Dès le départ, les circonstances étaient défavorables. Le cabinet qui se met en place sous l'autorité d'Harmel à l'été 1965 n'est rien d'autre qu'une coalition... de perdants. Aux législatives, sociaux-chrétiens et socialistes ont tous deux connu la défaite. Ils reçoivent pourtant l'opportunité de gouverner ensemble, et la saisissent.
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Dès le départ, les circonstances étaient défavorables. Le cabinet qui se met en place sous l'autorité d'Harmel à l'été 1965 n'est rien d'autre qu'une coalition... de perdants. Aux législatives, sociaux-chrétiens et socialistes ont tous deux connu la défaite. Ils reçoivent pourtant l'opportunité de gouverner ensemble, et la saisissent. Mais les vents sont contraires. Le gouvernement est une énorme machine composée de... vingt-neuf membres ! La répartition des responsabilités manque de clarté et les conflits de compétences sont nombreux. Autre chose : dans le camp francophone, on reproche vivement à Harmel d'accueillir dans son cabinet un jeune conseiller très impliqué dans le Mouvement flamand. L'homme, âgé de 29 ans, a notamment été l'un des organisateurs des " marches sur Bruxelles ". Il s'appelle Wilfried Martens. Il sera toutefois maintenu. Deux autres dossiers vont pourrir l'existence du gouvernement. Le premier, ce sont les mines. En Belgique, on extrait beaucoup de charbon. Or, la production nationale est chère et la consommation internationale ne cesse de reculer. En décembre 1965, le gouvernement annonce la fermeture de six mines, dont celle de Zwartberg, dans le Limbourg. Une grève y éclate aussitôt. Dans de violentes manifestations, deux mineurs perdent la vie. L'autre problème est médical. Ou plutôt économique. Le gouvernement veut réformer le système de remboursement des soins de santé. Ce qui provoque un vif mécontentement chez les médecins, prêts à partir en grève, et auprès des mutualités. Le sujet est sensible ; les deux partis de la majorité se divisent. Le 4 février, le gouvernement siège tout au long de la journée. Jusqu'au bout, il cherche des solutions. Mais vers 21 heures, l'impasse est totale. Le socialiste Spinoy considère qu'il a fait " l'impossible pour rapprocher les deux points de vue ". Le social-chrétien Eyskens remercie Harmel " pour les efforts qu'il a déployés en vue de trouver un terrain d'entente ". Le Premier ministre n'a pas réussi. Et il s'en va chez le roi. Coup de théâtre : Baudouin refuse la démission. Raison invoquée : c'est au Parlement qu'il revient de se prononcer sur la question. Le souverain rédige aussi une lettre, qui sera rendue publique. Il y invite Harmel à " faire un dernier effort ". Surtout, il fait la leçon aux décideurs du pays, regrettant " une diminution de l'autorité dans tous les secteurs de la vie nationale ". Et encore : " Il n'y a plus beaucoup de moments à perdre pour restaurer la confiance dans le pouvoir. " Sursaut de responsabilité ? Pas franchement. Après de nouvelles discussions, l'échec est à nouveau constaté. Le 10 février, le Premier ministre démissionne à nouveau. Cette fois, Baudouin s'incline. Et Harmel tombe.