On estime qu'il y a en moyenne 14.000 disparitions par an en Belgique. Parmi elles, 10% sont jugées inquiétantes. A la cellule disparition de la police fédérale, on en compte en moyenne 5 par jour. Dans 95 % des cas, les personnes sont retrouvées. Pour 15%, d'entre elles la fin est d'ailleurs funeste puisque c'est leur cadavre qui a été retrouvé.
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On estime qu'il y a en moyenne 14.000 disparitions par an en Belgique. Parmi elles, 10% sont jugées inquiétantes. A la cellule disparition de la police fédérale, on en compte en moyenne 5 par jour. Dans 95 % des cas, les personnes sont retrouvées. Pour 15%, d'entre elles la fin est d'ailleurs funeste puisque c'est leur cadavre qui a été retrouvé. Il reste donc 5% de disparition inexpliquée. En 2017, par exemple, parmi les 1.172 dossiers ouverts suite à une disparition, 45 personnes sont restées introuvables. On ne sait tout simplement pas ce qui leur est arrivé. Elles peuvent avoir été enlevées ou être enterrées au fond d'un jardin, mais elles peuvent tout aussi bien avoir disparu de façon volontaire. Un vrai casse-tête pour la police qui engage parfois des moyens conséquents pour rien. Et si les autorités finissent par retrouver ces personnes, mais qu'elles ne souhaitent pas indiquer leur position à leur famille, elles n'ont d'autres choix que de garder le silence et de les laisser repartir. Légalement chaque personne majeure a en effet le droit de disparaître. Rien ne les oblige à revenir ou à donner signe de vie. Et s'il est de plus en plus difficile de ne plus laisser d'indices dans une société et un monde qui nous suivent à la trace, il est tout de même encore possible de s'évaporer. Retour sur les disparus volontaires, un phénomène aussi étrange que méconnu. Partir sans se retournerBeaucoup d'entre nous ont, un jour, eu la tentation de tout quitter. C'est un fantasme très fréquent et qui n'est pas forcément négatif puisque "le simple fait de s'imaginer en train de fuir peut nous aider à surmonter des épreuves et préserver d'un passage à l'acte agressif, soit à notre encontre, soit envers nos proches" dit Ladislas Kiss, psychiatre cognitocomportementaliste interviewé par le magazine Psychologie. A la différence des autres, les disparus volontaires ont suivi cette pulsion irrépressible en coupant les ponts de façon brutale. Ils partent sans rien. Ils laissent papiers d'identité, cartes de crédit et affaires personnelles. Plongeant les proches dans les affres du doute et la crainte d'un dénouement tragique. Leur acte peut sembler cruel et égoïste, alors qu'il n'en est souvent rien. Selon le psychiatre Samuel Lepastier, toujours dans Psychologie, "ces individus témoignent souvent d'une difficulté à établir la bonne distance avec les autres. Quand cela leur pèse trop, ils ne trouvent pas d'autre solution que de couper les ponts. Ce que leur entourage interprète souvent comme une preuve d'indifférence et de désamour. À tort." Ces personnes sont épuisées d'être elles-mêmes, sous le joug de tensions internes qu'elles sont incapables de gérer, et s'évader semble la seule option. C'est aussi, pour certain, "ça, ou en finir". Ce sont également des personnes qui "ont été inféodées au désir sociétal ou familial pendant des années... Elles ont fait tellement de compromis qu'elles ont l'impression de s'être perdues. D'où leur besoin vital de récupérer un peu d'estime d'elles-mêmes en choisissant de s'en sortir seules." précise encore Jean-Pierre Winter, psychanalyste, toujours dans Psychologie. Si certains parviennent à refouler leur passé, d'autres n'y arrivent pas et choisissent, à un moment donné de revenir où donnent un signe de vie. S'ils tardent parfois à le faire, c'est pour avoir une preuve qu'on les aime, puisqu'on les a cherchés. Une telle disparition est une manifestation extrême d'un besoin d'amour. Lorsqu'ils reviennent, beaucoup de revenants sont laconiques et n'évoquent que peu ce qui s'est passé durant ces longs mois. Ils sont souvent aussi incapables d'expliquer leur acte et ressentent de la culpabilité par rapport ce qu'il estime être une chose impardonnable.Le jeune réfugié angolais avait 14 ans lorsqu'il disparait le 12 novembre 1999 à Saint-Gilles. Il était l'un des premiers avis de recherche traités par Child Focus, le Centre pour enfants disparus créé en 1998. Ving ans plus tard, on a retrouvé sa trace, mais il ne souhaite pas revenir. Sa fuite aurait été motivée par des problèmes familiaux, lui qui n'était resté que neuf jours à Bruxelles après avoir quitté l'Angola. A l'époque, sa disparition est qualifiée d'inquiétante en raison de son jeune âge et de sa mère qui exclut toute possibilité de fugue. Il a quitté l'appartement sans argent, sans papiers et ne parle que le lingala et quelques mots de portugais. Plusieurs campagnes d'affichages vont être lancées, mais sans résultats. Ce n'est qu'en novembre dernier, qu'un proche de Simon Lembi prend contact avec la Cellule disparitions de la police fédérale en affirmant avoir reconnu Simon dans un "autre pays européen". Aujourd'hui formellement identifié, celui qui entre-temps est devenu un homme de 34 ans a pu changer de nom et ne souhaite pas, au nom du respect de sa vie privée, que soit révélé l'endroit où il a fait sa vie ni entrer en contact avec sa famille. Pour le parquet de Bruxelles, "le dossier est clos". Pour Child Focus, la résolution de cette affaire vieille de 20 ans est néanmoins porteuse d'espoir. Elle montre qu'une disparition, même inquiétante, peut aussi être une fugue. Chaque année, 1.100 fugues sont enregistrées et la plupart sont résolues dans la semaine.