Ils partagent un prénom, une longue silhouette et un goût aussi prononcé qu'inconscient pour la structure ternaire. Entre Londres en juin 1940 et Paris en août 1944, Charles de Gaulle avait " sa vraie France, sa seule France, sa France éternelle ", et il avait " ces chars, ces avions, cette tactique des Allemands " qui, avec leur force " aérienne, mécanique et terrestre ", ont surpris nos chefs. Depuis 2014, Charles Michel, lui, a ses " Jobs, Jobs, Jobs " distribués à tout-va, ses " Miserie, Miserie, Miserie " jetés à Elio Di Rupo depuis la tribune de la Chambre, et il a ces attentats " aveugles, violents et lâches " perpétrés sur notre sol en mars 2015. Et depuis ce dimanche 23 juin, il a ce gouvernement wallon " majoritaire, stable et robuste ", appelé de ses voeux, sur le plateau de RTL-TVI. De voeux sincères, mais discrets. Car après une campagne flamboyante, qui vit le grand Charles cracher tout feu tout flamme et dragonner les uns et les autres, la fournaise réformatrice y est allée mollo sur le combustible. Un signe qui ne trompe pas : le porte-parole du parti, Georges-Louis Bouchez, ne tweete presque plus, sauf pour déplorer combien est injuste que les voix de préférence d'un candidat populaire (lui) ne suffisent pas face aux voix de la case de tête dévolues à des candidats moins populaires mais situés plus haut sur une liste (les autres).
...

Ils partagent un prénom, une longue silhouette et un goût aussi prononcé qu'inconscient pour la structure ternaire. Entre Londres en juin 1940 et Paris en août 1944, Charles de Gaulle avait " sa vraie France, sa seule France, sa France éternelle ", et il avait " ces chars, ces avions, cette tactique des Allemands " qui, avec leur force " aérienne, mécanique et terrestre ", ont surpris nos chefs. Depuis 2014, Charles Michel, lui, a ses " Jobs, Jobs, Jobs " distribués à tout-va, ses " Miserie, Miserie, Miserie " jetés à Elio Di Rupo depuis la tribune de la Chambre, et il a ces attentats " aveugles, violents et lâches " perpétrés sur notre sol en mars 2015. Et depuis ce dimanche 23 juin, il a ce gouvernement wallon " majoritaire, stable et robuste ", appelé de ses voeux, sur le plateau de RTL-TVI. De voeux sincères, mais discrets. Car après une campagne flamboyante, qui vit le grand Charles cracher tout feu tout flamme et dragonner les uns et les autres, la fournaise réformatrice y est allée mollo sur le combustible. Un signe qui ne trompe pas : le porte-parole du parti, Georges-Louis Bouchez, ne tweete presque plus, sauf pour déplorer combien est injuste que les voix de préférence d'un candidat populaire (lui) ne suffisent pas face aux voix de la case de tête dévolues à des candidats moins populaires mais situés plus haut sur une liste (les autres). Le silence de Charles Michel, la discrétion de son parti, la modestie de son porte-parole, sans doute, doivent beaucoup à l'électeur qui, le 26 mai dernier, a infligé au MR une rouste historique, sanctionnant brutalement l'audacieux choix de Charles Michel de s'allier avec la N-VA. Même les idéalistes les plus distraits sont parfois rappelés à la réalité. Mais Charles Michel n'est pas un idéaliste distrait. Il est un homme de pouvoir qui sait comment le prendre, et qui n'ignore pas comment le garder, même lorsque le parti qu'il dirige connait son pire résultat depuis trente ans. Aujourd'hui pourtant qu'il est à niveau si bas que d'autres se seraient pendus, Charles Michel et le MR s'accrochent au silence. Son intérêt personnel et celui de son parti le commandent bien plus que le choix de l'électeur. Car, malgré la défaite de l'un et des autres, Charles Michel et les siens sont plus que jamais dans le jeu. Dans tous les jeux, même, du régional à l'européen. C'est pourquoi Charles Michel se tait, et c'est pourquoi, quand il parle, c'est pour ne rien dire. Et c'est pourquoi, en bon gaulliste qui ne s'ignore pas tellement, le Belge se tait, trois fois. Il se tait quant à ce qui motive son action et ses pensées, ces jours-ci, et qui concerne son destin personnel, qu'il espère l'éloigner, le temps d'une législature, de la Belgique. Depuis les hautes sphères continentales, la perte de six sièges à la Chambre belge des représentants pèse peu. Or, Charles Michel lorgne avidement un top job européen. Emmanuel Macron l'a assuré de son soutien à l'obtention de la présidence du conseil des chefs d'Etat et de gouvernements européens. Et Charles Michel pilote, avec son homologue néerlandais Mark Rutte, les négociations pour le compte de la famille libérale, engagées avec les conservateurs, les socialistes et les écologistes pour la distribution de tous les mandats de la législature à venir. Il est donc en première ligne pour travailler à sa cause. Alors, Charles Michel se tait. Même si ça se voit. " On parlait ainsi de la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic ou de son Premier ministre Andrej Plenkovic. Ou encore, pour la présidence de la Commission, de l'actuel président du Conseil, Donald Tusk, qui a démenti. Idem pour le Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel, cité au Conseil. Charles Michel, chef du gouvernement belge, lui, n'a rien dit ", écrivait le 22 juin Le Monde. Dire quelque chose l'aurait forcé à démentir, donc à se retirer de la course. Le lendemain, sur RTL-TVI toujours, il se disait n'être candidat à rien, ce qui engage à tout autant. Il ne dira rien d'ici au prochain sommet européen, celui du 30 juin, annoncé comme décisif. Il ne dira rien non plus si, n'obtenant pas la présidence désirée, subsistait la possibilité de se voir, à la fin de l'été, offrir un gros portefeuille de commissaire européen. S'il parle à ce moment, c'est qu'il n'aura plus rien à dire en Europe. C'est qu'il restera en Belgique. C'est qu'il gardera encore plus directement la main sur le MR que ce qu'il comptait : même promu au Conseil européen, il ne relâcherait que très peu son emprise, en cédant la présidence du parti au fidèle Willy Borsus. Il se tait quant au " choix de société " qu'il soumettait à l'électeur avant le 26 mai et dont il n'est aujourd'hui plus aucunement question. Tout juste Charles Michel, Georges-Louis Bouchez et Willy Borsus, les deux autres réformateurs mandatés pour propager le très rassembleur message libéral déplorent-ils pudiquement qu'écologistes et socialistes aient envisagé de gouverner la Wallonie avec les communistes du PTB. Poliment, et en montrant toute leur disponibilité à une vaste majorité responsable, donc centriste, à trois (avec le PS et Ecolo) ou à deux (avec le PS). Ils sont loin les grands cris de coalition FGTB et il est reporté au prochain scrutin le choix de société si urgent il y a un mois. Entre-temps, il est apparu qu'Ecolo a emporté moins de sièges que ce que redoutaient les réformateurs, que le PTB et le CDH ont refusé d'entrer en tripartite avec socialistes et écologistes, et donc que le MR est devenu arithmétiquement à peu près indispensable à la constitution d'une majorité au parlement wallon. L'aventure du coquelicot énerve, bien sûr. La possibilité d'utiliser un dispositif oublié pour instituer un gouvernement minoritaire, comme l'a exposée la RTBF, inquiète, certes. Mais au MR, on n'y croit pas. Alors on continue à se taire même lorsque l'on parle. Et même si on ne se tait pas d'une même voix. Car si Charles Michel a repris langue avec les directions socialiste et écologiste, s'il échange désormais régulièrement, directement ou indirectement, avec Elio Di Rupo, Paul Magnette ou Jean-Marc Nollet, s'il évite que les plus brûlants droitiers de ses partisans, tels Pierre-Yves Jeholet ou l'autoproclamé " Francken wallon ", Denis Ducarme, n'incendient le débat médiatique, le président réformateur n'est pas le seul bleu à s'aboucher. Jean-Luc Crucke, vice-président du MR et ministre wallon sortant, est l'interlocuteur réformateur que privilégient les négociateurs du coquelicot wallon. Il est le libéral le plus loquace depuis le scrutin. Régionaliste wallon, promoteur de longue date de majorités " laïques ", très sensible aux enjeux environnementaux, le bourgmestre de Frasnes-lez-Anvaing s'entend bien avec Jean-Marc Nollet - ils ont récemment partagé un petit déjeuner peu discret au Pain Quotidien, sur la place du Sablon, à Bruxelles - et Paul Magnette. L'un et les autres en usent. Jusqu'à l'abus ? Charles Michel se tait pour le moment, mais il lui en veut, à Jean-Luc Crucke. Il lui en veut parce qu'il est proche de Didier Reynders, parce que la présidence du MR pourrait l'intéresser, parce que, chez les micheliens, on se dit que suivre en campagne la ligne douce de Crucke envers socialistes et écologistes aurait mené, le 26 mai, à une défaite encore plus humiliante, et parce que Crucke avait promis la grande bagarre si la ligne dure ne donnait pas les résultats électoraux et postélectoraux souhaités. Certes, cette ligne si douce d'après la ligne si dure sert pour le moment l'intérêt du parti, et le creusement de ce double canal de communication aussi, si bien qu'on pourrait croire cette répartition des rôles volontaire : Charles Michel, épouvantail pour la gauche donc en retrait, enverrait son plus conciliant vice-président traiter dans les lignes adverses. Il n'en est rien. Charles Michel, plusieurs fois déjà, a fait dire aux directions socialiste et écologiste qu'il était plus simple et plus efficace de communiquer directement avec lui. C'est bien qu'il est énervé. Au terme de ce silence contraint, alors, pourrait se faire entendre un certain boucan. Le bruit de Charles Michel flanquant la carcasse de Jean-Luc Crucke par terre, celle, somme toute, du dernier reyndersien : Didier Reynders a la tête pleine d'ailleurs, Daniel Bacquelaine est presque à la pension des Pensions et Pierre-Yves Jeholet ne figure pas dans le plan de table d'un exécutif avec le PS et Ecolo. Il se tait quant à Crucke, aux libéraux sociaux et aux reyndersiens, qu'il conserve dans son viseur réformateur, mais que le moment impose de préserver, donc. Tout l'appareil du parti, aujourd'hui, se réjouit de se voir indispensable ou presque à une majorité wallonne : peu de cadres, au matin du 26 mai, osaient se trouver en situation si favorable. Si les cadres sont contents, les militants le sont aussi, ou peu n'en faut. Mais les électeurs ? Ce dont on ne peut parler, il faut le taire : le silence de Charles Michel, désormais prêt à pactiser avec une gauche dégobillée pendant cinq ans, témoigne d'une ambiguïté, qu'il va falloir dépasser. Car si une alliance avec le MR est ravageuse, voire peut-être mortelle, pour le PS et pour Ecolo avec le PTB dans l'opposition, une alliance avec le PS et Ecolo n'est pas beaucoup plus confortable pour le MR, alors que Maxime Prévot positionne son CDH en apôtre du bon sens conservateur. Charles Michel alors, une fois les négociations engagées, va devoir faire entendre des conservateurs quelque part. Et refaire taire les libéraux sociaux, reyndersiens ou pas. C'est Charles Michel brisé par l'électeur, Charles Michel outragé par Jean-Luc Crucke, Charles Michel martyrisé par la gauche qui le fait attendre. Mais bientôt Charles Michel libéré. Grâce à la sainte trinité de son silence momentané. Comme s'il s'était retiré à Colombey-les-deux-Eglises.