La paternité change tout, et en bien. C'est ce que prouvent une nouvelle fois les annonces de jeudi dernier du patron de Facebook, Mark Zuckerberg. Zuckerberg, l'entrepreneur qui a convaincu deux milliards de personnes d'abandonner leur vie privée en échange de communication 24/7 et d'une poussée de dopamine à chaque pouce en l'air, a proposé des changements drastiques du réseau social. Le "news feed", ce flux interminable d'infos, de photos et de vidéos auquel la moitié de l'humanité est accro donnera désormais priorité aux contributions de proches et d'amis, aux dépens de publications d'entreprises et d'éditeurs. Les personnes (au nombre d'un petit milliard et demi) qui visitent tous les jours le site verront également plus de publications très commentées, ce que Zuckerberg qualifie d'"interaction significative". Les articles et les vidéos virales sont gratifiés de l'épithète "passif" et entreront moins en ligne de compt...

La paternité change tout, et en bien. C'est ce que prouvent une nouvelle fois les annonces de jeudi dernier du patron de Facebook, Mark Zuckerberg. Zuckerberg, l'entrepreneur qui a convaincu deux milliards de personnes d'abandonner leur vie privée en échange de communication 24/7 et d'une poussée de dopamine à chaque pouce en l'air, a proposé des changements drastiques du réseau social. Le "news feed", ce flux interminable d'infos, de photos et de vidéos auquel la moitié de l'humanité est accro donnera désormais priorité aux contributions de proches et d'amis, aux dépens de publications d'entreprises et d'éditeurs. Les personnes (au nombre d'un petit milliard et demi) qui visitent tous les jours le site verront également plus de publications très commentées, ce que Zuckerberg qualifie d'"interaction significative". Les articles et les vidéos virales sont gratifiés de l'épithète "passif" et entreront moins en ligne de compte. C'est là une solide correction de la part d'une entreprise qui dès le début a impitoyablement misé sur la monopolisation de l'attention de ses utilisateurs. Zuckerberg lui-même s'attend à ce que les corrections, après les critiques contre les fake news et les bulles de filtre, incitent les utilisateurs à passer moins de temps sur son site. C'est un prix qu'il est prêt à payer. Depuis la venue de Maxima et August, ses deux filles, il a changé d'avis sur son héritage. "Il est important pour moi", dit-il au New York Times, "que plus tard Maxima et August aient le sentiment que ce que leur père a construit était bon pour le monde". Juste après l'annonce, l'action Facebook a plongé. Il est étrange que la presse nationale s'attarde sur les détails techniques, du, disons système électoral catalan, mais qu'un changement de cap du plus grand médium du monde passe plutôt inaperçu. Serait-ce parce que nous pensons qu'au fond Facebook n'est pas si important ? Un peu de divertissement, soixante fois par jour ? Une centaine d'opinions innocentes de personnes qui pensent souvent la même chose que nous ? Il est frappant qu'un gestionnaire de fortune intelligent - annexe faiseur d'opinions - comme Geert Noels incite les médias classiques à plus de recherches et de factchecking, mais qualifie les incidents avec les réseaux sociaux de discussion de comptoir qui a dérapé. Son appel aux médias classiques est tout à fait justifié : ces derniers pratiquent quotidiennement les recherches et le factchecking, mais il y a toujours moyen de faire mieux. Ces dernières années, la guerre d'opinions, sous ses variantes les plus impérieuses, mais aussi les plus dégoûtantes, se déroule surtout sur les réseaux sociaux. Ces derniers sont-ils réellement une "fête de la démocratie", comme le dit Noels ? Parfois certainement. Mais ces dernières semaines même Zuckerberg semble se rendre compte qu'ils se trompent parfois lourdement. Les mauvaises langues disent que le CEO de Facebook tente plus d'améliorer sa position sur le marché que de rendre le monde meilleur et s'attendent à une hausse des prix des annonces : moins de publicité, mais (beaucoup) plus chère. Un peu de cynisme n'a pas encore tué Zuckerberg. Mais il y a aussi des actionnaires qui s'inquiètent vraiment de l'image de l'entreprise, après les révélations sur l'infiltration russe, la campagne de réseaux sociaux de Trump ou l'avalanche de messages haineux envers le peuple Rohingya. Les anciens collaborateurs qui s'épanchent au compte-gouttes au sujet du mécanisme pervers de Facebook nuisent également à sa réputation. Chamath Palihapitiya, ancien "vice-président" de la "croissance des utilisateurs" a déclaré le mois dernier qu'il culpabilisait d'avoir participé à un outil qui détruit le tissu social. Un mois avant Sean Parker, cofondateur de Facebook, avait déjà dit que les créateurs avaient toujours cherché à rendre les utilisateurs dépendants, en "exploitant les faiblesses humaines". Tout comme Uber, Deliveroo ou AirBnB, tôt ou tard, Facebook sera corrigé. En annonçant l'autorégulation la semaine dernière, Zuckerberg espère éviter que ce soient les autorités qui s'en chargent. Il n'est pas certain que cela fonctionne. D'autres joueurs n'ont corrigé qu'au moment où le législateur s'en est mêlé. Depuis peu, l'Allemagne inflige des amendes jusqu'à cinquante millions d'euros aux réseaux sociaux qui ne suppriment pas les messages de haine. C'est probablement aller un peu loin. Mais même après l'énième attaque raciste sur les réseaux sociaux, cette fois contre une Miss Belgique aux racines philippines, les politiciens n'ouvrent pas le débat. Pour cela, faut-il d'abord quelques accidents ?