"J'ai envie d'autre chose..." L'annonce, ce mercredi, du retrait de la vie politique active de Laurette Onkelinx est un événement marquant. Hautement symbolique. Qui en dit bien plus que le simple retrait d'une des figures majeures de ce théâtre aujourd'hui tant décrié. Il constitue un grand saut dans l'inconnu, après le pas de côté de Joëlle Milquet et avant celui à venir d'Elio Di Rupo ( ?).
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"J'ai envie d'autre chose..." L'annonce, ce mercredi, du retrait de la vie politique active de Laurette Onkelinx est un événement marquant. Hautement symbolique. Qui en dit bien plus que le simple retrait d'une des figures majeures de ce théâtre aujourd'hui tant décrié. Il constitue un grand saut dans l'inconnu, après le pas de côté de Joëlle Milquet et avant celui à venir d'Elio Di Rupo ( ?).Cette néo-Liégeoise au verbe fort aura marqué plus de vingt ans de la Belgique francophone. Avec des actes courageux et des échecs patents. Ministre-présidente de la Communauté française, Laurette Onkelinx a restructuré en profondeur l'enseignement dans les années 1990 au prix de milliers de pertes d'emploi, avant de recentrer l'école sur ses missions - un chantier rempli d'idéal, mais qui reste largement inachevé vingt ans après. Vice-Première PS au fédéral, elle a dû batailler ferme pour préserver ses idéaux de gauche face à la nécessité de réformer le pays, à une époque où les transferts de compétences aux entités fédérées et surtout les cures d'austérité budgétaire ont sévèrement endommagé la machine Belgique. Transfuge en Région bruxelloise, elle a échoué à deux reprises dans sa conquête du maïorat de Schaerbeek. C'est dire combien le bilan de ses années sera rédigé en demi-teinte dans les livres d'Histoire.Son "envie d'autre chose" survient, en outre, à un moment où le monde politique est secoué de toutes parts : par les scandales, par la globalisation, par les replis sur soi... Le socialisme lutte pour sa survie dans l'Europe entière. En Belgique, Laurette Onkelinx est devenue, aux yeux de beaucoup, la diva d'un autre temps, surtout depuis qu'elle s'est époumonée à la Chambre contre l'arrivée au pouvoir de la N-VA. Son "envie d'autre chose" ne survient pas non plus par hasard quelques semaines après que l'affaire du Samu social ait frappé en plein vol le bourgmestre Yvan Mayeur, un de ses proches. Il a été précipité, aussi, par les attaques dont elle a fait l'objet au sujet de sa fille, temporairement employée dans cette structure bruxelloise tant décriée - elle avait dit combien cela l'avait affecté. La politique a changé. Ce besoin de transparence absolue peut faire mal. Très mal.Les électeurs dénoncent aujourd'hui les pratiques d'un univers professionnalisé à l'excès, où les conflits d'intérêts sont monnaie courante. La cheffe de file du PS bruxellois s'en va en pleine tempête. Elle sent, elle sait que seuls de nouveaux visages pourront convaincre que le PS a encore un avenir. Ses larmes, lors de l'annonce, sont autant un signe de tristesse, parce que cette avocate de la gauche reste gorgée de convictions, qu'un aveu, un signal de détresse à l'heure où la société vit une profonde révolution, teintée de graves menaces.Des voix s'élèveront sans aucun doute pour railler cette dame, pour critiquer sa longue occupation du pouvoir, pour conspuer les intérêts qu'elle en a retirés, voire pour dénoncer sa vision dépassée, ancrée dans une époque de prospérité partagée. Ceux qui connaissent Laurette Onkelinx savent pourtant que cette femme de convictions se dépensait sans compter, nuit et jour, qu'elle voulait perpétuer des idéaux et les transmettre, et qu'elle criait fort parce que cela venait du fond du coeur. On pourrait gloser sur le timing de cette annonce, sur le fait qu'il s'agit d'une "demi-mesure" puisqu'elle restera en charge jusqu'en 2019. Il n'en reste pas moins que son retrait annoncé est un geste fort, un signal majeur, un message : "Je vous ai compris, il est temps pour moi de m'en aller". Il montre aussi, l'air de rien, la porte de sortie à un autre géant, son président Elio Di Rupo.Avec son livre présentant les "nouvelles conquêtes", présenté à la rentrée, le président du PS a-t-il livré, lui aussi, un testament politique pour les nouvelles générations ? Aura-t-il la même clairvoyance de partir au bon moment ? Cèdera-t-il la main en acceptant, c'est humain, que l'oeuvre politique pour laquelle il a tant donné ne se termine pas par un feu d'artifice ? Tant Laurette Onkelinx qu'Elio Di Rupo se sont relancés dans l'arène, après avoir été mis à l'écart du pouvoir fédéral en 2014. Tous deux savaient que ce ne serait pas simple de se réinventer après de tels moments. Tous deux avaient à coeur de défendre la solidarité. Sans doute ne se doutaient-ils pas que ce serait à ce point difficile.Laurette Onkelinx fait un pas de côté quelques jours après qu'une autre grande figure de la politique francophone, une pasionaria elle aussi, ait annoncé qu'elle ne se représenterait plus aux communales de 2018. Joëlle Milquet n'a pas été aussi loin que sa consoeur : elle prendra probablement la tangente pour se présenter à l'Europe 2019. C'est une autre façon de faire dans le chef de la présidente du CDH, mais le constat est le même : ce monde de la politique est devenu trop cruel, trop masculin peut-être. Ses codes ont changé, pour le meilleur ou pour le pire. Certains leur lanceront sans ménagement : bon débarras ! Mais sans doute en étant, eux aussi, démunis et inquiets...Oui, les pas de côté faits par Laurette Onkelinx ou par Joëlle Milquet, tout comme celui qu'ils sont nombreux à attendre d'Elio Di Rupo, sont des signaux majeurs. Ils témoignent, on l'a dit, d'un bouleversement annoncé de notre vie politique. Ils constituent un passage de témoin douloureux, risqué et précipité à une nouvelle génération qui devra modifier en profondeur ses pratiques et apporter des réponses nouvelles aux incertitudes de notre temps.On ne peut s'empêcher de voir dans ces départs une sorte de fuite en avant. Nécessaire, mais vertigineuse. Et l'on ne prendra guère le temps d'évaluer leur héritage, tant les chantiers de reconstruction des prochaines années s'annoncent dantesques.