement qu'il s'était trouvé à Anderlecht. Aujourd'hui, ils sont plus de 700 à avoir lancé une traque anonyme sur Facebook à l'encontre de l'ancien détenu qui est sorti après 23 ans de prison (dont près de 8 de préventive), soit deux ans avant la fin de sa peine. Au point que le tribunal d'application des peines a dû lui trouver un nouveau logement temporaire. De son côté, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête pour incitation à la violence. Et la commune de La Hulpe a dû démentir la rumeur de l'installation de Lelièvre sur son territoire après que de nombreux habitants aient vivement réagi.

Tout ceci n'est pas le pitch d'un Western spaghetti de série B, mais bien l'affligeante réalité, en Belgique, fin 2019. Si l'on peut comprendre l'émotion suscitée par la libération de l'ancien compère de Dutroux, surtout celle des victimes et des familles des victimes du criminel le plus détesté du pays, la sauvagerie de ceux qui ont décidé d'en découdre avec Michel Lelièvre est intolérable. Les crimes de Dutroux et consorts ont laissé dans toutes les têtes une marque noire, âpre, indélébile. Mais la violence à leur égard ne sera jamais une réponse acceptable, juste ou salutaire. Refuser avec une telle violence que la justice dans un Etat de droit comme le nôtre ait été dite et que la condamnation prononcée ait été suffisante et suivie à la lettre (libérer Lelièvre juste avant la fin de sa peine permettait de lui imposer encore des conditions strictes), cela revient à promouvoir un retour vers des temps sombres où chacun se faisait justice soi-même.

C'est justement pour éviter un déferlement de vengeance et de violence que le pouvoir judiciaire a été érigé comme l'un des principaux piliers d'une démocratie. On peut certes critiquer (et même manifester bruyamment contre) le fonctionnement de la Justice, car elle est rendue par des femmes et des hommes censés être indépendants, sous influence malgré tout, jamais à l'abri d'une erreur, malgré les garde-fous de la loi. Mais vouloir remplacer cette justice imparfaite par la justice que l'on peut se faire soi-même, sur Facebook ou dans un appartement anderlechtois, constitue une menace contre tout ce qu'une civilisation comme la nôtre a mis en place depuis la nuit des temps pour lutter contre l'arbitraire et la barbarie.

La justice pénale belge ne s'est pas montrée laxiste envers Lelièvre en le condamnant à 25 ans de prison. Les peines infligées en 2004 par la Cour d'assises d'Arlon ont été lourdes, à juste titre. L'émotion poussait évidemment à en vouloir davantage. Mais la Belgique a aboli la peine de mort et la perpétuité effective, comme tous les pays de l'Union européenne. En faisant la chasse à Michel Lelièvre, les "justiciers du net" remettent en cause tous ces acquis. Et puis, quoi, après Lelièvre et Dutroux, qui va-t-on pendre haut et court ? Tous les violeurs, les cambrioleurs, les voleurs à la tire, les dealers de drogue, les fraudeurs ? Personne n'est ravi de voir Michel Lelièvre courir librement ni Michèle Martin vivre sa nouvelle vie. Mais la justice a été rendue et celle-ci ne se privera pas de les rattraper au moindre écart. Ne pas l'accepter et vouloir rendre justice soi-même est dangereux et risque même de faire in fine de Lelièvre une victime. Ce serait un comble.

Depuis le 2 décembre, date de libération conditionnelle de l'ancien complice de Marc Dutroux, certains "justiciers" autoproclamés ne se tiennent plus. Des individus l'ont sauvagement roué de coups avant de saccager l'appartement qu'il s'était trouvé à Anderlecht. Aujourd'hui, ils sont plus de 700 à avoir lancé une traque anonyme sur Facebook à l'encontre de l'ancien détenu qui est sorti après 23 ans de prison (dont près de 8 de préventive), soit deux ans avant la fin de sa peine. Au point que le tribunal d'application des peines a dû lui trouver un nouveau logement temporaire. De son côté, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête pour incitation à la violence. Et la commune de La Hulpe a dû démentir la rumeur de l'installation de Lelièvre sur son territoire après que de nombreux habitants aient vivement réagi. Tout ceci n'est pas le pitch d'un Western spaghetti de série B, mais bien l'affligeante réalité, en Belgique, fin 2019. Si l'on peut comprendre l'émotion suscitée par la libération de l'ancien compère de Dutroux, surtout celle des victimes et des familles des victimes du criminel le plus détesté du pays, la sauvagerie de ceux qui ont décidé d'en découdre avec Michel Lelièvre est intolérable. Les crimes de Dutroux et consorts ont laissé dans toutes les têtes une marque noire, âpre, indélébile. Mais la violence à leur égard ne sera jamais une réponse acceptable, juste ou salutaire. Refuser avec une telle violence que la justice dans un Etat de droit comme le nôtre ait été dite et que la condamnation prononcée ait été suffisante et suivie à la lettre (libérer Lelièvre juste avant la fin de sa peine permettait de lui imposer encore des conditions strictes), cela revient à promouvoir un retour vers des temps sombres où chacun se faisait justice soi-même. C'est justement pour éviter un déferlement de vengeance et de violence que le pouvoir judiciaire a été érigé comme l'un des principaux piliers d'une démocratie. On peut certes critiquer (et même manifester bruyamment contre) le fonctionnement de la Justice, car elle est rendue par des femmes et des hommes censés être indépendants, sous influence malgré tout, jamais à l'abri d'une erreur, malgré les garde-fous de la loi. Mais vouloir remplacer cette justice imparfaite par la justice que l'on peut se faire soi-même, sur Facebook ou dans un appartement anderlechtois, constitue une menace contre tout ce qu'une civilisation comme la nôtre a mis en place depuis la nuit des temps pour lutter contre l'arbitraire et la barbarie. La justice pénale belge ne s'est pas montrée laxiste envers Lelièvre en le condamnant à 25 ans de prison. Les peines infligées en 2004 par la Cour d'assises d'Arlon ont été lourdes, à juste titre. L'émotion poussait évidemment à en vouloir davantage. Mais la Belgique a aboli la peine de mort et la perpétuité effective, comme tous les pays de l'Union européenne. En faisant la chasse à Michel Lelièvre, les "justiciers du net" remettent en cause tous ces acquis. Et puis, quoi, après Lelièvre et Dutroux, qui va-t-on pendre haut et court ? Tous les violeurs, les cambrioleurs, les voleurs à la tire, les dealers de drogue, les fraudeurs ? Personne n'est ravi de voir Michel Lelièvre courir librement ni Michèle Martin vivre sa nouvelle vie. Mais la justice a été rendue et celle-ci ne se privera pas de les rattraper au moindre écart. Ne pas l'accepter et vouloir rendre justice soi-même est dangereux et risque même de faire in fine de Lelièvre une victime. Ce serait un comble.