"Les Wallons ne vivent pas bien", déclarait Philippe Destatte au journal économique francophone L'Echo fin décembre. L'homme est l'ancien chef de cabinet adjoint du ministre de la politique scientifique Jean-Maurice Dehousse (PS), qui dirige depuis 1987 le centre d'études wallon Jules Destrée. " Lorsque l'on compare les dépenses annuelles des ménages entre la Flandre et la Wallonie, il y a environ 15% de différence. Pour les dépenses par habitant en vêtements et chaussures, meubles, culture et loisirs et formations, la Wallonie est à chaque fois derrière la Flandre en matière de dépenses. Il n'y a que pour le tabac et l'alcool que le Wallon dépense plus." Sa constatation illustre à quel point la Wallonie est patraque.
...

"Les Wallons ne vivent pas bien", déclarait Philippe Destatte au journal économique francophone L'Echo fin décembre. L'homme est l'ancien chef de cabinet adjoint du ministre de la politique scientifique Jean-Maurice Dehousse (PS), qui dirige depuis 1987 le centre d'études wallon Jules Destrée. " Lorsque l'on compare les dépenses annuelles des ménages entre la Flandre et la Wallonie, il y a environ 15% de différence. Pour les dépenses par habitant en vêtements et chaussures, meubles, culture et loisirs et formations, la Wallonie est à chaque fois derrière la Flandre en matière de dépenses. Il n'y a que pour le tabac et l'alcool que le Wallon dépense plus." Sa constatation illustre à quel point la Wallonie est patraque.Destatte est historien, auteur de livres sur l'histoire contemporaine wallonne et belge et l'une des voix les plus intéressantes du sud du pays. "La Wallonie ne se redresse pas. Il faut sortir de cette idée de redressement. Tous les indicateurs montrent depuis des années que malgré les efforts extraordinaires - affirmés -, le PIB par habitant sur la longue durée est un encéphalogramme plat. En 1995, on est à 73,5 (la Belgique égale 100) et on arrive à 72,7 en 2006. Les contrats d'avenir successifs lancés par les gouvernements wallons, les plans Marshall et les 12 milliards versés par les fonds structurels européens n'ont pas permis à la Wallonie de se redresser", souligne Destatte.On connaît les chiffres, mais ils restent choquants. En Flandre, par exemple, 6,8 % des jeunes de 18 à 24 ans n'ont pas de diplôme de l'enseignement secondaire supérieur et ne suivent plus aucune forme d'éducation ou de formation, tandis qu'en Wallonie, 10,3 % des jeunes quittent prématurément l'école. Ces dix dernières années en Flandre, 14% en moyenne des jeunes de 15 à 24 ans étaient au chômage, alors qu'en Wallonie le taux de chômage des jeunes s'élevait à 29%. L'année dernière, 6,4% des Flamands âgés de 18 à 65 ans cherchaient du travail, contre 13,2% en Wallonie. Près de 24% des Flamands âgés de 20 à 64 ans ne travaillent pas et ne cherchent pas d'emploi alors que la Wallonie compte plus de 30% d'inactifs. Il convient de noter que la Flandre est loin d'être aussi performante que ses pays voisins ou des régions comparables. Par exemple, les Pays-Bas ne comptent "qu'" un peu plus de 18 % d'inactifs, l'Allemagne 17,5 %. Les chiffres montrent à quel point la situation en Wallonie est déplorable.Bien entendu, ces chiffres dramatiques sont liés à la disparition de l'industrie lourde sidérurgique et charbonnière en Wallonie. Pendant longtemps, les responsables politiques ont ignoré les faits et les conséquences. En tout état de cause, les réformes structurelles ont été inadéquates, constate aussi Destatte. "Ce qui nous permet de maintenir un certain équilibre, c'est l'argent qui vient de l'Europe et de Flandre et le fait que l'on se serre la ceinture." Il préconise une approche énergique, dans laquelle "un nouvel équilibre doit être trouvé entre le monde des affaires, qui crée de la valeur, et le secteur public, qui n'en crée pas". Parce qu'il sait pertinemment : "Les transferts d'argent en provenance de la Flandre ne dureront pas, et ceux en provenance de l'Europe seront probablement plus petits". La Wallonie doit donc devenir "autosuffisante". Il est douteux que cela se produise rapidement. Le désordre est grand, la volonté d'entreprendre des interventions structurelles en profondeur est beaucoup moins grande. Et l'attachement de la Wallonie à la France auquel certains pensent n'est pas pour tout de suite. Et est-ce d'ailleurs vraiment ce que souhaite Paris?Non, après les élections du 26 mai, les partis francophones demanderont à nouveau de l'argent pour la formation du gouvernement fédéral, ne serait-ce que pour financer l'enseignement francophone. Les partis flamands qui s'assoient à la table des négociations après le Super dimanche pourront faire des demandes en échange de cette bouée de sauvetage pour la Wallonie. Les nationalistes flamands espèrent obtenir suffisamment de voix pour être sûrs de participer. Ils pourraient sauver la Wallonie de la faillite et la Belgique de l'ingouvernabilité, en échange d'un modèle confédéral. Et même si elles ne sont pas nécessaires à la formation d'un gouvernement, les questions communautaires joueront toujours un rôle. Parce que même si la plupart des politiciens et des analystes politiques ne veulent pas en entendre parler aujourd'hui, si le communautaire ne joue pas de rôle avant les élections, alors il le fera inévitablement après les élections. Ou pour reprendre librement les paroles de Liza Minelli et Joel Grey : "Money makes Belgium go round".