Alors que la pantomime politique entourant la formation des gouvernements agace de plus en plus, les partis politiques se bousculent pour la présidence. Ce n'est pas seulement le cas au PS et au MR, mais aussi en Flandre. C'est le cas du CD&V, qui a perdu six sièges au parlement et est retombé à 15% pour devenir le troisième parti en Flandre. Wouter Beke a déjà offert sa démission le soir de l'élection. Cela a été refusé à l'époque, mais il y aura de nouvelles élections présidentielles et il est presque certain que Beke ne sera pas candidat.

Le CD&V est en crise existentielle. Il craint de ne pas entrer au gouvernement flamand si on choisit une coalition bourguignonne avec la N-VA, les socialistes et les libéraux. À cela s'ajoute une guerre ouverte entre le parti et le pilier chrétien, et en particulier beweging.net (l'ancien ACW). Un groupe de douze jeunes membres inconnus du parti doit découvrir d'ici septembre ce que représente encore le CD&V. Car il y a une question plus importante que la présidence - que ce soit Hilde Crevits, Hendrik Bogaert ou un autre - la question est : le CD&V a-t-il encore un avenir ?

Les socialistes flamands ont à peine atteint 10% et sont au plus bas. Le président John Crombez a offert sa démission, qui a été refusée et il est même possible qu'il soit à nouveau candidat aux élections à l'automne. Dans la foulée des élections, le doyen Louis Tobback a qualifié la politique du parti sous Crombez de "fourbi". L'ancien ministre du sp.a. Frank Vandenbroucke et l'échevine anversoise Jinnih Beels estiment que les gens ne sont pas suffisamment écoutés. Le bourgmestre de Vilvorde, Hans Bonte, déclare sans ambages qu'"un nouveau président est absolument nécessaire". Mais plus encore que pour le CD&V, la question qui se pose pour le sp.a est : ce parti a-t-il encore une raison d'être?

L'Open VLD a obtenu un résultat très décevant de 13% et a perdu 2 sièges au parlement. Avant les élections, le bourgmestre d'Ostende, Bart Tommelein, annonçait qu'il "envisageait certainement" de se porter candidat à la présidence. Après les élections, le député flamand sortant Francesco Vanderjeugd s'est présenté comme candidat, coupant l'herbe sous le pied à Tommelein, mais aussi à Vincent Van Quickenborne. Chez les libéraux flamands, ce ne sont pas les petits coqs qui manquent. Avec les mots " Nous n'avions pas de discours", Vanderjeugd a fustigé la politique du parti de ces dernières années. "Ce positivisme n'était rien de plus que du marketing. Il n'y avait pas grand-chose derrière". Qu'est-ce que l'Open VLD a de plus à offrir ?

Le 26 mai, la N-VA a perdu près d'un quart de ses voix et huit sièges au parlement. Le président Bart De Wever a emballé cette claque en victoire, car "la voix flamande n'a jamais été aussi forte". S'il a prétendu ça, c'est parce que le N-VA et le Vlaams Belang réunis atteignent 43%. Il n'en reste pas moins que la N-VA a perdu près de 300.000 voix et que le Vlaams Belang en a gagné plus de 500.000. Au cours de l'été 2018, Philip Roose, membre de la N-VA depuis le tout début, a mis en garde contre cela dans une interview à Knack, parce que " la N-VA n'a pas tenu ses promesses et ce que beaucoup de ses électeurs attendent d'elle ". Cette semaine, Herman De Bode, ancien chef de cabinet de Jan Jambon et ancien membre du bureau du parti, déclare à Knack que "la N-VA n'a pas tenu sa promesse électorale de 'kracht van verandering' (pouvoir du changement)". Et pire encore : "La N-VA voulait couvrir cet échec. Depuis des années, on spécule sur la succession de Bart De Wever à la présidence du parti. Il y a quatre ans, on proposait Sander Loones, aujourd'hui le nom de Theo Francken, qui doit contrer la montée du Vlaams Belang, circule de plus en plus. Pour la N-VA aussi, la question est cruciale : comment voit-elle son avenir ? Comme parti populiste de droite ou comme parti conservateur de droite ?

Groen n'a remporté que 2 sièges à la Chambre, alors qu'on n'avait encore jamais accordé autant d'attention au climat. Le président Meyrem Almaci semble tenir le coup - peut-être en l'absence d'une alternative ? Quoi qu'il en soit, Groen est désemparé. Il se demande comment dépasser un jour les 10 %.

La confiance règne au sein du Vlaams Belang, où Tom Van Grieken préside le parti depuis 2014. Et aussi au PVDA, où Raoul Hedebouw se profile de plus en plus comme un leader au lieu de Peter Mertens, qui en est président depuis 2008. Leurs messages simples, populistes, respectivement d'extrême droite et d'extrême gauche suscitent de plus en plus d'adhésion. C'est au CD&V, au sp.a, à l'Open VLD et au N-VA de réfléchir en profondeur et d'inventer leur propre histoire qui leur donne une raison d'être. Un nouveau président peut en faire partie.