La résidence-services est un ou plusieurs bâtiments qui offre un logement permettant à des aînés une vie indépendante et des services auxquels ils peut-être fait librement appel. De quoi parlent ces acteurs? Une sorte de résidences-services et de soins.

"Cette démarche revient en quelque sorte à fusionner le modèle de la résidence-services (espace, intimité, autonomie, sécurité) avec le modèle d'une maison de repos (soins et accompagnement). Et quand, dans les résidences-services, on voit des chambres médicalisées comme dans une maison de repos et de soins, on pourrait dire que finalement le logement en résidence-services, c'est une chambre avec un salon. Mais cette pièce supplémentaire change tout, une personne peu mobile ne doit pas passer sa journée dans un fauteuil à côté de son lit; quand elle reçoit des proches ou des connaissances, elle peut les recevoir dans son salon; elle dispose d'une petite cuisine qui lui permet de cuisiner des plats dont elle a envie. Aller dans cette direction présente un autre avantage : au plus on se rapproche d'une véritable unité de logement, au plus on peut assurer une mixité d'âge."

La proposition est digne de grand intérêt. De facto, la formule existe en Flandre. Des personnes en perte d'autonomie restent en résidences-services quand elles deviennent dépendantes et reçoivent alors des soins à domicile. Cette évolution naturelle est aussi à l'oeuvre en Wallonie. Pour certains, la résidence-services doit seulement accueillir des personnes autonomes. Cela ne tient pas. Un tel logement constitue un domicile et c'est à domicile que la majorité des aînés, même peu autonomes, souhaitent finir leur jour.

En Wallonie, la maison de repos sera bientôt réservée à des aînés de 70 ans au moins, avec une possible dérogation. La résidence-services, elle, serait à destination exclusive des personnes de 60 ans au moins, sans aucune faculté d'exception. Si la volonté est la mixité des âges, la résidences-services et de soins devrait exister pour des sexagénaires et éventuellement des plus jeunes.

Il serait équitable qu'un même besoin de soins soit accompagné en résidences-services et de soins et de soins comme en maisons de repos. Le financement forfaitaire et les normes de personnel de ces maisons seraient donc repris, mutatis mutandis.

C'est dorénavant les Régions qui paient le forfait en maison de repos tandis que le Fédéral continue à intervenir pour les soins à domicile via la nomenclature Inami. Dans le cas où la résidences-services et de soins se substitue à la maison de repos, cela ne change rien du point de vue des finances régionales. En revanche, si elle tend à "remplacer" le maintien à domicile, il y a un transfert vers les entités fédérées. C'est loin d'être anodin pour leurs trajectoires budgétaires. Cet argument ne vaut pas si le financement de cette alternative s'opère par la nomenclature. Est-ce néanmoins concevable avec des Régions devenues compétentes pour la politique des aînés?

Avec un accord de coopération, une décision des Régions sur l'essor de ces résidences-services est concevable. Hélas, il n'est plus question de fédéralisme de coopération mais de confédéralisme. En Belgique, c'est une version façadiste du séparatisme et un résidu qui subsisterait vu l'impossibilité d'une scission pure et dure. La fulgurance du Professeur Delpérée sur ce système politique est fameuse. Dans le contexte actuel, une variante post 68 s'impose. Confédération, piège à cons !

Dans une résidences-services, le choix des prestataires est libre. En maison de repos, l'accompagnement est le fait d'une équipe salariée de la maison. Ce changement de philosophie devrait susciter quelques réactions.

Autres point, la subvention à la construction. Aujourd'hui, il n'y a rien pour les résidences-services et 60 % maximum du coût en maison de repos. Une chambre en maison de repos, est construite sur 15 m2. Plus spacieux, le logement résidence-services s'étend sur 35 m2. Plus de surfaces à subsidier implique un surcroit de dépenses pour la Région ou un taux de subventions pour le gestionnaire plus bas que les 60 % actuel, voire nul. Si le logement résidences-service remplace l'habitation actuelle et que celle-ci est vendue ou louée, la brique peut être financée par le seul aîné. Ce n'est pas l'usage le plus courant: le souhait de l'aîné est que sa maison revienne aux héritiers.

Il faut intégrer l'attente de certaines personnes âgées à vivre en centre urbain pour l'accès aux services. Cela pose la question du foncier. Des espaces plus vastes, c'est difficile ou couteux en ville. L'argument est relatif pour une municipalité comme Namur où certaines entités sont rurales. A Bruxelles, par contre....

Comme certaines maisons de repos, des résidences-services sont sous-occupées en raison de leur prix. Or, une résidences-services et de soins serait plus onéreuse qu'une simple résidence-services. En effet, en maison de repos, le personnel de soins présent est supérieur d'un tiers à celui financé via les normes. Ce tiers supplémentaire est couvert par le prix au résidant.

Il est suggéré que l'assurance autonomie intervienne dans ces résidences-services. Les maisons de repos et les résidences-services ont un gestionnaire non marchand ou marchand. Tous les services d'aides aux familles et aux aînés sont quant à eux non marchands mais il y a des infirmières à domicile indépendantes. L'assurance autonomie débattue en Wallonie n'était pas ouverte aux opérateurs lucratifs. La flamande l'est. Quid des résidences-services et de soins ? A notre sens, elles devraient rester hors marché.

En Wallonie, il y a une programmation pour les maisons de repos mais aucune pour les résidences-services. Une programmation est insensée pour des projets. Elle serait nécessaire si la résidences-services et de soins se généralise.

Une résidence-service est un lourd investissement. Dans une maison de repos, il y a un travailleur[2] pour deux résidants. Personne ne se lancera dans une résidences-services et de soins sans garantie de continuité.

Des résidence-services et de soins seraient bienvenues. Elles susciteraient quand même quelques noeuds. Il faut en être conscient et les trancher.

[1] Valentine Charlot et Caroline Guffens, Le Bien Vieillir, Philippe Defeyt, Institut pour un Développement Durable, Alain Legros, Balder (Silver Economy Consulting), José Pincé. Le texte a d'bord circulé sur internet et a ensuite été repris sur le site du Soir. Lien : L'accueil des seniors au XXIe siècle

[2] Equivalent temps plein