Léopold Lippens, qui s'est éteint ce vendredi à 79 ans d'une leucémie, ne laissait personne indifférent. Son franc-parler, sa capacité à assumer des prises de position choquantes aux yeux de bien des congénères et les polémiques dont il raffolait, voilà qui le situait à part dans le paysage politique belge. Sympathique, l'homme l'était, incontestablement, accueillant le visiteur de manière affable, dans les deux langues, au coeur de cette cité balnéaire dont il défendait la spécificité. Becs et ongles. Jusqu'au bout.
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Léopold Lippens, qui s'est éteint ce vendredi à 79 ans d'une leucémie, ne laissait personne indifférent. Son franc-parler, sa capacité à assumer des prises de position choquantes aux yeux de bien des congénères et les polémiques dont il raffolait, voilà qui le situait à part dans le paysage politique belge. Sympathique, l'homme l'était, incontestablement, accueillant le visiteur de manière affable, dans les deux langues, au coeur de cette cité balnéaire dont il défendait la spécificité. Becs et ongles. Jusqu'au bout.Jusqu'à son dernier souffle, il aura préservé son audace. Au plus fort de la crise du coronavirus, Léopold Lippens ne menaçait-il pas de mettre Knokke sous cloche et d'imposer à la SNCB de ne plus desservir sa ville? "Ils ont exporté le coronavirus de Bruxelles vers la côte", accusait-il. Non sans ces accents populistes, dont il avait le secret. A la tête de sa commune pendant plus de quarante ans, ce seigneur a inventé un style politique sans concessions. Cet été, le journal français Les Echos n'hésitait pas à le qualifier de "petit dictateur". Mais chez lui, c'était toujours avec le sourire.Combien de polémiques n'a-t-il pas lancé tout au long de sa carrière... Au début des années 90, par exemple, il voulait garder les soi-disant "touristes frigobox" hors de Knokke, ce qui a conduit à une polémique. En 2016, il avait lancé un appel pour détenir les migrants clandestins dans des camps comme Guantanamo, mais sans les torturer. Le leitmotiv était toujours le même : préserver la quiétude et le caractère bourgeois de sa commune, lovée le long du Zwin.L'homme se définissait comme un "chrétien libéral" et gérait la commune à la tête d'un cartel alliant CD&V et Open VLD. Dans un entretien à nos confrères de Knack, il y a trois ans, il n'hésitait toutefois pas à saluer le travail de la N-VA au niveau national : Bart De Wever, Jan Jambon et Thoe Francken, disait-il, étaient de sacrés "doeners". Autrement dit, ils passaient à l'acte.Ce n'est pas un hasard si l'homme dominait de la tête et des épaules sa localité : il avait encore obtenu la majorité absolue lors des dernières élections communales. Son style paternaliste correspondait bien au lieu et Léopold Lippens incarnait sans aucun doute une "Belgique de papa" truculente et marquée par une noblesse... aux relents fransquillons.L'homme faisait aussi partie de cette classe de dirigeants qui ont porté la Belgique d'antan : il n'était pas par hasard le frère de Maurice Lippens, adulé pour son action à la Générale avant d'être conspué lors de la chute de cette société emblématique. Affairiste, Léopold Lippens l'était aussi à la tête de la Compagnie du Zoute, dont le but était "d'une part d'éviter une dispersion des propriétés de la famille, et d'autre part d'éviter également un éparpillement de l'aménagement du territoire à Knokke Le Zoute". Mais vous deviez à tout prix éviter de lui parler de conflit d'intérêt...Les responsables politiques sont nombreux à saluer sa mémoire. Georges-Louis Bouchez, président du MR, salue "un franc-parler inégalé, un homme à la vie romanesque. Une certaine incarnation de la Belgique également".Egbert Lachaert, son homologue de l'Open VLD, souligne combien cette "figure connue de la côte" manquera. Il était "visionnaire et totalement dévoué à sa commune", souligne Joachim Coens, président du CD&V. "C'était un bourgmestre reconnu internationalement, conclut Carl Decaluwé (CD&V), gouverneur de la province de Flandre occidentale. Il y a un an et demi, il était sur un terrain de golf avec Donald Trump".