Il faut dire que le pays se trouve au faîte de sa gloire même s'il est éminemment fragile. Seule l'histoire permet de dénouer ces apparents paradoxes. La Belgique acquiert son indépendance en 1830. En 1880, elle fête donc son premier demi-siècle d'existence. En prévision de l'événement, un ancien champ de manoeuvres militaires a été transformé en espace de foires et d'expos. Son nom ? Le parc du Cinquantenaire. En son coeur, une (seule) arcade est prévue. Mais pour le jubilé, elle n'est pas encore sur pied. Elle est remplacée par une construction provisoire en bois.
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Il faut dire que le pays se trouve au faîte de sa gloire même s'il est éminemment fragile. Seule l'histoire permet de dénouer ces apparents paradoxes. La Belgique acquiert son indépendance en 1830. En 1880, elle fête donc son premier demi-siècle d'existence. En prévision de l'événement, un ancien champ de manoeuvres militaires a été transformé en espace de foires et d'expos. Son nom ? Le parc du Cinquantenaire. En son coeur, une (seule) arcade est prévue. Mais pour le jubilé, elle n'est pas encore sur pied. Elle est remplacée par une construction provisoire en bois. Au fil des années, l'achèvement de l'ouvrage revient sans cesse à la une de l'actualité. Il fait d'ailleurs l'objet d'intenses débats au Parlement. Au centre des discussions : le financement de sa construction. Pour de nombreux députés, la dépense est " somptuaire et inutile ". " L'argent ainsi demandé pourrait bien plus utilement être employé à des travaux de grande voirie, par exemple ", entend-on à la Chambre. Léopold II prend les choses en main. Le roi bâtisseur tient à son arc. Pour le financer, le chef de l'Etat n'hésite pas à y mettre de sa poche. Une poche qui s'est notamment remplie grâce à l'exploitation de matières premières au Congo... En 1904, il fait appel à l'architecte français Charles Girault. Qui imagine un arc de triomphe à trois arches. Une nouvelle échéance est fixée : c'est pour les 75 ans du pays que l'oeuvre devra être terminée. 1905 est une année de jubilé. Si la Belgique est l'un des plus petits Etats du continent, son rayonnement est spectaculaire. Infrastructures hypermodernes, industries tournant à plein régime, neutralité rassurante... Les 75 ans du royaume coïncident avec deux autres anniversaires : les 70 ans du souverain et les 20 ans de l'Etat indépendant du Congo. A Bruxelles et ailleurs, de nombreuses cérémonies sont prévues. Objectif affirmé : " glorifier la patrie ". En coulisse, tout n'est pourtant pas rose. Les plus hautes autorités du pays savent que la neutralité ne garantit pas la paix. Autre souci : le Congo. La plupart des Belges s'en désintéressent. Surtout, les exactions commises en Afrique commencent à sérieusement noircir l'entreprise. Et puis, il y a les tensions politiques et sociales. De longue date, le Parti ouvrier belge réclame une amélioration du sort des couches défavorisées. Il s'oppose aussi à la monarchie. Fêter le pays ? Très peu pour lui ! Vingt-cinq députés de gauche se sont d'ailleurs opposés au projet de loi organisant les festivités. Le 27 septembre, l'arcade est inaugurée sans pompe. Presque en cachette. Car le Cinquantenaire ne symbolise pas seulement la grandeur du pays. Pour ses détracteurs, il rappelle la mégalomanie d'un roi, les injustices sociales et, surtout, les exactions congolaises. Le leader socialiste Emile Vandervelde ne craint pas les images fortes : pour lui, le Cinquantenaire est d'abord " l'arcade des mains coupées ".