Victoire pour les laïques ? Pas si vite. Car déposer un projet de loi est une chose ; le faire voter en est une autre. Au début des années 1950, le Parti social-chrétien profite d'être seul au pouvoir pour favoriser drastiquement l'enseignement libre. Mais en augmentant la dotation des écoles catholiques, il fait naître, chez ses adversaires, un net désir de revanche. En 1954, c'est le grand renversement. Le gouvernement homogène est remplacé par une majorité " laïque ", composée des socialistes et des libéraux. Au délicat poste de ministre de l'Instru...

Victoire pour les laïques ? Pas si vite. Car déposer un projet de loi est une chose ; le faire voter en est une autre. Au début des années 1950, le Parti social-chrétien profite d'être seul au pouvoir pour favoriser drastiquement l'enseignement libre. Mais en augmentant la dotation des écoles catholiques, il fait naître, chez ses adversaires, un net désir de revanche. En 1954, c'est le grand renversement. Le gouvernement homogène est remplacé par une majorité " laïque ", composée des socialistes et des libéraux. Au délicat poste de ministre de l'Instruction publique : le Montois Léo Collard. La question scolaire s'annonce comme un dossier majeur de la législature. " Ce que nous voulons faire, c'est rétablir l'équilibre détruit depuis quatre ans ", déclare Paul-Henri Spaak en bureau de parti. " Il faut faire pour nous ce qu'ils ont fait pour eux ", réagit le plus radical - et très anticlérical - Edgard Missiaen. Collard, pour sa part, est plus modéré. C'est sans réellement le vouloir qu'il s'apprête à déterrer la hache de guerre. " Quoi que nous fassions, les PSC crieront. Et si nous laissons les choses dans l'état actuel, nous décevrons ceux à qui nous avons proposé un programme scolaire ", soupire-t-il. Arrive l'acte du 1er février 1955. " Nous sommes engagés dans une lutte qui sera difficile ", commente Spaak. Le Premier ministre Achille Van Acker n'en est pas moins convaincu. " Je ne vous cache pas que je sais que les PSC iront très loin ", rapporte- t-il à ses collègues. L'homme sait aussi qu'une partie de la bataille se gagnera au niveau de l'opinion publique. Il n'hésite guère à intervenir directement auprès de la direction des grands médias... L'opposition est fidèle au rendez-vous. Le 26 mars, plus de 100 000 manifestants défilent dans Bruxelles contre la loi Collard. Dans les semaines qui suivent, Namur, Anvers et d'autres villes accueillent semblables manifestations. A Malines, l'archevêque se mobilise aussi. Discrètement, le cardinal Van Roey rencontre Collard et Van Acker dans l'espoir de les faire revenir en arrière. Dans la foulée, l'épiscopat déclare que ce " projet de loi n'est autre chose qu'un instrument de combat contre l'enseignement libre ", et qu'il est " manifestement inspiré par la malveillance ". Le roi Baudouin se montre également soucieux. Le souverain est peiné de voir son pays se diviser. En février 1955, il multiplie les rencontres avec les politiques en vue. Inlassablement, il prône le sens du compromis. Dans ses mémoires, Gaston Eyskens va plus loin : le social-chrétien prétend que le chef de l'Etat aurait hésité à signer la loi Collard. Crédible ? Oui, mais peu probable. Toujours est-il que le texte sera signé, sanctionné et promulgué. Ce n'est qu'en 1958 qu'un " pacte scolaire " ramènera l'apaisement au pays.