Un mouvement comparable à En marche ! verra-t-il le jour en Belgique ? Les révélations faites par Le Vif/L'Express (notre édition du 28 avril dernier) ont été confirmées par plusieurs ténors : des discussions sont bel et bien en cours pour imaginer une force politique d'un genre nouveau, dépassant le clivage gauche - droite. Elle pourrait réunir une large partie du CDH et de DéFI, ainsi que des membres Ecolo ou MR. " Une réorganisation du paysage politique est en cours ", a appuyé Benoît Lutgen, président du CDH, à La Libre et à la RTBF, le mardi 2 mai. En confirmant la ligne rouge qu'il avait déjà tracée dans nos colonnes : " Pas une addition de partis. Il faudra s'appuyer sur la société civile. "

Chacun se garde toutefois de laisser lire clairement dans son jeu. Pas question, pour l'heure, de donner les noms des personnes impliquées. De même, pas de confirmation d'une échéance précise pour que naisse ce rassemblement, que ce soient les élections communales de 2018 ou les législatives/ régionales de 2019. " Nous n'excluons rien, mais annoncer un rapprochement imminent, c'est n'est pas correct ", dit Olivier Maingain, président de DéFI. " Nous verrons ce qui se passe en 2019 ", temporise Christophe Magdalijns (DéFI), bourgmestre d'Auderghem faisant fonction et proche du ministre bruxellois Didier Gosuin. Pour l'heure, DéFI cherche avant tout à nouer des liens structurels avec les Français d'En marche !

La clé de ces discussions, ressuscitées en Belgique après l'arrivée de la N-VA au pouvoir fédéral en octobre 2014, réside dans la capacité de membres de la société civile à se mobiliser en faveur d'une telle alternative politique. Que ce soit à travers des institutions existantes - syndicats, mutuelles... - ou à titre individuel. D'ores et déjà, passionnés par ce qui se passe en France, certains y sont favorables ou voient cette discussion d'un oeil curieux. Ils le confient au Vif/L'Express.

Bruno Colmant : "J'en serais !"

debby termonia
© debby termonia

Bruno Colmant, professeur de finance appliquée et d'économie dans plusieurs universités, est de ceux-là. " Tant que l'économie était porteuse, les partis politiques pouvaient encore donner l'impression qu'ils maîtrisaient les choses, entame-t-il. Aujourd'hui, ils sont impuissants. C'est cela qui crée la disqualification de nos élus auprès des citoyens. " Préoccupé par ce désaveu croissant, l'économiste est interpellé par la dynamique d'En marche ! , en laquelle il voit une démarche comparable à la tradition française de Pierre Mendès-France, de Raymond Barre ou de Jacques Delors. " Ce sont des gens qui ne sont pas restés au pouvoir longtemps, parce que ce sont des pragmatiques. C'est peut-être cela dont nous avons besoin pour l'instant : une sorte de gouvernement de techniciens. "

Hyperactif, Bruno Colmant fait partie de nombreux cercles de réflexion. " Et ce qui me frappe dans chacun d'entre eux, prolonge-t-il, c'est qu'il y a dans le monde civil et académique un désir très fort de débat et de confrontation des idées. Or, aujourd'hui, ces gens se sentent exclus, muselés... " Cette aspiration à contribuer au débat public pourrait dès lors se concrétiser dans une dynamique différente, une démocratie participative, une approche moins polarisée de la politique.

"Il y a dans le monde civil et académique un désir très fort de débat et de confrontation des idées" (Bruno Colmant)

" Un tel rassemblement répondrait à la fois à un besoin de sérénité, de clarification et d'élucidation face aux enjeux de notre époque. J'apprécierais fort la naissance d'une telle démarche citoyenne réunissant des gens pour réfléchir ensemble et dessiner un contenu intellectuel très bien articulé, comme c'est le cas chez Macron. " Bruno Colmant estime qu'un mouvement comme Ceci n'est pas une crise - créé en 2010 par des politiques (dont Jean-Pascal Labille, Philippe Busquin, Philippe Maystadt et Louis Michel), des chefs d'entreprises, des académiques... - s'inscrirait parfaitement dans la dynamique d'un En marche ! à la belge. Avec des accents comparables à son homologue français : un positionnement de centre-droit, proeuropéen, cherchant à rendre à l'Etat sa juste place après la profonde crise issue du ressac financier de 2008...

" Moi, si une telle dynamique se confirmait, j'en serais ", affirme-t-il.

Pierre Kroll : "C'est le bon moment..."

debby termonia
© debby termonia

Collègue de Bruno Colmant au sein de Ceci n'est pas une crise, le célèbre caricaturiste Pierre Kroll précise, au contraire, qu'il ne souhaite pas faire de la politique ou prendre des responsabilités dans le cadre d'un En marche ! belge, s'il venait à voir le jour. " J'ai déjà un travail très politique, sourit-il. Et cette idée selon laquelle tout le monde pourrait faire de la politique a des limites. Cela requiert du temps, des compétences et l'envie de s'occuper de dossiers très techniques. Un mandat chez Publifin, par exemple, cela m'emmerderait ! " Potentiellement, il voit en outre dans une telle initiative, chez nous, " une planche de survie pour le CDH ", ce parti qui a toujours constitué " le fond de sauce " des coalitions en Belgique. Ecolo a d'ailleurs déjà exprimé son rejet d'un rapprochement avec les humanistes qui viserait avant tout à " sauver un parti moribond ".

Cela étant, Pierre Kroll n'est pas forcément opposé à l'idée d'un grand rassemblement mêlant politiques et membres de la société civile. " Une telle initiative serait bienvenue car elle parviendrait à ramener les gens vers la chose publique. C'est peut-être le moment idéal pour agir en ce sens. Ceci n'est pas une crise a d'ailleurs des gènes comparables : il s'agit de lutter contre la simplification populiste qui a le vent en poupe. Un parti politique qui ferait la même chose serait peut-être utile. "

"Il s'agit de lutter contre la simplification populiste qui a le vent en poupe" (Pierre Kroll)

Selon lui, il y a de la place pour une forme de " conservatisme progressiste " (" Je viens de l'inventer, j'en suis très fier ", s'amuse-t-il) tel que le prône Emmanuel Macron, ainsi que pour un courant visant à défendre une Europe réformée, plutôt qu'à abandonner purement et simplement cette construction controversée. Le momentum est d'autant plus important que les extrêmes " patriotes " deviennent des alternatives crédibles aux yeux de certains. " Cela apporterait quelque chose d'avoir un centre fort, moderne, avec un PS très à gauche et une droite libérale très libérale ", analyse Pierre Kroll.

Renaud Duquesne : "Réunissons les progressistes"

ERIC LALMAND/belgaimage
© ERIC LALMAND/belgaimage

Le chemin reste plus qu'incertain avant qu'une telle percée ait lieu en Wallonie. Jean-Pascal Labille, actuel président de la fondation Ceci n'est pas un crise et secrétaire général de la mutualité Solidaris, n'a pas souhaité répondre à notre sollicitation. De même, un chef d'entreprise influent en Wallonie nous a répondu par ces mots : " A quoi sert-il de rêver d'autre chose si c'est pour faire la même chose avec d'autres mots ? Le salut est dans l'action, pas dans le verbe. " Quant au politologue Pascal Delwit (ULB), il raille : " Une alliance du CDH et de DéFI, cela ferait dans les 12 %... " Le centre, en Belgique, ne serait ni une voie d'avenir, ni un chemin novateur contrairement à la France, où il bouscule le système électoral majoritaire.

Ces réserves ne tempèrent pas l'enthousiasme de l'avocat Renaud Duquesne. Membre du MR, ancien conseiller communal à Marche-en-Famenne et fils de l'ancien ministre de l'Intérieur, Antoine Duquesne, celui-ci se dit très favorable à un tel rassemblement. " Je trouve même cela indispensable, nous confie-t-il. Les politiques ne voient pas que le monde évolue ! Nous sommes entrés dans le xxie siècle, il faut changer les codes et revoir le système. Les politiques doivent être davantage à l'écoute des citoyens et comprendre leurs problèmes. Car si on ne les comprend pas, comment les résoudre ? "

Il est temps, selon lui, de réunir les progressistes de tous les partis francophones. Au CDH, chez DéFI et Ecolo, mais aussi au PS, " ceux qui veulent revoir le pacte social et qui refusent la guérilla syndicale ". Quant à son propre parti... " Le MR est devenu plutôt matérialiste, il a perdu de son âme en s'alliant à la N-VA au fédéral. Or, on voit bien en France que le débat oppose désormais les nationalistes et les partisans d'une société ouverte. " Traduction : que les libéraux progressistes choisissent leur camp.

"Le MR est devenu matérialiste, il a perdu de son âme en s'alliant à la N-VA au fédéral" (Renaud Duquesne)

Selon Renaud Duquesne, Emmanuel Macron est la preuve vivante que les citoyens en ont marre de ce système qui se perpétue, avec les mêmes visages qui reviennent sans cesse. Il est l'expression positive d'un ras-le-bol véhiculé avec aigreur par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou, chez nous, le PTB. " Nous sommes à une époque où l'on doit dépasser les clivages, insiste l'avocat. Je suis libéral, mais cela ne m'empêche pas de trouver intéressant ce que le gouvernement wallon vient de faire en matière de gouvernance. J'aurais bien voulu que le MR s'y associe. " Les clés du projet qu'il appelle de ses voeux, ce sont des mots qui font lien : dialogue, écoute, respect, pacte social... Sans oublier la nécessité de construire enfin un fédéralisme de coopération, et non de confrontation, comme c'est le cas aujourd'hui. En se souciant davantage de demain que d'aujourd'hui, pour préparer l'avenir de nos enfants.

A quelle échéance voit-il une telle révolution prendre place ? " L'élection mère, celle du lien de proximité entre le citoyen et la politique, c'est l'élection communale, soutient-il. Si un nouveau mouvement veut se créer, il me paraît important de commencer par là. Cela pourrait être une inspiration féconde pour la suite. "

Ils sont nombreux, notamment au MR, à envisager de présenter des listes d'ouverture aux prochaines élections communales. En marche ! version belge trouvera-t-il une première vitrine en 2018 ? Rien n'est moins sûr. Car il s'agit d'un scrutin atypique, où les proximités locales pèsent davantage que les visions sociétales. Et les résistances au changement restent nombreuses en Wallonie, sous forme de rivalités et de rapports de force. N'est-il pas temps que certains sortent du bois ? Qu'un homme ou une femme prenne la tête d'une telle initiative ? " Je ne crois pas en l'homme providentiel et c'est un peu ce que je reproche à Macron ", conclut Benoît Lutgen. Un manque de leadership et de courage, c'est pourtant le double écueil qui risque de tuer dans l'oeuf ce rassemblement en gestation.

Un mouvement comparable à En marche ! verra-t-il le jour en Belgique ? Les révélations faites par Le Vif/L'Express (notre édition du 28 avril dernier) ont été confirmées par plusieurs ténors : des discussions sont bel et bien en cours pour imaginer une force politique d'un genre nouveau, dépassant le clivage gauche - droite. Elle pourrait réunir une large partie du CDH et de DéFI, ainsi que des membres Ecolo ou MR. " Une réorganisation du paysage politique est en cours ", a appuyé Benoît Lutgen, président du CDH, à La Libre et à la RTBF, le mardi 2 mai. En confirmant la ligne rouge qu'il avait déjà tracée dans nos colonnes : " Pas une addition de partis. Il faudra s'appuyer sur la société civile. " Chacun se garde toutefois de laisser lire clairement dans son jeu. Pas question, pour l'heure, de donner les noms des personnes impliquées. De même, pas de confirmation d'une échéance précise pour que naisse ce rassemblement, que ce soient les élections communales de 2018 ou les législatives/ régionales de 2019. " Nous n'excluons rien, mais annoncer un rapprochement imminent, c'est n'est pas correct ", dit Olivier Maingain, président de DéFI. " Nous verrons ce qui se passe en 2019 ", temporise Christophe Magdalijns (DéFI), bourgmestre d'Auderghem faisant fonction et proche du ministre bruxellois Didier Gosuin. Pour l'heure, DéFI cherche avant tout à nouer des liens structurels avec les Français d'En marche ! La clé de ces discussions, ressuscitées en Belgique après l'arrivée de la N-VA au pouvoir fédéral en octobre 2014, réside dans la capacité de membres de la société civile à se mobiliser en faveur d'une telle alternative politique. Que ce soit à travers des institutions existantes - syndicats, mutuelles... - ou à titre individuel. D'ores et déjà, passionnés par ce qui se passe en France, certains y sont favorables ou voient cette discussion d'un oeil curieux. Ils le confient au Vif/L'Express. Bruno Colmant, professeur de finance appliquée et d'économie dans plusieurs universités, est de ceux-là. " Tant que l'économie était porteuse, les partis politiques pouvaient encore donner l'impression qu'ils maîtrisaient les choses, entame-t-il. Aujourd'hui, ils sont impuissants. C'est cela qui crée la disqualification de nos élus auprès des citoyens. " Préoccupé par ce désaveu croissant, l'économiste est interpellé par la dynamique d'En marche ! , en laquelle il voit une démarche comparable à la tradition française de Pierre Mendès-France, de Raymond Barre ou de Jacques Delors. " Ce sont des gens qui ne sont pas restés au pouvoir longtemps, parce que ce sont des pragmatiques. C'est peut-être cela dont nous avons besoin pour l'instant : une sorte de gouvernement de techniciens. " Hyperactif, Bruno Colmant fait partie de nombreux cercles de réflexion. " Et ce qui me frappe dans chacun d'entre eux, prolonge-t-il, c'est qu'il y a dans le monde civil et académique un désir très fort de débat et de confrontation des idées. Or, aujourd'hui, ces gens se sentent exclus, muselés... " Cette aspiration à contribuer au débat public pourrait dès lors se concrétiser dans une dynamique différente, une démocratie participative, une approche moins polarisée de la politique. " Un tel rassemblement répondrait à la fois à un besoin de sérénité, de clarification et d'élucidation face aux enjeux de notre époque. J'apprécierais fort la naissance d'une telle démarche citoyenne réunissant des gens pour réfléchir ensemble et dessiner un contenu intellectuel très bien articulé, comme c'est le cas chez Macron. " Bruno Colmant estime qu'un mouvement comme Ceci n'est pas une crise - créé en 2010 par des politiques (dont Jean-Pascal Labille, Philippe Busquin, Philippe Maystadt et Louis Michel), des chefs d'entreprises, des académiques... - s'inscrirait parfaitement dans la dynamique d'un En marche ! à la belge. Avec des accents comparables à son homologue français : un positionnement de centre-droit, proeuropéen, cherchant à rendre à l'Etat sa juste place après la profonde crise issue du ressac financier de 2008... " Moi, si une telle dynamique se confirmait, j'en serais ", affirme-t-il. Collègue de Bruno Colmant au sein de Ceci n'est pas une crise, le célèbre caricaturiste Pierre Kroll précise, au contraire, qu'il ne souhaite pas faire de la politique ou prendre des responsabilités dans le cadre d'un En marche ! belge, s'il venait à voir le jour. " J'ai déjà un travail très politique, sourit-il. Et cette idée selon laquelle tout le monde pourrait faire de la politique a des limites. Cela requiert du temps, des compétences et l'envie de s'occuper de dossiers très techniques. Un mandat chez Publifin, par exemple, cela m'emmerderait ! " Potentiellement, il voit en outre dans une telle initiative, chez nous, " une planche de survie pour le CDH ", ce parti qui a toujours constitué " le fond de sauce " des coalitions en Belgique. Ecolo a d'ailleurs déjà exprimé son rejet d'un rapprochement avec les humanistes qui viserait avant tout à " sauver un parti moribond ". Cela étant, Pierre Kroll n'est pas forcément opposé à l'idée d'un grand rassemblement mêlant politiques et membres de la société civile. " Une telle initiative serait bienvenue car elle parviendrait à ramener les gens vers la chose publique. C'est peut-être le moment idéal pour agir en ce sens. Ceci n'est pas une crise a d'ailleurs des gènes comparables : il s'agit de lutter contre la simplification populiste qui a le vent en poupe. Un parti politique qui ferait la même chose serait peut-être utile. " Selon lui, il y a de la place pour une forme de " conservatisme progressiste " (" Je viens de l'inventer, j'en suis très fier ", s'amuse-t-il) tel que le prône Emmanuel Macron, ainsi que pour un courant visant à défendre une Europe réformée, plutôt qu'à abandonner purement et simplement cette construction controversée. Le momentum est d'autant plus important que les extrêmes " patriotes " deviennent des alternatives crédibles aux yeux de certains. " Cela apporterait quelque chose d'avoir un centre fort, moderne, avec un PS très à gauche et une droite libérale très libérale ", analyse Pierre Kroll. Le chemin reste plus qu'incertain avant qu'une telle percée ait lieu en Wallonie. Jean-Pascal Labille, actuel président de la fondation Ceci n'est pas un crise et secrétaire général de la mutualité Solidaris, n'a pas souhaité répondre à notre sollicitation. De même, un chef d'entreprise influent en Wallonie nous a répondu par ces mots : " A quoi sert-il de rêver d'autre chose si c'est pour faire la même chose avec d'autres mots ? Le salut est dans l'action, pas dans le verbe. " Quant au politologue Pascal Delwit (ULB), il raille : " Une alliance du CDH et de DéFI, cela ferait dans les 12 %... " Le centre, en Belgique, ne serait ni une voie d'avenir, ni un chemin novateur contrairement à la France, où il bouscule le système électoral majoritaire. Ces réserves ne tempèrent pas l'enthousiasme de l'avocat Renaud Duquesne. Membre du MR, ancien conseiller communal à Marche-en-Famenne et fils de l'ancien ministre de l'Intérieur, Antoine Duquesne, celui-ci se dit très favorable à un tel rassemblement. " Je trouve même cela indispensable, nous confie-t-il. Les politiques ne voient pas que le monde évolue ! Nous sommes entrés dans le xxie siècle, il faut changer les codes et revoir le système. Les politiques doivent être davantage à l'écoute des citoyens et comprendre leurs problèmes. Car si on ne les comprend pas, comment les résoudre ? " Il est temps, selon lui, de réunir les progressistes de tous les partis francophones. Au CDH, chez DéFI et Ecolo, mais aussi au PS, " ceux qui veulent revoir le pacte social et qui refusent la guérilla syndicale ". Quant à son propre parti... " Le MR est devenu plutôt matérialiste, il a perdu de son âme en s'alliant à la N-VA au fédéral. Or, on voit bien en France que le débat oppose désormais les nationalistes et les partisans d'une société ouverte. " Traduction : que les libéraux progressistes choisissent leur camp. Selon Renaud Duquesne, Emmanuel Macron est la preuve vivante que les citoyens en ont marre de ce système qui se perpétue, avec les mêmes visages qui reviennent sans cesse. Il est l'expression positive d'un ras-le-bol véhiculé avec aigreur par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou, chez nous, le PTB. " Nous sommes à une époque où l'on doit dépasser les clivages, insiste l'avocat. Je suis libéral, mais cela ne m'empêche pas de trouver intéressant ce que le gouvernement wallon vient de faire en matière de gouvernance. J'aurais bien voulu que le MR s'y associe. " Les clés du projet qu'il appelle de ses voeux, ce sont des mots qui font lien : dialogue, écoute, respect, pacte social... Sans oublier la nécessité de construire enfin un fédéralisme de coopération, et non de confrontation, comme c'est le cas aujourd'hui. En se souciant davantage de demain que d'aujourd'hui, pour préparer l'avenir de nos enfants. A quelle échéance voit-il une telle révolution prendre place ? " L'élection mère, celle du lien de proximité entre le citoyen et la politique, c'est l'élection communale, soutient-il. Si un nouveau mouvement veut se créer, il me paraît important de commencer par là. Cela pourrait être une inspiration féconde pour la suite. " Ils sont nombreux, notamment au MR, à envisager de présenter des listes d'ouverture aux prochaines élections communales. En marche ! version belge trouvera-t-il une première vitrine en 2018 ? Rien n'est moins sûr. Car il s'agit d'un scrutin atypique, où les proximités locales pèsent davantage que les visions sociétales. Et les résistances au changement restent nombreuses en Wallonie, sous forme de rivalités et de rapports de force. N'est-il pas temps que certains sortent du bois ? Qu'un homme ou une femme prenne la tête d'une telle initiative ? " Je ne crois pas en l'homme providentiel et c'est un peu ce que je reproche à Macron ", conclut Benoît Lutgen. Un manque de leadership et de courage, c'est pourtant le double écueil qui risque de tuer dans l'oeuf ce rassemblement en gestation.