Les malades de longue durée sont des personnes en incapacité de travail pendant plus d'une année et leur nombre ne cesse de croître. Être malade de longue durée et être malgré tout obligé de travailler ? En octobre, j'ai écrit à ce sujet une carte blanche pour le site de l'hebdomadaire flamand Knack, article qui, en un rien de temps, a été partagé près de 10 000 fois. Cela prouve à quel point le thème est sensible. La ministre Maggie De Block tenait tout prêt un Arrêté royal dans lequel de lourdes sanctions étaient prévues pour les malades de longue durée qui ne reprendraient pas de nouveau le travail obligatoirement. Vu les protestations des mutualités, des syndicats et de Médecine pour le Peuple (réseau de maisons médicales qui pratiquent la médecine gratuite), les sanctions ont finalement été retirées. C'est ce qui a été décidé en décembre par les partenaires sociaux au sein du "Groupe des 10".

La crampe dans le cou du gouvernement : "Nous ne regardons que vers le bas"

L'accord était à peine refroidi que, dans Knack, la ministre De Block insistait déjà sur une évaluation. Avant l'été. Pas une évaluation dans laquelle on aurait examiné comment, en tant que société, nous pourrions empêcher le nombre de malades de longue durée. Mais bien une évaluation dans laquelle on calculera si un nombre suffisant de malades de longue durée ont été remis au travail. Dans le même temps, le gouvernement augmente également la pression sur la sécurité sociale. Dans De Tijd, Bart De Wever déclarait : "Les gens qui ont voté pour nous avaient espéré que la facture ne tomberait pas dans leur boîte. Mais on ne peut pas faire autrement. Il n'y a plus que dans la Sécurité sociale qu'il reste de l'argent à ramasser." Nos dirigeants doivent avoir une crampe dans le cou pour qu'ils aient les regards sans cesse tournés vers le bas de l'échelle sociale. Ce sont les petits qui paient, et les tout gros, eux, s'en vont en rigolant.

Non, ce gouvernement ne regarde pas vers le haut. Un malade de longue durée qui, en raison d'une erreur de paiement, perçoit une allocation trop élevée, est obligé de la rembourser jusque deux ans après la date. Quand 35 multinationales reçoivent trop de cadeaux - 700 millions d'euros, en l'occurrence -, alors, notre ministre des Finances se décarcasse pour mettre ces mêmes multinationales à l'abri. Si on refuse de regarder vers le haut, si on refuse de s'en prendre au gros gâteau, oui, dans ce cas, bien sûr, il ne reste plus que la Sécurité sociale. Voilà la crampe dans le cou du gouvernement.

Le projecteur est braqué sur le gibier au bas de l'échelle sociale

Dans une récente interview, le Premier ministre de l'ombre, Bart De Wever, en a encore profité un peu pour noircir les syndicats en suggérant des économies dans le budget qu'ils perçoivent pour gérer le paiement des allocations de chômage. Mais, bien vite, il est apparu que, dans le paiement de l'allocation de chômage, il n'y avait pas beaucoup à gratter. Mieux encore : il s'avère que les syndicats travaillent bien meilleur marché que la Caisse auxiliaire de l'État (CAPAC) elle-même. Un coup dans l'eau donc. Et il a donc rebraqué le projo sur le malade de longue durée, le gibier par excellente du bas de l'échelle sociale. Dans le journal financier, De Tijd, De Wever faisait remarquer que le gouvernement "entend continuer à oeuvrer à un mécanisme responsabilisant pour garantir que les malades de longue durée qui peuvent encore travailler puissent effectivement retourner au travail". Responsabiliser les malades de longue durée, voilà qui va nous fournir de l'argent. Quand le projecteur est dirigé vers le bas de l'échelle sociale, le haut de cette même échelle reste dans l'obscurité. "Des milliers de dossiers sur la fraude financière dorment dans les armoires de la justice", a raconté le juge d'instruction Michel Claise ce week-end dans De Tijd. "Il y a un manque si dramatique de moyens qu'ils sont classés sans suite. Cela coûte aux caisses de l'État des centaines de millions d'euros (!). Voilà qui devrait rendre les gens furieux. Il faut que naisse un nouveau mouvement d'Indignés, en Belgique. Les gros pontes des entreprises pirates qui enfreignent la loi, conquièrent des positions au sommet, dans l'économie réelle." Un langage assez cru dans la bouche d'un éminent juge d'instruction. De Wever aurait donc tout aussi bien pu parler d'un "mécanisme responsabilisant" pour "garantir" que l'on s'en prenne à l'escroquerie et à la fraude financière, qui nous coûte des millions d'euros. Il ne l'a pas fait. La responsabilisation, manifestement, ça ne s'applique qu'à ceux qui se situent au bas de l'échelle sociale.

Des histoires à dormir debout au pays des gens en incapacité de travail

Le mardi 12 janvier, la ministre Maggie De Block était invitée au débat de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), à Bruxelles. "Nous allons mettre sur pied un mécanisme responsabilisant pour les malades de longue durée", a-t-elle expliqué à la fine fleur des patrons belges. Ce faisant, elle a répété les propos de De Wever. L'hebdomadaire Knack lui avait demandé la semaine dernière : "Cette pression sur la sécurité sociale est-elle également la raison pour laquelle vous voulez sanctionner les chômeurs de longue durée s'ils ne veulent plus retourner au travail ?" C'est ce qui s'appelle une question concrète. La réponse, elle, l'était nettement moins. La ministre ne renie pas la position, mais répond par une pirouette. "On a raconté bien des histoires à dormir debout, à ce propos !"

Ah ! Des histoires à dormir debout au pays des gens en incapacité de travail ! Ce ne sont pas les histoires à dormir debout qui manquent, dans ce pays. Et encore moins les témoignages concrets, dans ce cas ! Et je me suis donc mis en quête de témoignages. Non pas des récits scabreux, ni non plus des tentatives pour figurer au Guinness Book. Mais des histoires de la vie de tous les jours. Mon arme : le téléphone. J'ai sonné à bon nombre de médecins de Médecine pour le Peuple afin de leur demander quels étaient les problèmes qu'ils avaient rencontrés le mois écoulé dans le traitement des malades de longue durée. Voir l'être humain derrière les chiffres. J'ai dû modifier les noms réels, ça va de soi. Mais les témoignages restent. Peut-être vaut-il mieux les entendre avant de tirer des conclusions sur de prétendues "histoires à dormir debout".

Un travail adapté ? "Uniquement si on est à 100 % en état !"

Bert a 36 ans et il est actif depuis plus de 10 ans à la boucherie d'une grande chaîne de supermarchés. Avec le désossage, il a fini par se faire un tennis-elbow (tendinite au coude). Acupuncture, infiltrations à la cortisone, kinésithérapie, rien n'a aidé. Opérer est la seule option. Mais l'incertitude quant au résultat continue à le ronger. "Neuf mois de repos relatif avec des exercices", prescrivent les directives de l'"Evidence Based Medicine" (ou médecine factuelle) internationale. Ce n'est possible que via un travail adapté. Bert veut retourner au travail. Rester chez lui ne l'intéresse pas et signifie en outre une grosse perte d'argent alors que le remboursement de sa maison court toujours. Le médecin du travail fait savoir qu'il n'y a pas de travail adapté pour lui. Bert : "Sur le site internet du supermarché, il y a pourtant des offres d'emploi comme contrôleurs de la qualité de la viande, et je pourrais parfaitement le faire. Mais le patron ne veut que des collaborateurs qui soient à 100 % en état." Ce genre de témoignage est monnaie courante. Depuis 2007 déjà, en cas de réintégration, la loi oblige les employeurs à donner du travail adapté ou de mettre à la disposition une autre fonction dans l'entreprise. Il s'agit de l'article 34 de la "loi sur les contrats de travail", d'avril 2007. Mais, après huit ans, cet article n'a jamais été mis en vigueur via un Arrêté royal.

Chez Johan, nous entendons la même histoire. Johan est un jeune métallo de 31 printemps et un solide bosseur. Dans son travail, il soulève et traîne très souvent du poids et son dos a fini par trinquer. Une hernie. Le disque intervertébral protubérant doit être enlevé. En septembre dernier, Johan a subi une lourde opération au dos. Le Dr Dirk Van Duppen, de Médecine pour le Peuple, explique : "La hernie était manifestement la conséquence d'une surcharge intensive du fait du travail de levage et de déplacement de poids. Johan a donc dû aller en revalidation, sous accompagnement du kinésithérapeute. Au contrôle, Johan a été déclaré inapte au travail jusqu'au 4 janvier, avec travail adapté à mi-temps jusqu'au 1er mars. Le 5 janvier, quand Johan s'est à nouveau présenté au travail, il a été tout de suite clair que l'employeur ne voulait pas lui proposer de travail adapté. L'employeur attendait un Johan absolument retapé à 100 %, capable de tourner immédiatement en pauses complètes. Cela n'allait donc pas. L'employeur lui-même a conseillé à Johan de rentrer chez lui et d'y rester jusqu'à ce qu'il soit complètement guéri. Pourtant, il existe des possibilités de travail adapté sur mesure. Ce ne sont pas les travailleurs qu'il convient de montrer du doigt, mais ces employeurs qui refusent de mettre du travail adapté à disposition."

Maria a près de 59 ans. Elle travaille depuis l'âge de 15 ans et souffre beaucoup de son arthrose. Pourtant, la pression du travail sur elle ne cesse de croître.

Le docteur Eric Vanobbergen a reçu Stan en consultation. Il travaille dans la construction et il a plus de 50 ans. Toute une vie passée dans le bâtiment et, aujourd'hui, voilà plus d'un an qu'il est en incapacité de travail pour "ischialgie récurrente" (sciatique chronique), suite à une grave hernie discale, à de l'arthrose au genou et dans les épaules. De ce fait, Stan est en invalidité. Il a été complètement ausculté par le service spécialisé pour vérifier la possibilité d'un travail alternatif. L'avis rendu était clair : "non orientable vers le marché de l'emploi". Le Dr Vanobbergen explique : "Maintenant, le médecin-conseil vient tout d'un coup de déclarer Stan apte pour ce même marché de l'emploi qui, entre-temps, n'est certes pas devenu moins exigeant. "La loi a changé", avait dit le médecin de la mutuelle à Stan. Et ce, sans concertation avec moi, qui suis son médecin traitant. Quand je téléphone au médecin-conseil, je parviens enfin à le joindre après toute une série de renvois, de musiques d'attente et après avoir beaucoup insisté au téléphone : "Je regrette. La décision a été prise. Je ne peux plus rien y changer." Et moi : "Je pensais que le médecin traitant allait être impliqué dans la procédure ?" Le médecin-conseil : "Ce n'est pas prévu. Vous faites sans doute allusion au nouvel AR ? Ici, il s'agit de l'évaluation de l'incapacité de travail pour l'ensemble du marché de l'emploi, non de la procédure pour la reprise accélérée du travail."" Dans la construction, Stan ne pourra plus trouver du travail, et le médecin-conseil est d'accord, lui aussi, sur ce point. Mais Stan doit, de lui-même, quand même se repositionner sur le marché de l'emploi, sans qu'il y ait quelque part de travail adapté disponible.

"Aujourd'hui encore, j'ai eu Maria à la consultation", me raconte le Dr Milly Thoolen. Maria a 58 ans et elle a toujours travaillé comme femme de chambre. Actuellement, ça fait un petit temps qu'elle va pointer au chômage et, chaque fois, elle est invitée à aller travailler. Elle éprouve beaucoup de douleurs, surtout à hauteur du dos et du cou, suite à de l'arthrose. Le conseiller du VDAB (le Forem flamand) lui a conseillé de se mettre sur la mutuelle, parce qu'en fait, elle ne pouvait pas aller travailler. Le Dr Milly poursuit : "Fin septembre, nous avons renvoyé Maria sur la mutuelle. Au bout d'un mois, un examen complémentaire a été requis, parce que les douleurs ne s'amélioraient pas. Mais, en décembre, elle a de nouveau été retirée de la mutuelle, "parce qu'elle était quand même chez elle". Elle n'était pas encore tout à fait réinscrite au chômage qu'elle était déjà convoquée pour un entretien. Elle ne comprend pas très bien, car on ne la convoque quand même pas pour aller travailler. Partout, ils estiment qu'elle est trop âgée et il n'y a pas de travail adapté. En outre, cet été, elle aura 59 ans et elle travaille depuis l'âge de 15. À la mutuelle, ils lui font vraiment des difficultés. Lorsqu'elle se présente, l'employé lui a demandé : "Combien de temps croyez-vous que vous allez rester sur la mutuelle ? Est-ce que ça va durer plus de trois mois ?"" Enfin, le Dr Milly me dit encore ceci : "Le personnel de la mutuelle fait de son mieux. Mais je commence toutefois à voir une différence. Avec les plans de De Block, un certain nombre de membres du personnel de la mutuelle se sentent mis sous pression pour exercer eux-mêmes plus de pression sur le patient. C'est une nouvelle évolution, et elle n'a rien de sain."

Tout le mal qu'on s'est donné pour accompagner de nouveau Rachel vers le travail est tombé à l'eau en cinq minutes à peine, tout simplement en raison d'une simple décision

Il n'y a pas que les travailleurs plus âgés que l'on met sous pression. Le Dr Freja Haak est le médecin traitant de Rachel, 36 ans et mère de quatre enfants. "Rachel a toujours travaillé dur et, des années durant, elle a été au-delà de ses limites tant au travail qu'à la maison. Elle est alors allée en congé de maladie en raison d'un burn-out et d'une dépression. Elle a été bien suivie par nous et, au bout de quelques mois, par le psychologue aussi. Fin octobre 2015, nous avons noté une amélioration. Et, tout doucement, nous avons osé commencer à regarder vers l'avant. Une reprise du travail dans les trois ou quatre mois nous a paru possible", me confie le Dr Freja.

En novembre 2015, Rachel a été convoquée chez le médecin-conseil. Sur base d'un seul entretien, celui-ci a décidé que Rachel devait aller travailler immédiatement. "Rester assise à la maison n'est pas une solution. Dans le temps, ma mère aussi est restée à la maison avec une dépression et, quand elle est retournée travailler, tout a été bien mieux", a expliqué le médecin-conseil. "Ce n'est quand même pas un argument scientifique ?", s'exclame le Dr Freja, en colère. Finalement, le médecin-conseil prescrit : "reprise du travail avec travail adapté". En dessous de travail adapté, il note encore "pas d'horaires variables, pas de lourde pression du travail ni de surcharge à certaines heures, peu d'exigences contradictoires". Ben oui, tiens, justement toutes des choses qui s'appliquent précisément au travail de Rachel. Quand Rachel le dit à son médecin-conseil, celui-ci lui répond froidement : "Dans ce cas, il ne vous reste qu'à vous faire licencier pour raisons médicales." C'est sous cette pression que Rachel est retournée travailler. Il n'y avait pas de travail adapté, mais bien des changements d'horaires et de nombreux moments de pression. Rien n'a donc été résolu. Le médecin-conseil conseille au médecin traitant de diagnostiquer une rechute de la maladie. Cela se passe le 9 décembre. Mais... la rechute est refusée. Plus grave : ni le médecin traitant ni la patiente ne sont mis au courant du refus. C'est la mutualité qui, le 4 janvier seulement, met le médecin traitant au courant. Le refus de la rechute a été tout simplement réglé administrativement. La seule solution qui reste encore est de faire appel auprès du tribunal du travail. Le Dr Freja : "Le plus regrettable, dans toute cette affaire, c'est que, fin octobre, Rachel commençait à se remettre. Et, avec toute cette situation et le stress que tout cela entraîne, elle a de nouveau régressé de trois étapes. Tous les efforts de Rachel, du psychologue et de moi-même ces derniers mois ont tout simplement été anéantis en cinq minutes de temps, par une décision d'un médecin qui ne la connaît même pas !"

Guérir, c'est prendre du temps

Le médecin généraliste Dirk Van Duppen est particulièrement indigné à propos des plans de la ministre De Block : "De Block ne parle que d'"evidence based médicine". Dans ce cas, elle devrait savoir qu'on ne peut forcer personne à guérir. Guérir, c'est prendre du temps." Le Dr Van Duppen insiste sur le fait qu'il y a des milliers de patients qui ne redeviennent tout à fait comme avant qu'au bout d'un an, ou même deux ans. "Cela arrive chaque jour, mais on ne peut prévoir quand. Ce qui est prévisible, par contre, c'est que la pression, elle, est contre-productive." Le Dr Van Duppen sent dans son quart de siècle d'expérience comment la culture change, sur le marché du travail : "Dans le temps, je pouvais téléphoner au médecin du travail des entreprises portuaires : "Dites, là, vous ne pourriez pas chercher un travail de bureau pour ce patient, ou un travail un peu plus léger ? Pour un petit temps, seulement." Aujourd'hui, tous les emplois plus légers ont été liquidés. Tout le monde est sur les dents. Douleurs physiques, burn-out et dépression se multiplient. Cela ne m'étonne pas. On travaille dans une équipe. Quelqu'un prend sa pension et n'est pas remplacé. La pression sur ceux qui restent s'accroît. On se retrouve dans un cercle vicieux, car il y a des gens qui tombent, complètement cuits. On rend les gens malades, quand on les fait travailler de plus en plus longtemps et de plus en plus tard. C'est aussi simple que ça !"

Les vases communicants : moins de prépensions aboutit à plus de malades de longue durée

Le nombre de malades de longue durée augmente surtout chez les travailleurs plus âgés, révèlent nombre d'études. C'est une conséquence du fait de devoir travailler plus longtemps, surtout chez les ouvriers et chez les femmes. La deuxième raison de la forte hausse du nombre de malades de longue durée, c'est l'accroissement du stress chronique et de la pression au travail. Ainsi, les travailleurs plus âgés ne sont généralement plus remplacés quand ils s'en vont pour cause de maladie ou à leur pension et, naturellement, cela accroît encore la pression au travail. Du coup, cette dernière est la deuxième raison du nombre croissant de malades de longue durée. Le nombre de problèmes psychiques augmente à vue d'oeil. Burn-out et stress sont en quelque sorte la silicose du 21e siècle. Si nous voulons faire baisser les coûts de l'incapacité au travail de longue durée, nous allons donc devoir y remédier. Et, alors, nous permettrons aux travailleurs plus âgés de prendre leur pension à temps, après une vie de dur labeur. Et, alors, nous devrons nous mettre à réfléchir à la répartition du travail comme elle existe à Göteborg. Une semaine de 30 heures qui, non seulement, pourra aider beaucoup plus de gens à trouver du travail, mais qui fera aussi baisser considérablement les facteurs de stress et la surcharge de travail. De tels choix de société orientés sur l'avenir partent d'une tout autre image de l'humanité que le débat stigmatisant d'aujourd'hui sur les malades de longue durée. Je me souviens encore de l'étonnement lors des débats électoraux quand j'ai dit : "Si nous relevons l'âge de la pension et détricotons la prépension et le crédit temps, rien ne sera résolu. Cela n'aboutira qu'à des dépenses accrues dans les soins de santé. Et c'est ce qu'on voit aussi aux Pays-Bas : des gens qui sont épuisés par le travail retombent alors sur la réglementation de maladie." Mes collègues présidents de parti m'ont regardé comme des vaches qui voient passer un TGV et ont repris ensuite sans s'émouvoir le fil du débat. Entre-temps, ce gouvernement a relevé l'âge de la pension, même si la chose ne figurait dans aucun programme électoral. Et on a continué à s'atteler à la suppression de la prépension. La conséquence se laisse deviner. Je laisse un peu la parole aux journalistes de De Tijd, qu'on pourrait difficilement soupçonner de complaisance à l'égard du PTB. "La hausse des dépenses pour les malades de longue durée est en partie la résultante de la décision de détricoter le système de la prépension, ce qui fait que l'incapacité de travail agit comme une sorte de vase communicant avec le chômage", écrivent Pieter Blomme et Jasper D'Hoore le week-end dernier dans De Tijd. Ainsi, vous l'apprenez aussi de la bouche de quelqu'un d'autre.