Le temps est venu maintenant de parler ce qui nous réunit, de ce qui fait tenir ensemble la société, et qui peut réunir par-delà les idéologies et les slogans. Je propose trois priorités. Premièrement, réussir la transition écologique en la prenant comme levier pour la justice sociale et la réduction des inégalités. Réinvestir dans les transports en commun, financer l'isolation des bâtiments, rendre abordable les produits alimentaires sains (locaux, donc plus nutritifs, et issus de l'agriculture biologique ou de systèmes participatifs de garantie), aller vers la réduction généralisée du temps de travail pour un véritable équilibre entre vie privée et professionnelle... Toutes ces mesures doivent être prioritaires, car elles répondront à l'urgence écologique en même temps qu'elles amélioreront les quotidiens des familles pour qui la priorité est le fin du mois.

Deuxièmement, orienter la recherche et le développement de nouvelles technologies pour qu'elles répondent à l'urgence écologique. Contrairement au miroir aux alouettes que constitue l'écologie bleue, les technologies "propres" ou "vertes", sans changement dans les modes de vie, ne seront que des solutions provisoires, et très insuffisantes par rapport aux enjeux: une grande partie de leurs effets sont d'ailleurs annulés par l'effet "rebond", qui résulte de l'augmentation de la consommation que permettent les gains d'efficience énergétique. Mais surtout, la trajectoire de la recherche technologique, conduite au sein des entreprises, vise à répondre à la demande du marché, telle que celle-ci s'exprime dans le pouvoir d'achat de la partie la plus aisée de la population: les besoins réels peuvent demeurer ignorés, s'il s'agit des besoins des plus pauvres qui ne constituent pas un "marché" intéressant. C'est pourquoi il est essentiel de relancer l'investissement public dans la recherche, en orientant celle-ci vers la quête de solutions qui permettent de réduire notre empreinte écologique.

Troisièmement, les innovations sociales citoyennes jaillissent de partout, dans les domaines de l'énergie, de l'alimentation, de l'économie circulaire, ou de la mobilité. Il faut que les politiques s'en fassent les partenaires. On peut soutenir les initiatives citoyennes, en levant les obstacles à leur diffusion, en accélérant le partage des expériences, et en créant les outils permettant de les faire vivre, par exemple par l'instauration d'un congé civique pour appuyer les initiateurs de transition. Apprendre des initiatives citoyennes, portées par des hommes et des femmes ordinaires, cela exige de la part des politiques un peu de modestie: ayons l'ambition d'être modestes.