Le 1er mai 2012, le corps sans vie d'Ihsane, 32 ans, est retrouvé dans un champ, huit jours après sa disparition. Tabassé à mort parce qu'il était gay par une "horde" de quatre gars. Dans Ihsane Jarfi. Le Couloir du deuil (éd. Luc Pire, 262 p.), une réédition augmentée d'une version parue en 2014 (1), son père, Hassan, racont...

Le 1er mai 2012, le corps sans vie d'Ihsane, 32 ans, est retrouvé dans un champ, huit jours après sa disparition. Tabassé à mort parce qu'il était gay par une "horde" de quatre gars. Dans Ihsane Jarfi. Le Couloir du deuil (éd. Luc Pire, 262 p.), une réédition augmentée d'une version parue en 2014 (1), son père, Hassan, raconte la perte de son gamin, l'aîné d'une fratrie de cinq, le "prince héritier" qu'il dit avoir "toujours compris". "Il est comme ça depuis sa naissance: il n'a pas choisi ce trait de caractère ni cette orientation sexuelle." On y trouve, noués comme les brins d'un tapis, l'histoire de l'immigration marocaine et celle d'un père, à la fois journal de deuil et portrait familial. On y trouve des sensations et des images, fragments épars d'un passé enfoui: la honte, l'exil, l'intolérance, ce piège qui empêche de vivre. On y trouve aussi une humanité bienveillante, une tendresse qui vous pincent le coeur. Sous la plume du père se dessinent les traits d'un jeune homme qui a lutté pour "se débarrasser de ces gestes, de cette façon de parler". "Il avait peur et j'avais plus peur que lui, alors nous faisions comme si le sujet n'existait pas", écrit Hassan Jarfi. Jusqu'à "l'accident", chez les Jarfi, on a donc fait beaucoup semblant. "Je me suis tu lorsque mon fils était en vie. Aujourd'hui, se taire, c'est être complice de l'homophobie", écrit Hassan Jarfi. Un "coming out" à sa manière. "Sans aucun doute tu es au Paradis, sans aucun doute tu es martyr, et comme l'usage le veut, je te vengerai, ma vengeance ne sera pas de tuer tes assassins, mais de militer pour que leurs enfants ne leur ressemblent pas."