La bande dessinée entretient depuis des années un lien étroit avec les peintres et la peinture. On ne compte plus les bios en BD consacrées à Van Gogh, Cézanne, Frida Kahlo, Warhol, Klimt, Picasso ou Matisse : une mode qui s'explique parfois autant - voire plus - par le besoin de reposer son album sur une notoriété déjà acquise et chère aux éditeurs que par un réel intérêt pictural. C'est dire si la sortie quasi combinée du Bouvaert de Simon Spruyt (1) et du Jardin de Daubigny de Luc Cromheecke (2) apporte un vent de fraîcheur sur le genre - en plus de deux excellents albums. Ni l'un ni l'autre ne jouent la carte de la célébrité pour convaincre les lecteurs - que du contraire ! - et tous deux, dans des genres extrêmement différents, parlent autant d'art et de peinture que de ceux qui les pratiquent. Un rapport intime à la création, aux arts, à l'image et à la peinture en particulier, très présent dans la bande dessinée flamande dite d'auteur. Le jeune Ben Gijsemans avait fait l'unanimité il y a deux ans avec son Hubert, récit contemplatif d'un taiseux fou de peinture et qui hantait les Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Olivier Schrauwen et Brecht Evens sont connus pour leur approche plastique et picturale de la bande dessinée, et on attend avec impatience L'Agneau mystique annoncé chez Casterman au début de l'an prochain, dans lequel Harry De Paepe et Jan Van der Veken retraceront l'histoire du plus célèbre chef-d'oeuvre des primitifs flamands. Des exemples qui semblent démontrer que, là où la bande dessinée francophone plonge plus volontiers ses racines et ses repères dans sa propre histoire, quitte à tourner en rond, la bande dessiné flamande aime, elle, creuser bien plus loin, du xviie siècle de Rubens aux prémices de...