Elu Vert ardent au conseil communal et domicilié à Saint-Léonard, un quartier populaire du centre de Liège, Quentin le Bussy aime sa ville. Comme tout Liégeois, il l'aime même parfois trop et n'hésite pas à la défendre contre vents et marées, quitte à faire preuve d'un peu de mauvaise foi. Sauf que depuis quelques semaines, sa coupe est pleine. " Liège n'a jamais eu la réputation d'être propre, mais là, on a affaire à un véritable feu de forêt dont on a perdu le contrôle ", tempête-t-il. La cause ? Des dépôts d'ordures clandestins à répétition. Une situation contre laquelle il s'insurge, photos à l'appui, et qu'il n'hésite plus à partager sur les réseaux sociaux. Et cette réalité malodorante, Quentin le Bussy l'impute en grande partie à une modification de la législation.
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Elu Vert ardent au conseil communal et domicilié à Saint-Léonard, un quartier populaire du centre de Liège, Quentin le Bussy aime sa ville. Comme tout Liégeois, il l'aime même parfois trop et n'hésite pas à la défendre contre vents et marées, quitte à faire preuve d'un peu de mauvaise foi. Sauf que depuis quelques semaines, sa coupe est pleine. " Liège n'a jamais eu la réputation d'être propre, mais là, on a affaire à un véritable feu de forêt dont on a perdu le contrôle ", tempête-t-il. La cause ? Des dépôts d'ordures clandestins à répétition. Une situation contre laquelle il s'insurge, photos à l'appui, et qu'il n'hésite plus à partager sur les réseaux sociaux. Et cette réalité malodorante, Quentin le Bussy l'impute en grande partie à une modification de la législation. Pour le conseiller communal, le problème trouve ses racines dans une décision de la précédente majorité, qui a choisi de passer d'un ramassage mensuel des déchets encombrants à une collecte trimestrielle. Une décision qu'il déplore. " Ça n'a peut-être l'air de rien, mais c'est crucial. Liège est une ville de 200 000 habitants, mais elle connaît un turnover annuel de 10 000 personnes, ce qui implique de nombreux déménagements. Le constat est encore plus important si l'on ajoute les étudiants et si on tient compte de la proportion particulièrement élevée de locataires dans le centre. " Et Quentin le Bussy d'expliquer qu'à chaque nouveau déménagement, les encombrants s'accumulent sur les trottoirs et le long des chaussées. Autant de dépôts qui alimentent un sentiment d'impunité et banalisent les incivilités, la crasse appelant la crasse. Car pour accéder aux parcs à conteneurs situés en périphérie, il faut non seulement être motorisé, mais également domicilié. Et si l'élu Vert ardent convient volontiers que la meilleure manière de réduire les déchets est de ne pas en produire, il insiste également sur la chronologie : " Il faut faire les choses dans l'ordre. Avant de penser à courir, il faut déjà savoir marcher. Pour entamer un cycle positif, un rappel à la norme systématique est indispensable. " Une solution qui, pour l'intéressé, passe davantage par un travail d'éducation : " Il faut distribuer des toutes-boîtes dans plusieurs langues. Et d'abord sensibiliser et informer les Liégeois, via les maisons de quartier et les écoles, avant de penser à verbaliser. " Pour Gilles Foret, échevin MR en charge la propreté, ce ne sont pourtant pas les institutions qui sont à blâmer : " Le passage à une collecte trimestrielle des encombrants correspond à une exigence européenne et wallonne d'aller vers moins de ramassage des encombrants, car ceux-ci sont incinérés sans être triés, ce qui a un coût environnemental élevé. Je comprends que le ramassage mensuel soit plus confortable, mais sur le plan environnemental, on doit plutôt aller vers une collecte sélective et le porte- à-porte en vue de favoriser l'économie circulaire et le réemploi. " Pour Gilles Foret, ce sont les mentalités qui doivent évoluer. Un changement qui passe par une lutte accrue contre les incivilités : " Il faut respecter le travail des services de propreté. Le citoyen liégeois qui ne respecte pas l'espace public doit comprendre que derrière, c'est la collectivité qui en paie le prix. Respecter la ville, c'est respecter ses voisins, ses concitoyens et les hommes et les femmes qui travaillent chaque jour pour le bien de tous. " Un respect qui passe par un travail de sensibilisation, mais aussi des actions de répression : " Les comportements incivils ne doivent pas rester sans conséquence. " D'après les chiffres communiqués par le service propreté de la Ville, la tendance serait pourtant à l'amélioration. Si les dépôts clandestins totalisaient 8 265 tonnes en 2002, ils ne représentaient " plus que " 1 774 tonnes en 2018, soit une réduction de 78,5 %. A en juger par l'attitude de certains comme par l'odeur qui se dégage de plusieurs ruelles du coeur historique, il semble toutefois que le Liégeois ait la tête dure. Entre ivresse publique, dépôts clandestins et mictions intempestives, 80 % des arrestations à Liège concernent des incivilités au sens large. Pour Christian Beaupère, chef de corps de la police de Liège, " c'est énorme pour une ville. Cela représente plus de dix arrestations par jour. " Mais il préfère temporiser et rappeler d'où on vient : " Je pense que la ville était plus sale il y a quinze-vingt ans. " Pour lui, la police a un rôle crucial à jouer dans l'éducation du citoyen. Une mission quotidienne, qui passe par une connaissance et une expérience du terrain. Pour le chef de corps, c'est clair, le travail de proximité et la constitution d'équipes mixtes composées d'inspecteurs de quartier et d'inspecteurs de l'environnement sont des éléments essentiels du dispositif de sensibilisation, même si cela passe parfois aussi par la " peur du gendarme ". Une menace nécessaire à l'égard des cas les plus récalcitrants. Une action qui a également ses propres limites, de l'aveu de Christian Beaupère. " Le seul écrou n'est pas la solution ", admet-il, conscient du fait que l'action de la police s'inscrit dans un cadre légal auquel elle est tenue : " La prostitution n'est par exemple pas punissable en soi. C'est le proxénétisme qui est condamnable. " Idem en ce qui concerne la mendicité. Si celle-ci peut parfois se montrer intempestive, elle est encadrée par un règlement communal. C'est qu'en matière d'incivilités, il ne faut pas confondre délinquance et misère sociale. Par Kathleen Wuyard et Clément Jadot.