Mes petits-enfants sont encore très jeunes, et pourtant je me demande déjà: à quel âge est-il intelligent de leur donner un smartphone ? À douze ans ? (Josee Jansens, Kasterlee)
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Mes petits-enfants sont encore très jeunes, et pourtant je me demande déjà: à quel âge est-il intelligent de leur donner un smartphone ? À douze ans ? (Josee Jansens, Kasterlee)Lieven De Marez: Il n'y a pas d'âge spécifique : cela dépend d'une personne à l'autre. Mais douze ans me semble un âge approprié, oui. Priver un enfant beaucoup plus longtemps d'un smartphone n'est pas une bonne idée, car il risque le handicap numérique et social. Dans notre société, les smartphones sont omniprésents, qu'on le veuille ou non. Les parents peuvent-ils jouer un rôle d'exemple ? (Heleen Mens, Gand)Absolument. Une attitude sévère et punitive est souvent contre-productive. Il faut apprendre aux enfants à doser, en temps et en espace. Le smartphone ne peut devenir un prolongement de notre corps. Il est donc bon que les parents donnent le bon exemple : pas de smartphone à table ou dans la chambre à coucher, pas de sms quand on lit ou quand on est en voiture... Et important : ce rôle d'exemple commence à la naissance. Beaucoup d'enfants ont vu - et reçu - des smartphones depuis qu'ils sont bébés. Quand le smartphone a servi de baby-sitter au restaurant, il est difficile de soudain leur imposer de grosses limites à douze ans. Apprendre aux jeunes à gérer intelligemment leur smartphone: est-ce là l'énième nouvelle tâche de l'enseignement, parce que les parents ne savent plus à quel saint se vouer ? (Edwin Coremans, Herentals)Là je suis catégorique: non. Cela me dérange aussi que les écoles doivent endosser de plus en plus de responsabilités. Mais elles ne peuvent se dérober tout à fait à la réalité sociétale. Un usage approprié du smartphone relève de la responsabilité partagée des parents, des mouvements de jeunesse, des écoles, etc. Il faut se montrer conséquent. Les règles ne doivent pas être les mêmes partout, tant qu'on limite l'usage du smartphone. Une interdiction du smartphone est-elle bien utile? La prise de conscience n'est-elle pas une meilleure idée ? (Eva Verbeke, Gand) La prise de conscience, c'est mieux oui, mais pour l'instant, elle manque même s'il y a déjà de bonnes formations sur la façon d'appréhender les médias. Ces dernières exercent un impact clair sur les adolescents, et particulièrement quand il s'agit de contenu : que faire en cas de sexting ou de cyber-harcèlement par exemple ? Comment utiliser la technologie ? C'est encore un terrain inconnu. En plus, notre enquête révèle que les élèves sous-estiment systématiquement leur usage de smartphone. C'est pourquoi je plaide pour des règlements scolaires clairs, de préférence avec des périodes de "détox numérique", où le smartphone reste dans le casier. C'est aussi de la prise de conscience : comment à dix-huit ans ces élèves réussiront-ils à se concentrer sur leurs études ou leur travail s'ils n'ont jamais appris à mettre leur smartphone de côté ? Aujourd'hui nos enfants regardent la télévision en tapotant sur leur smartphone. Cela les empêche de se concentrer à 100% sur quelque chose, non ? (Annelies Schoukens, Burst)C'est effectivement vrai qu'on ne peut être multitâches. Ce que font vos enfants devant la télévision, c'est de la "monotâche" en série : continuellement switcher entre deux tâches. C'est important que les adolescents apprennent à se concentrer sur une chose, telle que les études. S'ils font du multitâche toujours et partout - donc constamment regarder leurs smartphones en mangeant ou en étudiant - c'est problématique. Ils pensent qu'ils gagnent du temps, mais en réalité ils perdent du temps et de l'attention. L'exemple que vous citez n'est peut-être pas le meilleur : je comprends que des parents puissent trouver agaçant que leurs enfants passent leur soirée sur leur smartphone, mais à ce moment-là, ils veulent simplement se détendre, et ils ne doivent donc pas être attentifs.