Les contribuables pourraient bien devoir mettre la main au portefeuille pour financer le démantèlement des centrales nucléaires belges en vue de la sortie du nucléaire prévue pour 2025, prévient la Commission des provisions nucléaires. Une lacune dans la législation permettrait à l'opérateur Engie Electrabel d'éviter de payer certains coûts. Et la facture finale risque d'être élevée pour le contribuable.

La Commission des provisions nucléaires a comme mission de superviser la fermeture prochaine des sept centrales nucléaires de Doel et Tihange. Selon la Loi sur l'abandon des installations nucléaires, les centrales doivent fermer définitivement leurs portes d'ici 2025. En principe, il appartient à leur exploitant, Engie Electrabel, de supporter le coût de leur démantèlement.

Mais en l'absence d'une nouvelle législation, il existe "un risque considérable que la population belge doive supporter tout ou une partie des coûts énormes du démantèlement et/ou de la gestion des combustibles nucléaires irradiés à l'avenir", prévient la Commission des provisions nucléaires dans son rapport annuel 2018, rapporte le quotidien flamand. Selon l'autorité publique, la législation actuelle n'est pas concluante. Une série d'améliorations techniques doivent être rapidement mises en oeuvre par les autorités politiques.

Fermer une centrale nucléaire n'est pas simple. La déconnexion d'une centrale électrique au réseau n'est que la première étape d'une longue série, explique De Morgen. Une fois la centrale arrêtée, le combustible hautement radioactif doit alors être retiré du réacteur. Il disparaît ensuite pendant quelques décennies dans un bain de refroidissement, puis dans un conteneur sur le site même de la centrale nucléaire. Plus tard, le combustible est transféré dans une décharge nucléaire spéciale pour y être stocké indéfiniment.

37 milliards

Il y a d'une part les déchets nucléaires mais d'autre part également tous les déchets des infrastructures. Une centrale nucléaire se doit d'être démontée avec le plus grand soin, pièce par pièce. Selon les spécialistes du secteur, il faudrait pas moins de 15 ans pour démolir une centrale dans les règles de l'art. Un coût de 15 milliards d'euros a été estimé pour le démantèlement des sept centrales nucléaires sur le sol belge. Ce montant ne tient cependant pas compte de la construction d'un site de décharge nucléaire (souterrain). Le fonds Synatom qu'Engie Electrabel a créé en prévision de la sortie nucléaire s'élève actuellement à seulement 11 milliards d'euros.

La facture pourrait dépasser de loin ce montant. Une étude suisse de 2017 avance un coût de 6,2 millions d'euros par mégawatt d'électricité. Comme la plupart des réacteurs nucléaires belges sont du même type que les réacteurs suisses, ont à peu près le même âge et que les deux pays envisagent la mise en décharge souterraine, il est possible d'avoir une idée des coûts. Pour les 6.000 mégawatts belges, cela représenterait 37 milliards d'euros, détaille De Morgen.

"La facture de la gestion des déchets nucléaires et le démantèlement des centrales nucléaires ne doit pas retombés sur les citoyens. Elle est déjà beaucoup trop élevée ", déclare Tinne Van der Straeten (Groen). Au nord du pays, les Verts ont préparé un projet de loi qui exige, entre autres, qu'Engie Electrabel devra payer s'il manque de l'argent.

La ministre de l'Energie Marie Christine Marghem (MR) a déposé un projet de loi juste avant les élections qui devrait octroyer à Engie Electrabel moins de marge de manoeuvre juridique.