Alors que du côté francophone, des voix se sont levées pour dénoncer le manque d'avancée apporté par ce texte, les médias du nord du pays n'ont, semble-t-il, pas jugé nécessaire de relayer les critiques, qui pointent notamment le maintien des sanctions pénales, et le non-respect du droit des femmes à disposer librement de leur corps. Début septembre dernier, environ 1 500 personnes avaient manifesté à Bruxelles pour dénoncer cette situation. Parmi elles, une petite minorité de Flamands. Peut-on dès lors en déduire que le sujet n'intéresse plus ou ne mobilise plus les néerlandophones ? Rien n'est moins sûr.
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Alors que du côté francophone, des voix se sont levées pour dénoncer le manque d'avancée apporté par ce texte, les médias du nord du pays n'ont, semble-t-il, pas jugé nécessaire de relayer les critiques, qui pointent notamment le maintien des sanctions pénales, et le non-respect du droit des femmes à disposer librement de leur corps. Début septembre dernier, environ 1 500 personnes avaient manifesté à Bruxelles pour dénoncer cette situation. Parmi elles, une petite minorité de Flamands. Peut-on dès lors en déduire que le sujet n'intéresse plus ou ne mobilise plus les néerlandophones ? Rien n'est moins sûr. De prime abord, on pourrait croire que le facteur culturel joue un rôle, une fois de plus : les francophones sont traditionnellement inspirés par l'actualité en France, un pays où les discussions sur l'avortement demeurent vives. L'ancrage catholique de la Flandre pourrait aussi constituer une explication à l'inexistence apparente du débat au nord du pays. Il n'en est pourtant rien. Dans les années 1970 et 1980, alors que le mouvement proavortement battait son plein, la mobilisation avait été forte, des deux côtés de la frontière linguistique. Aujourd'hui, les Flamands ont toutefois changé de stratégie : " Au xxie siècle, descendre dans la rue est devenu inefficace. Nous préférons consacrer notre temps et notre énergie en discutant directement avec les décideurs politiques ", pose Carine Vrancken, directrice de Luna, la fédération des centres flamands pratiquant l'avortement. Sofie De Graeve, porte-parole du groupe de réflexion féministe Furia, confirme : " En Flandre, nous optons clairement pour le lobbying et les contacts politiques, alors que les francophones préfèrent agir en sensibilisant le public. " L'absence du sujet dans les médias n'a, lui, pas toujours été de mise : " De nombreux articles sont parus durant les mois qui ont précédé le compromis fédéral, en juillet dernier. Mais maintenant que la loi a été votée, les rédactions estiment sans doute que c'est plié ", souligne Sofie De Graeve. " Pour la majorité de la population, ce thème ne constitue plus une problématique ", ajoute Carine Vrancken. L'idéologie catholique demeure, pour sa part, plus influente politiquement que socialement. Si, au nord comme au sud, beaucoup estiment que la nouvelle loi est une occasion manquée, l'adoption du texte par le CD&V n'en demeure pas moins un réel cap pour les chrétiens-démocrates. La ministre d'Etat Miet Smet l'a récemment encore rappelé : " Pour mon parti, l'avortement ne sera jamais une évidence. " La pionnière du féminisme belge s'exprimait à l'occasion de la sortie de ses mémoires, dans lesquels elle livre une confession pour le moins surprenante : dans les années 1980, alors que l'IVG était encore interdite, elle en avait permis la pratique au sein du centre d'accueil Fedasil du Petit-Château, à Bruxelles. Une transgression que l'ancienne secrétaire d'Etat à l'Emancipation sociale avait pris soin de cacher au gouvernement et au CVP (ex-CD&V). Cette époque est révolue mais le risque de sanction plane toujours. Pour les mouvements féministes et les acteurs de terrain, la dépénalisation reste donc un objectif, quelles que soient les méthodes adoptées pour l'atteindre.