La crise sanitaire a mis en lumière des métiers essentiels à notre bien-être collectif, des métiers à haute utilité sociale. Bien sûr les métiers du "care" - infirmiers, aides-soignants...-, mais aussi les métiers de ceux qui ont continué à travailler pendant le confinement tels les caissiers, les couturiers, les cuisiniers ou les nettoyeurs dans les hôpitaux et les maisons de repos, beaucoup de métiers de la fonction publique.

Deux choses frappent quant à ces métiers : Ils sont souvent peu valorisés socialement et financièrement et beaucoup sont très majoritairement exercés par des femmes. Vous aurez d'ailleurs été étonnés de l'emploi du masculin pour les désigner.

Le premier constat est connu et il appelle une réponse simple : ces métiers doivent recevoir la considération qu'ils méritent, pas seulement pendant la crise et à 20h mais de façon pérenne. Il faut avant tout une revalorisation salariale de ces professions. Il est également essentiel de revoir les conditions de travail dans lesquelles ces métiers s'exercent pour qu'ils soient moins pénibles et plus compatibles avec une vie privée équilibrée. Il n'y a par exemple aucune raison valable pour qu'il faille nettoyer les bureaux tôt le matin ou tard le soir. Et si les infirmières sont épuisées aujourd'hui, c'est aussi parce qu'elles sont trop peu nombreuses, parce qu'on a désinvesti la santé ces dernières années.

Le deuxième constat est que les femmes, omniprésentes dans la lutte contre la pandémie, ce que personne ne pourra nier, sont aussi cruellement absentes des groupes d'experts chargés du suivi de l'épidémie et de l'économie (ERMG, GEES, ...). Elles sont aussi très peu prises en compte dans les mesures sanitaires, économiques et sociales destinées à faire face à la crise. Alors que les femmes sont les principales victimes du confinement (augmentation des violences intrafamiliales, difficulté à jongler entre vie professionnelle et vie familiale, notamment en télétravail, plus grande charge mentale, etc.), les mesures prises ou proposées vont rarement dans le sens de plus d'égalité.

Alors que beaucoup de femmes ont trimé sans arrêt pendant le confinement et mis leur santé en danger, on ne prend aucune mesure pour leur donner enfin une vraie place dans un marché du travail qui reste dominé par une logique masculine. Ainsi, les indemnités de congé parental spécial coronavirus, même revalorisées, sont encore si basses qu'on sait déjà qui, de l'homme ou de la femme, prendra ce congé dans un couple. Les enfants, des tout-petits aux adolescents, sont quant à eux les oubliés du déconfinement et ce sont le plus souvent les femmes qui doivent suppléer en attendant que les écoles, les activités sportives, l'accueil extra-scolaire et les crèches rouvrent complètement. Les mesures de flexibilité que les organisations patronales réclament ne permettront pas aux femmes d'évoluer dans leur carrière en assumant en parallèle leurs enfants, parfois à temps plein. Et j'en passe...

Pour ces raisons, il est impératif de faire une analyse de genre pour toutes les décisions destinées à faire face à la crise. Le "gender mainstreaming" n'est certes pas un concept nouveau, mais il continue à s'imposer difficilement, surtout en période de crise où les priorités sont ailleurs. De plus, des mesures spécifiques devraient aider les femmes à prendre leur place dans la société. Bien sûr, le mieux serait qu'enfin les tâches familiales soient mieux réparties au sein des couples. Mais cela ne se décrète pas et cela prendra encore du temps. Or, il y a urgence ! C'est pourquoi des mesures doivent être prises à très court terme, comme les mesures nécessaires à la réouverture complète des écoles et la reprise des activités extra-scolaires.

À court terme, outre la revalorisation des salaires des métiers "féminins", l'augmentation des places pour l'accueil de la petite enfance et l'accueil extrascolaire est indispensable pour faciliter la conciliation entre vie professionnelle - vie privée. Les indemnités pour le crédit-temps et autres congés parentaux doivent être largement augmentées, pour qu'enfin les familles monoparentales et les hommes y fassent appel. Des mesures doivent aussi être prises pour éviter l'usage abusif du temps partiel, supprimer les discriminations et imposer une véritable égalité salariale. Une "garantie emploi pour tous" permettra aux femmes de participer pleinement au monde du travail. Enfin, une réduction collective du temps de travail sans perte de revenu et avec embauche compensatoire doit être initiée.

Plus globalement, il faudra penser 'le monde d'après" pour qu'il donne enfin aux femmes la place qui leur revient. Ce n'est que dans une société plus égalitaire, plus verte et plus sociale que ce voeu pourra se réaliser.

La crise que nous vivons ne peut être le prétexte pour renvoyer les femmes à leur foyer. Elle doit être au contraire l'occasion d'un véritable progrès pour les droits des femmes !

Florence Lepoivre, Institut Emile Vandervelde

Miranda Ullens, FGTB-ABVV

Lilith Roggemans, Viva-SVV

Noémie Van Erps, FPS

La crise sanitaire a mis en lumière des métiers essentiels à notre bien-être collectif, des métiers à haute utilité sociale. Bien sûr les métiers du "care" - infirmiers, aides-soignants...-, mais aussi les métiers de ceux qui ont continué à travailler pendant le confinement tels les caissiers, les couturiers, les cuisiniers ou les nettoyeurs dans les hôpitaux et les maisons de repos, beaucoup de métiers de la fonction publique.Deux choses frappent quant à ces métiers : Ils sont souvent peu valorisés socialement et financièrement et beaucoup sont très majoritairement exercés par des femmes. Vous aurez d'ailleurs été étonnés de l'emploi du masculin pour les désigner.Le premier constat est connu et il appelle une réponse simple : ces métiers doivent recevoir la considération qu'ils méritent, pas seulement pendant la crise et à 20h mais de façon pérenne. Il faut avant tout une revalorisation salariale de ces professions. Il est également essentiel de revoir les conditions de travail dans lesquelles ces métiers s'exercent pour qu'ils soient moins pénibles et plus compatibles avec une vie privée équilibrée. Il n'y a par exemple aucune raison valable pour qu'il faille nettoyer les bureaux tôt le matin ou tard le soir. Et si les infirmières sont épuisées aujourd'hui, c'est aussi parce qu'elles sont trop peu nombreuses, parce qu'on a désinvesti la santé ces dernières années.Le deuxième constat est que les femmes, omniprésentes dans la lutte contre la pandémie, ce que personne ne pourra nier, sont aussi cruellement absentes des groupes d'experts chargés du suivi de l'épidémie et de l'économie (ERMG, GEES, ...). Elles sont aussi très peu prises en compte dans les mesures sanitaires, économiques et sociales destinées à faire face à la crise. Alors que les femmes sont les principales victimes du confinement (augmentation des violences intrafamiliales, difficulté à jongler entre vie professionnelle et vie familiale, notamment en télétravail, plus grande charge mentale, etc.), les mesures prises ou proposées vont rarement dans le sens de plus d'égalité. Alors que beaucoup de femmes ont trimé sans arrêt pendant le confinement et mis leur santé en danger, on ne prend aucune mesure pour leur donner enfin une vraie place dans un marché du travail qui reste dominé par une logique masculine. Ainsi, les indemnités de congé parental spécial coronavirus, même revalorisées, sont encore si basses qu'on sait déjà qui, de l'homme ou de la femme, prendra ce congé dans un couple. Les enfants, des tout-petits aux adolescents, sont quant à eux les oubliés du déconfinement et ce sont le plus souvent les femmes qui doivent suppléer en attendant que les écoles, les activités sportives, l'accueil extra-scolaire et les crèches rouvrent complètement. Les mesures de flexibilité que les organisations patronales réclament ne permettront pas aux femmes d'évoluer dans leur carrière en assumant en parallèle leurs enfants, parfois à temps plein. Et j'en passe...Pour ces raisons, il est impératif de faire une analyse de genre pour toutes les décisions destinées à faire face à la crise. Le "gender mainstreaming" n'est certes pas un concept nouveau, mais il continue à s'imposer difficilement, surtout en période de crise où les priorités sont ailleurs. De plus, des mesures spécifiques devraient aider les femmes à prendre leur place dans la société. Bien sûr, le mieux serait qu'enfin les tâches familiales soient mieux réparties au sein des couples. Mais cela ne se décrète pas et cela prendra encore du temps. Or, il y a urgence ! C'est pourquoi des mesures doivent être prises à très court terme, comme les mesures nécessaires à la réouverture complète des écoles et la reprise des activités extra-scolaires.À court terme, outre la revalorisation des salaires des métiers "féminins", l'augmentation des places pour l'accueil de la petite enfance et l'accueil extrascolaire est indispensable pour faciliter la conciliation entre vie professionnelle - vie privée. Les indemnités pour le crédit-temps et autres congés parentaux doivent être largement augmentées, pour qu'enfin les familles monoparentales et les hommes y fassent appel. Des mesures doivent aussi être prises pour éviter l'usage abusif du temps partiel, supprimer les discriminations et imposer une véritable égalité salariale. Une "garantie emploi pour tous" permettra aux femmes de participer pleinement au monde du travail. Enfin, une réduction collective du temps de travail sans perte de revenu et avec embauche compensatoire doit être initiée.Plus globalement, il faudra penser 'le monde d'après" pour qu'il donne enfin aux femmes la place qui leur revient. Ce n'est que dans une société plus égalitaire, plus verte et plus sociale que ce voeu pourra se réaliser.La crise que nous vivons ne peut être le prétexte pour renvoyer les femmes à leur foyer. Elle doit être au contraire l'occasion d'un véritable progrès pour les droits des femmes !Florence Lepoivre, Institut Emile VanderveldeMiranda Ullens, FGTB-ABVVLilith Roggemans, Viva-SVVNoémie Van Erps, FPS