Dès l'arrivée sur le parking, ce qui nous frappe, c'est cette haute bâtisse au coeur d'un environnement rural. Des champs à perte de vue. Géraldine Massart, accompagnatrice sociale du centre d'accueil, nous indique directement "qu'ici, les pensionnaires ont vraiment de la chance. C'est un ancien internat, c'est un cadre chaleureux pour accueillir les 200 personnes qui y résident actuellement. En effet, d'autres centres ressemblent davantage à des containers mis les uns à côté des autres."

C'est autour d'une table que les enfants du centre se réunissent. Nous pouvons librement leur poser les questions. Le plus jeune à 6 ans, le plus âgé en a 11. Bilguissou, Ange, Yanal, Kauthar et Anwar sont un peu intimidés par notre présence. Mais Ange, Camerounaise, âgée d'une dizaine d'années, commence à être plus à l'aise. C'est un flux de questions qu'il lui vient en tête d'une traite. D'où venez-vous? Qu'est-ce que vous aimez au métier de journaliste? Comment fait-on pour devenir journaliste? "Rho toutes ces années, ça fait long quand même", s'exclame-t-elle. Après leur avoir laissé le temps de s'habituer à nous et avoir répondu à leurs questions, nous décidons de reprendre la main. Après un tour de table pour que chaque enfant se présente, nous leur demandons de nous parler de leurs vacances au centre d'accueil.

Des vacances longues... trop longues

Pour Ange, ce matin, le réveil a fait place au ménage. "J'ai rangé et lavé la maison. Après, généralement, je traine avec les copines et puis pour finir, on tourne en rond dans le centre". Ce qu'elle appelle "maison" sont en réalité des studios que les familles se partagent à deux ou plus, en fonction du nombre de personnes qui composent la famille.

Pour Kauthar, c'est un peu différent. Cette petite Somalienne de 10 ans a débuté sa journée en traduisant des documents d'une famille récemment arrivée au centre. Ces enfants sont scolarisés au sein d'école du quartier avec les autres élèves, Belges pour la plupart. D'autres, quand ils arrivent, sont installés dans des classes dites passerelles pour apprendre le français. Ils seront intégrés dans des classes normales par la suite. Ils connaissent bien la langue. Ces enfants sont donc d'une aide précieuse pour épauler les adultes qui ont un vrai handicap lié à la barrière de la langue. Pour les enfants, c'est une source d'occupation comme une autre. Tout est bon pour se distraire : "On s'ennuie beaucoup", nous confient les enfants." Les journées sont très longues au sein du centre. Heureusement, on a des amis ici mais beaucoup de familles ont obtenu une réponse favorable et sont parties du centre. Nous sommes tristes car nous voyons tous nos amis partir et nous on reste ici." Kauthar est née en Belgique. Cela fait 5 ans qu'elle est dans ce centre mais elle a déjà été déplacée avec ses 4 frères et soeurs dans différents centres du pays.

Des activités pour les occuper

"Avant, il y avait des stages organisés, de handball par exemple, mais il n'y en a n'a pas assez ", regrettent les enfants. Géraldine nous confirme "qu'un stage de multi-sports est organisé par le complexe sportif de Beauraing depuis de nombreuses années. Les familles doivent y inscrire les enfants par le biais d'une collaboratrice du centre.".

Le budget initiative de quartier permet d'organiser différentes activités: le jogging dans le cadre de la kermesse du village, un tournoi de mini-foot, la chasse aux oeufs annuelle avec le comité du village. "Par contre nous avons abandonné la formule stage créatif que nous organisions ici au centre faute d'inscriptions des enfants de l'extérieur" regrette Géraldine.

Le mercredi, c'est le jour des activités durant l'année scolaire. Mais pendant les vacances les activités se déroulent plusieurs fois par semaine pour occuper les enfants. La semaine dernière, c'était le cinéma à l'honneur. "Nous adorons ces moments, on aimerait qu'il y ait plus d'activités".

Des sorties sont organisées par le centre grâce à la mobilisation des travailleurs qui se démènent pour trouver des places gratuites pour les familles. Un budget pour des activités culturelles est aussi alloué. "C'est important pour la cohésion familiale, on encourage les familles à s'inscrire aux activités avec leurs enfants" nous confie Géraldine. Le problème reste le moyen de transport, une camionnette de huit places qui sert pour les transports d'urgence et pour les déménagements également. "On fait donc des allers-retours pour les déposer et puis les récupérer".

"Nous essayons toujours de trouver des activités ludiques. Nous partons souvent à la découverte des grandes villes du pays. Les familles sont alors accompagnés d'éducateurs, ainsi chacun peut se remémorer les cours d'éducation civique en version nature" ajoute-t-elle. "Des sorties à Pairi Daiza, aux Grottes de Han ou encore à Chevetogne prennent aussi place mais toujours avec un nombre limité de places par activités".

Les résidents du centre se baladent au domaine de Chevetogne © DR

Les familles peuvent aussi se rendre à la plaine de jeux et organiser des barbecues. "Ainsi, ils peuvent se rendre compte qu'on n'est pas obligé de dépenser de l'argent pour passer des bons moments", ajoute Géraldine.

Avant, il y avait une bibliothèque et des jeux de société à leur disposition mais tout ça est mis sous clé désormais. "Il faut demander pour avoir un jeu", regrettent les enfants qui aimeraient beaucoup avoir une salle de jeu pour passer leur temps." Mais il y a eu des destructions et disparitions donc c'est davantage contrôlé maintenant".

"Nous avons hâte de retourner à l'école"

"Nous sommes tout le temps occupés pendant l'école, nous n'avons pas le temps de nous embêter. Nous avons tous nos amis là-bas. La plupart des enfants sont gentils et nous sommes bien intégrés au sein de l'école", nous racontent les enfants.

Pendant les vacances, les groupes scouts et autres guides viennent aussi égayer le quotidien des enfants. Au menu de ces vacances : initiation au cricket.

"La Coupe du Monde a permis de nous rassembler, on a pu regarder le match dans la salle de français reconvertie pour l'occasion."

Des activités tout au long de l'année

Des initiatives en collaboration avec les villageois sont mises en place. Un jogging qui rassemble différentes générations et nationalités permet de se découvrir.

Un jogging pour réunir les villageois et les résidents du centre d'accueil © DR

Des journées pour les conscientiser sont aussi planifiées. La journée propreté est un exemple où le centre met la main à la pâte pour ramasser les déchets sauvages.

Tout le centre se mobilise pour ramasser les déchets sauvages © DR

Pour Pâques, c'est plutôt des ateliers bricolage avec la création de paniers ou des coloriages de lapin. "Nous essayons de faire comprendre aux parents les traditions belges au travers des différentes fêtes. Ces rencontres sont organisées en dehors de toute connotation religieuse".

Et plus récemment, lors de l'éclipse de vendredi dernier, ce sont des rudiments d'astronomie qui sont expliqués à l'ensemble des résidents autour d'une soirée d'observation à la belle étoile.

Des rêves plein la tête

Lorsque nous leur posons la question de leur vision de l'avenir, nous recevons des réponses mûres et surtout une volonté d'aider les autres .

Pour Ange, c'est la volonté d'aider les demandeurs d'asile : "J'aimerais aider les personnes comme moi, qui arrivent en Belgique et sont placées dans des centres. J'ai été très bien accueillie. J'aimerais rendre la pareille".

Pour Kauthar, c'est une autre forme d'aide qui la motive : "Je serai sage-femme"

Ces enfants aiment vivre en Belgique mais les journées sont longues entre les quatre murs de ce foyer. Malgré leur jeune âge, ils sont conscients de la chance d'être ici. "Nous ne voulons pas rentrer chez nous, ici nous sommes bien".

Un tour du centre

Ce sont les enfants qui m'accompagnent pour visiter le centre. Ils désirent partager leur quotidien à travers la description de toutes les pièces.

La première pièce est la salle de français qui est aussi celle des devoirs pendant la période scolaire. La pièce contient un projecteur pour aider le professeur dans l'apprentissage de la langue. "Des dessins sont par exemple projetés et le mot y correspondant est répété", nous explique-t-on. Les murs sont blancs, dépouillés de toutes décorations et les tables sont diposées pour former un demi-cercle.

La cuisine est commune. C'est une cantine où chacun doit préparer soi-même ses repas. Les membres du centre reçoivent une carte de débit au nom de Fedasil où de l'argent est versé pour les repas chaque semaine. Un adulte a droit à 32,25 € par semaine, un adolescent de 12 à 17 ans de 13,75 € et un enfant de moins de 12 ans aura 12 €.

Les douches et les toilettes sont également à partager mais sont séparées pour les hommes et les femmes. Après un coup d'oeil rapide, nous constatons que tout est dans un état impeccable.

Un couloir nous intrigue, une aile du bâtiment plutôt calme. Il s'agit du couloir réservé aux Mena, les mineurs non accompagnés. Il y en a dix au sein du centre. Ils sont suivis par des éducateurs qui se chargent des activités spécialement pour eux.

Nous pénétrons à l'intérieur d' "une de ces maisons", c'est Bilguissou, Guinéenne de 6 ans, qui veut nous montrer où elle habite. On toque et Géraldine demande l'autorisation à la maman pour visiter son logement. Elle accepte. La petite partage le logement avec une seconde famille. Elle nous montre consciencieusement les étagères qui leur sont réservées et la place dévolue dans le frigo. Sa maman nous observe mais ne prononcera pas un mot. L'intérieur se compose du nécessaire pour habiter une maison, une table avec quelques chaises autour, une petite cuisine, une chambre. Du bazar traine un peu à droite et à gauche mais le tout semble propre.

Elle montre ensuite le magasin de vêtement. Quand ils arrivent au centre, certains ont fui en catastrophe leur pays et ont laissé tout derrière eux. Ce magasin se compose des dons des gens. Chaque personne a droit à un certain nombre d'habits en arrivant. Et tout au long de l'année, il est possible d'obtenir ces vêtements.

Il y a même un potager avec quelques fraisiers et aromates "C'est moi qui ai planté les fraisiers", nous annonce fièrement Kauthar.

E. Lukacsovics

Dès l'arrivée sur le parking, ce qui nous frappe, c'est cette haute bâtisse au coeur d'un environnement rural. Des champs à perte de vue. Géraldine Massart, accompagnatrice sociale du centre d'accueil, nous indique directement "qu'ici, les pensionnaires ont vraiment de la chance. C'est un ancien internat, c'est un cadre chaleureux pour accueillir les 200 personnes qui y résident actuellement. En effet, d'autres centres ressemblent davantage à des containers mis les uns à côté des autres."C'est autour d'une table que les enfants du centre se réunissent. Nous pouvons librement leur poser les questions. Le plus jeune à 6 ans, le plus âgé en a 11. Bilguissou, Ange, Yanal, Kauthar et Anwar sont un peu intimidés par notre présence. Mais Ange, Camerounaise, âgée d'une dizaine d'années, commence à être plus à l'aise. C'est un flux de questions qu'il lui vient en tête d'une traite. D'où venez-vous? Qu'est-ce que vous aimez au métier de journaliste? Comment fait-on pour devenir journaliste? "Rho toutes ces années, ça fait long quand même", s'exclame-t-elle. Après leur avoir laissé le temps de s'habituer à nous et avoir répondu à leurs questions, nous décidons de reprendre la main. Après un tour de table pour que chaque enfant se présente, nous leur demandons de nous parler de leurs vacances au centre d'accueil.Des vacances longues... trop longuesPour Ange, ce matin, le réveil a fait place au ménage. "J'ai rangé et lavé la maison. Après, généralement, je traine avec les copines et puis pour finir, on tourne en rond dans le centre". Ce qu'elle appelle "maison" sont en réalité des studios que les familles se partagent à deux ou plus, en fonction du nombre de personnes qui composent la famille.Pour Kauthar, c'est un peu différent. Cette petite Somalienne de 10 ans a débuté sa journée en traduisant des documents d'une famille récemment arrivée au centre. Ces enfants sont scolarisés au sein d'école du quartier avec les autres élèves, Belges pour la plupart. D'autres, quand ils arrivent, sont installés dans des classes dites passerelles pour apprendre le français. Ils seront intégrés dans des classes normales par la suite. Ils connaissent bien la langue. Ces enfants sont donc d'une aide précieuse pour épauler les adultes qui ont un vrai handicap lié à la barrière de la langue. Pour les enfants, c'est une source d'occupation comme une autre. Tout est bon pour se distraire : "On s'ennuie beaucoup", nous confient les enfants." Les journées sont très longues au sein du centre. Heureusement, on a des amis ici mais beaucoup de familles ont obtenu une réponse favorable et sont parties du centre. Nous sommes tristes car nous voyons tous nos amis partir et nous on reste ici." Kauthar est née en Belgique. Cela fait 5 ans qu'elle est dans ce centre mais elle a déjà été déplacée avec ses 4 frères et soeurs dans différents centres du pays.Des activités pour les occuper"Avant, il y avait des stages organisés, de handball par exemple, mais il n'y en a n'a pas assez ", regrettent les enfants. Géraldine nous confirme "qu'un stage de multi-sports est organisé par le complexe sportif de Beauraing depuis de nombreuses années. Les familles doivent y inscrire les enfants par le biais d'une collaboratrice du centre.".Le budget initiative de quartier permet d'organiser différentes activités: le jogging dans le cadre de la kermesse du village, un tournoi de mini-foot, la chasse aux oeufs annuelle avec le comité du village. "Par contre nous avons abandonné la formule stage créatif que nous organisions ici au centre faute d'inscriptions des enfants de l'extérieur" regrette Géraldine.Le mercredi, c'est le jour des activités durant l'année scolaire. Mais pendant les vacances les activités se déroulent plusieurs fois par semaine pour occuper les enfants. La semaine dernière, c'était le cinéma à l'honneur. "Nous adorons ces moments, on aimerait qu'il y ait plus d'activités".Des sorties sont organisées par le centre grâce à la mobilisation des travailleurs qui se démènent pour trouver des places gratuites pour les familles. Un budget pour des activités culturelles est aussi alloué. "C'est important pour la cohésion familiale, on encourage les familles à s'inscrire aux activités avec leurs enfants" nous confie Géraldine. Le problème reste le moyen de transport, une camionnette de huit places qui sert pour les transports d'urgence et pour les déménagements également. "On fait donc des allers-retours pour les déposer et puis les récupérer"."Nous essayons toujours de trouver des activités ludiques. Nous partons souvent à la découverte des grandes villes du pays. Les familles sont alors accompagnés d'éducateurs, ainsi chacun peut se remémorer les cours d'éducation civique en version nature" ajoute-t-elle. "Des sorties à Pairi Daiza, aux Grottes de Han ou encore à Chevetogne prennent aussi place mais toujours avec un nombre limité de places par activités".Les familles peuvent aussi se rendre à la plaine de jeux et organiser des barbecues. "Ainsi, ils peuvent se rendre compte qu'on n'est pas obligé de dépenser de l'argent pour passer des bons moments", ajoute Géraldine.Avant, il y avait une bibliothèque et des jeux de société à leur disposition mais tout ça est mis sous clé désormais. "Il faut demander pour avoir un jeu", regrettent les enfants qui aimeraient beaucoup avoir une salle de jeu pour passer leur temps." Mais il y a eu des destructions et disparitions donc c'est davantage contrôlé maintenant"."Nous avons hâte de retourner à l'école""Nous sommes tout le temps occupés pendant l'école, nous n'avons pas le temps de nous embêter. Nous avons tous nos amis là-bas. La plupart des enfants sont gentils et nous sommes bien intégrés au sein de l'école", nous racontent les enfants.Pendant les vacances, les groupes scouts et autres guides viennent aussi égayer le quotidien des enfants. Au menu de ces vacances : initiation au cricket."La Coupe du Monde a permis de nous rassembler, on a pu regarder le match dans la salle de français reconvertie pour l'occasion."Des activités tout au long de l'annéeDes initiatives en collaboration avec les villageois sont mises en place. Un jogging qui rassemble différentes générations et nationalités permet de se découvrir. Des journées pour les conscientiser sont aussi planifiées. La journée propreté est un exemple où le centre met la main à la pâte pour ramasser les déchets sauvages.Pour Pâques, c'est plutôt des ateliers bricolage avec la création de paniers ou des coloriages de lapin. "Nous essayons de faire comprendre aux parents les traditions belges au travers des différentes fêtes. Ces rencontres sont organisées en dehors de toute connotation religieuse".Et plus récemment, lors de l'éclipse de vendredi dernier, ce sont des rudiments d'astronomie qui sont expliqués à l'ensemble des résidents autour d'une soirée d'observation à la belle étoile.Des rêves plein la têteLorsque nous leur posons la question de leur vision de l'avenir, nous recevons des réponses mûres et surtout une volonté d'aider les autres .Pour Ange, c'est la volonté d'aider les demandeurs d'asile : "J'aimerais aider les personnes comme moi, qui arrivent en Belgique et sont placées dans des centres. J'ai été très bien accueillie. J'aimerais rendre la pareille".Pour Kauthar, c'est une autre forme d'aide qui la motive : "Je serai sage-femme"Ces enfants aiment vivre en Belgique mais les journées sont longues entre les quatre murs de ce foyer. Malgré leur jeune âge, ils sont conscients de la chance d'être ici. "Nous ne voulons pas rentrer chez nous, ici nous sommes bien".E. Lukacsovics