1. Agissez au niveau des dépenses
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1. Agissez au niveau des dépensesLes finances publiques se sont détériorées l'année dernière. Nous le savions déjà, mais on ne répétera jamais assez comment cela s'est produit : "le déficit structurel s'est de nouveau détérioré pour atteindre 2,4 % en 2019, principalement en raison des réductions d'impôts dans le cadre du tax shift et d'une augmentation des dépenses sociales due au vieillissement de la population".Une fois de plus, il apparaît clairement que les mauvaises finances publiques ne sont pas tant le résultat de la chute du gouvernement Michel, que de sa politique et de l'absence de politique des gouvernements ces 20 dernières années. Le gouvernement Michel est en effet responsable du tax shift, qui était censé être neutre sur le plan budgétaire, mais qui s'est avéré insuffisamment financé et a fait un trou dans le budget. Et les gouvernements au pouvoir au cours des dernières décennies ne nous ont pas suffisamment préparés à faire face aux coûts croissants du vieillissement, alors qu'il était clair depuis longtemps qu'ils allaient se produire.Voici les chiffres les plus importants : l'année 2019 s'est terminée par un déficit budgétaire de 1,7 % du PIB (produit intérieur brut). Cela représente 1 point de pourcentage, soit environ 5 milliards d'euros de plus qu'un an auparavant. Le déficit structurel (qui ne tient pas compte des évolutions économiques et des opérations ponctuelles) augmente depuis 2016 et atteint 2,4 % du PIB en 2019. Cela représente une augmentation de 0,5 point de pourcentage par rapport à l'année dernière. La dette publique est passée de 100 % du PIB à 99,1 %, "mais elle reste élevée par rapport à la plupart des autres pays de la zone euro".La Banque nationale rappelle également que "le coût du vieillissement augmentera encore de 0,2 point de pourcentage du PIB par an au cours de la prochaine décennie". En d'autres termes, si rien n'est fait, le gouvernement dépensera de toute façon plus et le déficit et la dette augmenteront encore.En outre, la Banque nationale de Belgique souligne que l'année dernière, grâce au faible taux d'intérêt, nous avons dû payer 0,2 point de pourcentage d'intérêt de moins. Cette aubaine financière n'a pas servi à mettre de l'ordre dans le budget, mais a été dépensée. Et la Banque nationale de mettre en garde : " la situation actuelle de taux d'intérêt très bas, voire négatifs, ne peut pas être considérée comme normale à moyen et à long termes. Il serait imprudent de fonder la politique budgétaire et la gestion de la dette sur l'hypothèse que ces conditions de financement favorables se poursuivront. Il est, au contraire, plutôt opportun d'utiliser les marges budgétaires dégagées grâce à la faiblesse des taux d'intérêt pour contribuer à l'assainissement des finances publiques et atteindre un solde primaire suffisamment élevé pour réduire le déficit budgétaire et la dette publique."En d'autres termes, le taux d'intérêt bas ne durera pas, un jour, il repartira à la hausse, et la Belgique courra alors le risque de payer à nouveau plus d'intérêts. Et tant que nous pouvons encore profiter des faibles taux d'intérêt, nous devrions en faire un meilleur usage pour mettre de l'ordre dans nos finances publiques.Lors de la présentation du rapport annuel, le gouverneur Pierre Wunsch a déclaré qu'il devrait être "prioritaire de réduire le déficit à 1 % dès que possible". Comme nous avons convenu avec l'Europe de réduire le déficit de 0,6 point de pourcentage par an, nous pouvons y parvenir en deux ans. À condition que le futur gouvernement prenne les bonnes mesures.Le rapport annuel indique également comment cela peut être fait : "la marge de manoeuvre est faible du côté des recettes", de sorte qu'une augmentation des impôts n'est pas la meilleure solution. Au contraire, "il convient parallèlement d'améliorer l'efficacité de l'action publique au regard des dépenses". Curieux de voir ce qu'il y aura dans un accord de coalition.2. Réformez l'impôt des personnes Cette année, le rapport annuel s'attarde moins que l'an dernier à la réforme de l'impôt sur le revenu des personnes physiques, même si on trouve des allusions subtiles, telle que : "même si les prélèvements obligatoires sur le travail ont baissé, ils restent élevés et constituent un facteur qui continue à peser sur le taux d'emploi, a fortiori pour les groupes les plus vulnérables sur le marché du travail." En d'autres termes : les employés sont trop peu payés en net, ce qui signifie que tous ceux qui en sont capables ne travaillent pas.L'année dernière, la Banque nationale plaidait déjà en faveur d'"un glissement accru de la pression fiscale vers d'autres formes de taxation, moins dommageables pour la croissance". Il s'agissait notamment d'augmenter les taxes sur la consommation, en particulier celles qui nuisent à l'environnement, et sur le capital.En ce qui concerne les taxes à la consommation, la Banque nationale de Belgique a constaté que nous avons de nombreuses réductions de taux et exemptions de TVA en Belgique. Il faut les examiner de près. D'autre part, nos taxes environnementales semblent être parmi les plus faibles de la zone euro, ce qui est à nouveau souligné. On peut/doit faire quelque chose à ce sujet.L'année dernière, la Banque nationale a également déclaré que "pour financer une nouvelle réduction des charges sur le travail, une imposition équitable du capital est nécessaire". Il fallait également examiner si les différentes déductions de l'impôt sur le revenu des personnes physiques étaient toujours efficaces. Et une réduction substantielle de la charge sur le travail n'est "possible que si des marges sont créées par une réduction des dépenses publiques", selon la Banque nationale de l'époque.Cela aurait-il pu être sur la table des négociations gouvernementales ? Le rapport élaboré par le Conseil supérieur des finances contenant toutes sortes de propositions et de scénarios de réforme fiscale y aurait-il déjà été discuté ? Curieux de savoir ce que nous pouvons trouver dans l'accord de coalition, si celui-ci voit le jour.3. Augmentez la productivitéL'année dernière, le gouverneur Wunsch était déjà très inquiet, et son inquiétude n'a pas diminué, au contraire, la croissance de notre productivité est encore extrêmement lente. Pendant longtemps, l'économie belge a été l'une des plus productives au monde. Nous sommes en train de perdre cet atout.L'année dernière, Wunsch déclarait qu'une "productivité élevée est importante pour notre croissance économique, pour l'augmentation des salaires, pour la réduction de la dette publique, pour le paiement des retraites, etc. L'augmentation de la productivité est le principal moteur qui peut générer des revenus de manière durable". On dit maintenant que la croissance de notre productivité "ralentit plus que dans d'autres économies avancées". Bref, les choses ne vont pas dans le bon sens.Tout le monde sait qu'il n'est pas facile d'augmenter rapidement la productivité. Il faut certainement miser sur l'innovation ainsi que sur la recherche et développement. Nous sommes à la traîne par rapport à des pays comme la Finlande, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni. Nous continuons à manquer de diplômés techniques et scientifiques. L'année dernière, la Banque nationale a appelé à encourager davantage les étudiants à étudier les sciences, les mathématiques, les statistiques, les TIC, l'ingénierie, l'industrie et la construction. Il s'agit d'études axées vers l'avenir, qui peuvent contribuer à une plus grande productivité.L'amélioration de l'infrastructure contribuera également à une amélioration de notre productivité, lit-on dans le rapport annuel. Wunsch a ajouté cette remarque : "Tout le monde dit toujours que nos investissements publics devraient être une priorité, mais en Belgique, ils n'ont jamais été une priorité".Très subtilement, le rapport annuel indique que "la Belgique fait partie des pays de la zone euro qui ont les dépenses primaires les plus élevées, alors que l'investissement public a longtemps été parmi les plus faibles". Cela signifie que notre gouvernement dépense beaucoup d'argent pour toutes sortes de choses, mais qu'il investit beaucoup trop peu en choses qui nous seront bénéfiques pour les années à venir, telles que l'amélioration de notre réseau routier ou de la mobilité en général.La Banque nationale indique également, dans un langage très nuancé, comment procéder : "eu égard à l'ampleur des dépenses primaires en Belgique, qui va de pair avec une pression fiscale élevée, un nouvel accroissement de celles-ci par rapport au PIB n'est pas recommandé. La relance souhaitée des investissements publics et des autres dépenses ayant une incidence favorable sur le potentiel de croissance à long terme ne pourra dès lors se concrétiser que moyennant un amoindrissement des dépenses moins productives."Nous traduisons : les taxes sont déjà très élevées et n'ont pas besoin d'être augmentées. Nous devons passer au peigne fin les dépenses publiques actuelles, voir si tout cela a un sens, et avec l'argent ainsi économisé, nous devons faire des investissements publics qui profitent à notre économie. Une fois de plus, on se demande si un prochain gouvernement finira par s'en occuper.4. Il faut réduire l'écartLe gouverneur Wunsch souligne également que le fossé entre les différentes régions continue de se creuser. La croissance économique en Flandre a augmenté de 1,7 % en 2018, contre 1,3 % en Wallonie.Wunsch espère que les différentes régions "convergeront", c'est-à-dire qu'elles se rapprocheront les unes des autres. Cela ne peut que signifier que la Wallonie devra suivre le rythme de la Flandre, car on ne peut guère s'attendre à ce que la Flandre soit délibérément moins performante. De plus, par rapport à d'autres régions européennes, la Flandre ne s'en sort pas brillamment. Cependant, si on regarde le programme du gouvernement wallon arc-en-ciel, il est très douteux que la Wallonie parvienne à combler l'écart.Il y a là un message caché pour ceux qui tentent de former un gouvernement fédéral. Après tout, il ne peut être question de former un gouvernement avec un accord de coalition qui soit diamétralement opposé au programme du gouvernement flamand et qui compromettrait ainsi la poursuite de la croissance en Flandre et donc de la Belgique.Conclusion Quel que soit le gouvernement fédéral formé, il sera confronté à d'énormes défis. Le déficit budgétaire s'est accru, il devra être assaini et il faudra faire des choix difficiles.L'impôt sur le revenu des personnes physiques doit être réformé, le Conseil supérieur des finances a élaboré un menu dans lequel on peut choisir, mais là non plus ce n'est pas facile.Notre productivité doit à nouveau croître plus fortement, et il n'y a pas de solution miracle ; il faudra prendre un nombre élevé de mesures. Enfin, malgré le mauvais état de nos finances publiques, les investissements publics devront augmenter et des investissements devront être réalisés, par exemple, dans nos infrastructures.Le nouveau gouvernement devra tenir compte du fait que le coût du vieillissement continuera à augmenter de 0,2 point de pourcentage du PIB au cours de la prochaine décennie. Et nous ne devons pas compter sur un fort ralentissement de la croissance, qui sait à quel point les guerres commerciales menées par les États-Unis seront douloureuses.En bref, comme le montre l'impitoyable rapport annuel de la Banque nationale le nouveau gouvernement fédéral a une tâche extrêmement difficile devant lui. Il est peut-être compréhensible qu'aucun parti ne semble vouloir gouverner.