Pour une fois, nous souhaiterions parler au nom des personnes en situation de précarité. Celles qui n'osent ou simplement ne savent pas témoigner en public. Il était temps, après toutes ces statistiques abstraites qui se sont faites pour leur compte. C'est également l'occasion de penser aux centaines de bénévoles dans le secteur de la distribution alimentaire qui se dévouent pour offrir une vie meilleure à chacun. Appelons cela de l'impact social positif, si vous voulez.

Jobs, jobs, jobs !

À ce jour, le mantra jobs jobs jobs comme remède à la pauvreté est complètement occulté. Nos nouveaux élus se livrent à des déclarations qui restent pour le moment lettre morte. Entretemps, les affaires des banques alimentaires et les organisations sociales sont florissantes.

Par manque de vision, les pouvoirs publics ont toujours été ambigus en matière d'aide alimentaire. De plus, la charité et le bénévolat deviennent une source structurelle de financement pour l'état. La lutte contre la pauvreté, censée être une mission première, risque de devenir ainsi arbitraire et imprévisible. Mais nous y reviendrons.

Faim, faim, faim !

La réalité de la vie quotidienne nous raconte une autre histoire que celles des statistiques sur l'emploi, des logements sociaux ou des factures scolaires. Pire, les gens ont faim.

Mais qu'en est-il de ces banques alimentaires et ses distributeurs ? La Fédération belge des Banques Alimentaires est en fait une plateforme logistique entre, d'un côté, la grande distribution et le programme européen d'aide alimentaire et de l'autre côté, les organisations sociales. Ces organisations, souvent des bénévoles, sont donc les plus gros distributeurs des banques alimentaires. Ce sont elles qui sont les plus proches des personnes en situation de précarité. Elles ne pensent pas en chiffres, mais en visages et en noms.

Afin de pouvoir continuer à nourrir ces personnes, ces organisations de bénévoles aident à payer la facture des banques alimentaires pour leurs frais de fonctionnement. C'est le monde à l'envers : payer pour pouvoir s'occuper des autres. La plupart du temps encore avec des excédents alimentaires qui autrement seraient détruits. Une approche purement comptable de la grande distribution.

Un anachronisme digne des temps de guerre

Les responsables politiques ont toujours mépris la distribution de colis alimentaires comme remède à la pauvreté : un traitement de symptômes. À juste titre, mais si on ne combat pas ces causes, les gens auront toujours faim. Sinon, pourquoi une organisation aussi discrète que Vincent de Paul Belgium resterait-elle, année après année, le plus gros client des banques alimentaires et du programme européen d'aide alimentaire ?

Un colis alimentaire est certes un anachronisme digne des temps de guerre, mais il reste une porte ouverte vers une réalité familiale et une histoire qui se cache derrière.

Afin de ne pas avoir à travailler sur les causes, l'état tolère désormais le contrôle des symptômes en soutenant l'aide alimentaire par le biais du programme européen. Ce système fonctionne avec des appels d'offres pour les producteurs d'alimentation de longue conservation et est subventionné par les états membres. De plus, il arrive qu'en raison de problèmes administratifs, les quantités de vivres et les délais de livraison soient étalés sur l'année suivante. Les centres bénévoles locaux sont donc contraints d'utiliser dans l'intervalle leur propre argent pour pouvoir acheter de la nourriture au prix du marché. C'est le cas lorsque l'approvisionnement en produits frais des banques alimentaires est insuffisant ou peu varié. Ainsi, il n'y a plus de temps ni de budget pour améliorer le travail de soutien sur le fond. Exactement ce que la politique souhaite.

L'avenir n'est pas très engageant : l'enveloppe et le contenu du programme européen sont en cours de renégociation pour les années à venir. Les forces progressistes plaident également pour une approche différente. Nul ne sait quelle sera l'attitude de la Belgique et si elle se contentera d'une contribution minimale au fonds qui sera peut-être moins basée sur l'alimentaire.

L'aide alimentaire mérite une approche intégrée et une place de choix en tant que pilier de la politique de lutte contre la pauvreté. Malheureusement, elle s'est transformée en un vivier de quotas et d'excédents provenant de l'Europe, de la Belgique, de la grande distribution, de l'agriculture et de l'industrie alimentaire.

La privatisation de la politique de la lutte contre la pauvreté

Les bénévoles qui luttent véritablement contre la pauvreté sont en fait les experts du terrain, pas des salles de réunion. Les bénévoles constituent également le capital social d'une organisation. La pression sur ces personnes est cependant forte en raison de l'afflux de personnes en difficulté, de la complexité de la réglementation et du besoin de sang neuf.

Les moyens financiers de ces organisations sont soumis à une pression croissante. Elles doivent donc de plus en plus faire appel aux astuces de marketing classique : un effet pervers dans lequel les gros budgets sont alloués aux campagnes publicitaires et non aux groupes cibles. Comment le justifier auprès de ses donateurs ?

D'un point de vue structurel, les bénévoles et les donateurs assument donc essentiellement des tâches qui incombent à l'état. Pire encore, ils ajustent structurellement leur budget là où les autorités ne répondent plus à l'appel. Une privatisation en marge de la société. Raison pour laquelle la lutte contre la pauvreté deviendra imprévisible et incertaine à long terme.

Une écologie sociale ?

La transition écologique sera radicale ou n'aura pas lieu. Les personnes en situation précaire sont supposées avoir une empreinte écologique réduite. Les revendications sociales dans le débat sur le climat se limitent à des thèmes comme la facture énergétique et les logements sociaux. Cependant, la voie vers une alimentation durable et la prévention en matière de santé pour ce groupe cible est totalement ouverte. Food for thought !

Frederick De Grys, directeur Général Vincent de Paul Belgium