Question d'un lecteur : "Si nous avions été préparés à une telle épidémie (planification, masques et tests etc.) n'aurions-nous pas pu obtenir les mêmes résultats en préservant l'économie ? En s'inspirant par exemple de Singapour oui de l'Allemagne, je pense que la nature des mesures prises en Belgique a en fait été imposée par notre situation d'impréparation. Il me semble donc que cette situation causée par des décisions d'économie à courte vue, auront finalement un coût gigantesque. Cependant le risque de telles pandémies étaient signalés depuis longtemps car il y avait des précédents. Et ce n'est pas fini".

Réponse de Sandy Tubeuf, professeure en Economie de la Santé à l'Institut de recherche santé et société (IRSS) et à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES), Université catholique de Louvain

Il apparait important, dans un premier temps, de rappeler que la crise sanitaire à laquelle nous faisons face est inédite tant par son ampleur internationale que par l'incertitude de ses conséquences futures sur les aspects sanitaires et économiques, et ainsi elle n'aurait pu être, précisément, anticipée par quiconque. Soulignons, de plus, que les différences dans les stratégies de confinement de chacun des pays européens restent marginales dès que l'on exclut la Suède, qui s'appuie sur les qualités intrinsèques de sa population à s'autoréguler et à comprendre précisément en quoi consiste la distanciation sociale, et les Pays-Bas, qui ont choisi un confinement moins catégorique afin d'encourager une immunisation collective. Ainsi, la plupart des pays européens ont choisi de fournir un effort de confinement global pour lutter contre l'épidémie au prix de points de croissance économique. Il serait donc erroné de penser que la Belgique a pris des mesures différentes des autres pays.

Cependant il est vrai que les réalités nationales concernant les choix d'investissement dans le système de soins antérieurs à la pandémie vont être un facteur déterminant de l'ampleur des conséquences catastrophiques du Covid-19 sur la mortalité et l'économie de chacun des pays européens. Il serait injuste de se focaliser sur l'absence de masques ou de tests puisqu'à nouveau leur rareté est commune à la plupart des pays européens. Néanmoins, on peut déplorer les mesures d'austérité auxquelles ont fait face les soins de santé en Belgique dans les dernières années et qui ont des conséquences directes sur les capacités de nos hôpitaux à faire face efficacement à la crise sanitaire. De fait, on observe des différences marquées dans les moyens les plus critiques pour soigner les patients Covid-19 comme le nombre de lits de réanimation (15.9 pour 100,000 habitants en Belgique contre 33.9 en Allemagne en 2020) ou le nombre de respirateurs (18.9 pour 100,000 habitants contre 33.7 en 2020).

Alors que l'évolution annuelle des dépenses de santé a été fortement encadrée en Belgique avec une augmentation de moins de 1% entre 2009 et 2018 (voir ici) et que le coût des innovations thérapeutiques a été mis en avant pour justifier la restriction d'autres dépenses dans la santé, la crise sanitaire appelle en urgence à la mobilisation de ressources financières pour la santé. Ainsi, on accepte aujourd'hui un surcroit de dépenses de santé qui n'aurait jamais été envisagé il y a quelques mois lorsque le gouvernement défendait la nécessité de faire des économies dans le budget de la santé. Tous les systèmes de santé auront des leçons à tirer pour l'avenir, tout particulièrement la Belgique.

Question d'un lecteur : "Si nous avions été préparés à une telle épidémie (planification, masques et tests etc.) n'aurions-nous pas pu obtenir les mêmes résultats en préservant l'économie ? En s'inspirant par exemple de Singapour oui de l'Allemagne, je pense que la nature des mesures prises en Belgique a en fait été imposée par notre situation d'impréparation. Il me semble donc que cette situation causée par des décisions d'économie à courte vue, auront finalement un coût gigantesque. Cependant le risque de telles pandémies étaient signalés depuis longtemps car il y avait des précédents. Et ce n'est pas fini".Réponse de Sandy Tubeuf, professeure en Economie de la Santé à l'Institut de recherche santé et société (IRSS) et à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES), Université catholique de LouvainIl apparait important, dans un premier temps, de rappeler que la crise sanitaire à laquelle nous faisons face est inédite tant par son ampleur internationale que par l'incertitude de ses conséquences futures sur les aspects sanitaires et économiques, et ainsi elle n'aurait pu être, précisément, anticipée par quiconque. Soulignons, de plus, que les différences dans les stratégies de confinement de chacun des pays européens restent marginales dès que l'on exclut la Suède, qui s'appuie sur les qualités intrinsèques de sa population à s'autoréguler et à comprendre précisément en quoi consiste la distanciation sociale, et les Pays-Bas, qui ont choisi un confinement moins catégorique afin d'encourager une immunisation collective. Ainsi, la plupart des pays européens ont choisi de fournir un effort de confinement global pour lutter contre l'épidémie au prix de points de croissance économique. Il serait donc erroné de penser que la Belgique a pris des mesures différentes des autres pays. Cependant il est vrai que les réalités nationales concernant les choix d'investissement dans le système de soins antérieurs à la pandémie vont être un facteur déterminant de l'ampleur des conséquences catastrophiques du Covid-19 sur la mortalité et l'économie de chacun des pays européens. Il serait injuste de se focaliser sur l'absence de masques ou de tests puisqu'à nouveau leur rareté est commune à la plupart des pays européens. Néanmoins, on peut déplorer les mesures d'austérité auxquelles ont fait face les soins de santé en Belgique dans les dernières années et qui ont des conséquences directes sur les capacités de nos hôpitaux à faire face efficacement à la crise sanitaire. De fait, on observe des différences marquées dans les moyens les plus critiques pour soigner les patients Covid-19 comme le nombre de lits de réanimation (15.9 pour 100,000 habitants en Belgique contre 33.9 en Allemagne en 2020) ou le nombre de respirateurs (18.9 pour 100,000 habitants contre 33.7 en 2020). Alors que l'évolution annuelle des dépenses de santé a été fortement encadrée en Belgique avec une augmentation de moins de 1% entre 2009 et 2018 (voir ici) et que le coût des innovations thérapeutiques a été mis en avant pour justifier la restriction d'autres dépenses dans la santé, la crise sanitaire appelle en urgence à la mobilisation de ressources financières pour la santé. Ainsi, on accepte aujourd'hui un surcroit de dépenses de santé qui n'aurait jamais été envisagé il y a quelques mois lorsque le gouvernement défendait la nécessité de faire des économies dans le budget de la santé. Tous les systèmes de santé auront des leçons à tirer pour l'avenir, tout particulièrement la Belgique.