Ces vingt dernières années, beaucoup de nouveaux médicaments contre le cancer ont vu le jour. À la demande de l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (Inami), le KCE a analysé, en collaboration avec la Fondation registre du cancer, l'effet de plusieurs de ces traitements sur la longévité des patients auxquels ils ont été administrés depuis 2004. Les résultats ont ensuite été comparés aux dépenses de l'assurance maladie relatives à ces médicaments. La plupart de ces nouveaux traitements sont utilisés dans des cas de cancers avancés, où la chirurgie et la radiothérapie ne peuvent plus rien. Or, une amélioration liée à l'utilisation d'un nouveau médicament n'est visible que dans six des 12 types de cancers étudiés par le KCE. Dans l'autre moitié des cas, la durée de vie du patient n'est aucunement améliorée. Une étude de l'Agence européenne du médicament (EMA) portant sur 68 traitements approuvés entre 2009 et 2013 montre des résultats similaire à ceux obtenus par le KCE. Seuls 24 médicaments sur 68 montrent une prolongation de la vie du patient et celle-ci reste limitée (environ 2,7 mois). De plus, une amélioration de la qualité de vie du patient n'est constatée que dans 10% des cas (7 sur 68). Selon le KCE, le problème se situe au niveau des procédures concernant les médicaments dits prometteurs, mais dont l'efficacité n'est pas encore prouvée. En effet, grâce aux contrats conditionnels appelés "managed entry agreements" (MEA), les laboratoires pharmaceutiques peuvent obtenir un remboursement temporaire de leur produit en attendant de pouvoir prouver son efficacité et ce, afin que les patients puissent bénéficier plus rapidement de ces médicaments. Malheureusement, une fois ce remboursement temporaire accordé, il est très difficile pour les pouvoirs publics de faire marche arrière notamment en raison de la pression de l'opinion publique. Les laboratoires pharmaceutiques ne se pressent donc pas pour apporter les preuves supplémentaires demandées. Autre anicroche, le secret maintenu autour des prix de ces médicaments. Il rend le système opaque et empêche toute évaluation du rapport coût-efficacité, pourtant essentielle pour accorder un remboursement. En 2019, Les traitements bénéficiant du système MEA représentaient un quart du budget des médicaments en Belgique. Selon le KCE, une démarche législative a été amorcée pour changer le système, celle-ci n'a toutefois pas encore abouti. En conclusion de son rapport, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé recommande aux autorités régulatrices de se montrer plus exigeantes concernant les données scientifiques pour les demandes d'autorisation européenne et pour les demandes de remboursement au niveau national. L'objectif étant d'assurer une mise sur le marché de médicaments réellement efficaces pour le patient et d'optimiser l'utilisation des moyens de l'assurance maladie belge. (Belga)

Ces vingt dernières années, beaucoup de nouveaux médicaments contre le cancer ont vu le jour. À la demande de l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (Inami), le KCE a analysé, en collaboration avec la Fondation registre du cancer, l'effet de plusieurs de ces traitements sur la longévité des patients auxquels ils ont été administrés depuis 2004. Les résultats ont ensuite été comparés aux dépenses de l'assurance maladie relatives à ces médicaments. La plupart de ces nouveaux traitements sont utilisés dans des cas de cancers avancés, où la chirurgie et la radiothérapie ne peuvent plus rien. Or, une amélioration liée à l'utilisation d'un nouveau médicament n'est visible que dans six des 12 types de cancers étudiés par le KCE. Dans l'autre moitié des cas, la durée de vie du patient n'est aucunement améliorée. Une étude de l'Agence européenne du médicament (EMA) portant sur 68 traitements approuvés entre 2009 et 2013 montre des résultats similaire à ceux obtenus par le KCE. Seuls 24 médicaments sur 68 montrent une prolongation de la vie du patient et celle-ci reste limitée (environ 2,7 mois). De plus, une amélioration de la qualité de vie du patient n'est constatée que dans 10% des cas (7 sur 68). Selon le KCE, le problème se situe au niveau des procédures concernant les médicaments dits prometteurs, mais dont l'efficacité n'est pas encore prouvée. En effet, grâce aux contrats conditionnels appelés "managed entry agreements" (MEA), les laboratoires pharmaceutiques peuvent obtenir un remboursement temporaire de leur produit en attendant de pouvoir prouver son efficacité et ce, afin que les patients puissent bénéficier plus rapidement de ces médicaments. Malheureusement, une fois ce remboursement temporaire accordé, il est très difficile pour les pouvoirs publics de faire marche arrière notamment en raison de la pression de l'opinion publique. Les laboratoires pharmaceutiques ne se pressent donc pas pour apporter les preuves supplémentaires demandées. Autre anicroche, le secret maintenu autour des prix de ces médicaments. Il rend le système opaque et empêche toute évaluation du rapport coût-efficacité, pourtant essentielle pour accorder un remboursement. En 2019, Les traitements bénéficiant du système MEA représentaient un quart du budget des médicaments en Belgique. Selon le KCE, une démarche législative a été amorcée pour changer le système, celle-ci n'a toutefois pas encore abouti. En conclusion de son rapport, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé recommande aux autorités régulatrices de se montrer plus exigeantes concernant les données scientifiques pour les demandes d'autorisation européenne et pour les demandes de remboursement au niveau national. L'objectif étant d'assurer une mise sur le marché de médicaments réellement efficaces pour le patient et d'optimiser l'utilisation des moyens de l'assurance maladie belge. (Belga)