Question d'un lecteur: Serait-il possible de communiquer les CV de nos ministres afin d'accepter ou non l'adéquation de leurs successives nominations ? Pourquoi cette exception dans notre univers régi par le duo compétences /capacités et ces parties de chaises musicales ?

Réponse du Dr. Benjamin Biard, chargé de recherche au CRISP et chargé de cours à l'UCLouvain.

D'un point de vue sociologique, une grande partie des députés qui accèdent à un premier mandat en Belgique sont issus du sérail politique. En d'autres termes, avant leur première élection, ils travaillaient au sein d'un cabinet ministériel, auprès d'un parlementaire, pour le compte d'un parti ou encore dans le centre d'études d'un parti. Bien évidemment, d'autres catégories socio-professionnelles sont aussi représentées au Parlement (et au gouvernement, puisque les ministres sont généralement désignés parmi les parlementaires), au premier rang desquelles les cadres du secteur privé. Cela signifie qu'il est difficile d'assurer une cohérence parfaite entre le milieu professionnel duquel sont issus les hommes et femmes politiques et les dossiers qu'ils sont amenés à gérer en priorité, au sein d'une commission parlementaire ou à travers la gestion d'un portefeuille ministériel. Néanmoins, n'oublions pas que chaque ministre est entouré d'un cabinet qui l'épaule dans la gestion de ses dossiers et que leur travail repose aussi sur la consultation de nombreux acteurs non politiques.

Ensuite, vient la question du jeu de chaises musicales qui peut s'opérer au sein des gouvernements successifs. S'il ne s'agit pas d'une réalité strictement belge, cela tient entre autres au mode de négociation qui prévaut en Belgique entre les partis politiques s'étant accordés sur un accord de majorité. Concrètement, il appartient au président du parti le plus important de choisir un premier portefeuille, puis au suivant d'en choisir un autre, et ainsi de suite. Plusieurs tours de table peuvent avoir lieu afin que chaque portefeuille soit distribué parmi les partis présents. Selon le nombre de partis qui forment cette majorité, selon leurs poids électoral, selon leur idéologie et selon les stratégies politiques qu'ils peuvent développer (par exemple, un parti peut se positionner sur le portefeuille historique d'un autre pour se profiler en acteur du changement), un même portefeuille ministériel peut ainsi être détenu par des ministres différents d'une législature à l'autre.

Au-delà de la question de la correspondance entre le portefeuille qu'un ministre détient et celui qu'il a détenu par le passé, demeure la question du reflet de la société que renvoie l'image d'un gouvernement. Et il est un fait que les gouvernements reflètent peu la société en termes d'âge, de genre, de capital scolaire ou de statut socio-professionnel. Cela n'est pas sans accroître encore la crise de la démocratie représentative déjà bien présente en Belgique et en Europe. Particulièrement dans le contexte actuel, où des décisions parfois difficiles doivent être prises pour endiguer la pandémie de Covid-19, il est à parier que cela renforcera encore l'abstentionnisme et le vote pour les extrêmes lors du prochain scrutin.

Question d'un lecteur: Serait-il possible de communiquer les CV de nos ministres afin d'accepter ou non l'adéquation de leurs successives nominations ? Pourquoi cette exception dans notre univers régi par le duo compétences /capacités et ces parties de chaises musicales ? Réponse du Dr. Benjamin Biard, chargé de recherche au CRISP et chargé de cours à l'UCLouvain.D'un point de vue sociologique, une grande partie des députés qui accèdent à un premier mandat en Belgique sont issus du sérail politique. En d'autres termes, avant leur première élection, ils travaillaient au sein d'un cabinet ministériel, auprès d'un parlementaire, pour le compte d'un parti ou encore dans le centre d'études d'un parti. Bien évidemment, d'autres catégories socio-professionnelles sont aussi représentées au Parlement (et au gouvernement, puisque les ministres sont généralement désignés parmi les parlementaires), au premier rang desquelles les cadres du secteur privé. Cela signifie qu'il est difficile d'assurer une cohérence parfaite entre le milieu professionnel duquel sont issus les hommes et femmes politiques et les dossiers qu'ils sont amenés à gérer en priorité, au sein d'une commission parlementaire ou à travers la gestion d'un portefeuille ministériel. Néanmoins, n'oublions pas que chaque ministre est entouré d'un cabinet qui l'épaule dans la gestion de ses dossiers et que leur travail repose aussi sur la consultation de nombreux acteurs non politiques.Ensuite, vient la question du jeu de chaises musicales qui peut s'opérer au sein des gouvernements successifs. S'il ne s'agit pas d'une réalité strictement belge, cela tient entre autres au mode de négociation qui prévaut en Belgique entre les partis politiques s'étant accordés sur un accord de majorité. Concrètement, il appartient au président du parti le plus important de choisir un premier portefeuille, puis au suivant d'en choisir un autre, et ainsi de suite. Plusieurs tours de table peuvent avoir lieu afin que chaque portefeuille soit distribué parmi les partis présents. Selon le nombre de partis qui forment cette majorité, selon leurs poids électoral, selon leur idéologie et selon les stratégies politiques qu'ils peuvent développer (par exemple, un parti peut se positionner sur le portefeuille historique d'un autre pour se profiler en acteur du changement), un même portefeuille ministériel peut ainsi être détenu par des ministres différents d'une législature à l'autre.Au-delà de la question de la correspondance entre le portefeuille qu'un ministre détient et celui qu'il a détenu par le passé, demeure la question du reflet de la société que renvoie l'image d'un gouvernement. Et il est un fait que les gouvernements reflètent peu la société en termes d'âge, de genre, de capital scolaire ou de statut socio-professionnel. Cela n'est pas sans accroître encore la crise de la démocratie représentative déjà bien présente en Belgique et en Europe. Particulièrement dans le contexte actuel, où des décisions parfois difficiles doivent être prises pour endiguer la pandémie de Covid-19, il est à parier que cela renforcera encore l'abstentionnisme et le vote pour les extrêmes lors du prochain scrutin.