Il n'y en a eu que pour le parlement wallon dans la saga Ceta : le sérieux de ses travaux par-ci, sa courageuse résistance par-là. De quoi rendre jaloux le président du parlement flamand ?

Jaloux ? Non. Les dirigeants européens ont enfin découvert l'existence des Régions et de leurs parlements. Ils ont appris qu'il existe une Wallonie, une Flandre, comme il existe une Ecosse. Cette reconnaissance du fait régional à l'échelle européenne est une avancée formidable. C'est du jamais-vu.
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Jaloux ? Non. Les dirigeants européens ont enfin découvert l'existence des Régions et de leurs parlements. Ils ont appris qu'il existe une Wallonie, une Flandre, comme il existe une Ecosse. Cette reconnaissance du fait régional à l'échelle européenne est une avancée formidable. C'est du jamais-vu. Je dis : " Proficiat ! " J'aime ce genre de signal donné par un parlement régional. Dommage qu'il soit venu si tard, quelques semaines avant la signature d'un traité sur lequel on discutait depuis sept ans. Mais bon, je peux comprendre : le ministre-président PS Paul Magnette voulait aussi se profiler à l'égard du gouvernement fédéral. Le président du parlement André Antoine (CDH) s'est également engagé sur ce dossier pour des raisons tactiques : il fallait montrer que le CDH existe aux côtés du socialiste Magnette. La politique, c'est aussi savoir survivre... C'était son droit le plus strict d'agir comme il l'a fait. Mais son attitude m'a tout de même étonné. Pour ma part, je serais resté plus neutre dans l'exercice de mes fonctions. Le président d'une assemblée parlementaire doit être, selon moi, le président de tous les élus et de tous les partis représentés au parlement. Il doit en être le porte-parole. Ce n'est pas non plus mon style d'agir de la sorte. Bart de Wever a aussi le droit de s'exprimer ainsi. Je peux le comprendre. Les problèmes auxquels la Wallonie était confrontée avec le Ceta sont d'une tout autre nature que les problèmes et les besoins de la Flandre : il était normal que la Flandre, qui représente 90 % des exportations vers le Canada, s'exprime majoritairement en faveur du Ceta. Ce n'est pas exact. Le Vlaams Parlement a aussi discuté de manière approfondie du dossier Ceta, en commission et en séance plénière. Nous avons entendu la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, à propos du TTIP et du Ceta. Mais s'il n'y a rien de sensationnel à retirer des débats, les médias ne s'y intéressent pas... Oui, et je ne suis pas du tout d'accord, ce n'est évidemment pas vrai. J'ai même pensé à réagir à de tels propos et puis j'ai laissé tomber. Mon ami Benoît Lutgen, soviétique ? Le MR soviétique ? Même le PS ? Le PTB est peut-être le seul à être un peu soviétique sur les bords (rires). Tout ça, ce sont des grands mots, de la caricature, des préjugés ! Hélas, en politique, on a toujours besoin de chercher un adversaire. Moi, je n'aime pas ça. La Wallonie a eu raison de réagir aux déclarations du commissaire européen Oettinger : traiter la Wallonie de microrégion gérée par des communistes, quel ridicule ! Oui, ça va. Vous savez, on ne parle pas tout le temps de la Wallonie au sein de la N-VA ! Et on ne la considère pas non plus comme un adversaire. Je suis un grand amateur et un grand connaisseur de la Wallonie, je me suis autoproclamé son ambassadeur au sein de mon parti. A l'occasion de sa dernière interview, je lui ai adressé un texto : " Mes félicitations, Monsieur Lutgen : à aucun moment, vous n'avez employé le mot N-VA ! " (rires). Je l'ai déjà invité à deux reprises à venir discuter avec moi au parlement flamand : je n'ai jamais eu de réaction de sa part, ni de la part de Catherine Fonck (CDH). En revanche, j'ai déjà reçu Marie-Dominique Simonet (CDH), Christine Defraigne (MR), Patrick Dupriez (Ecolo), Monsieur Collignon père (PS), Emilie Hoyos (Ecolo). Mais je ne désespère pas : je viens de séjourner dans la région de Bastogne et j'ai envoyé à Benoît Lutgen un texto pour lui dire tout le bien que je pensais de sa région et de la " belle et chaleureuse Wallonie ". Cette fois, il m'a aussitôt répondu par un mot de remerciement. Trop peu. Sous la législature précédente, j'ai lancé l'idée d'organiser des réunions de travail communes entre commissions des parlements régionaux. Cela va se faire sur la mobilité à Bruxelles et autour de la capitale. Dommage que pour le Ceta, ce processus ne se soit pas fait. Au lieu de tout apprendre par les journaux, il aurait mieux valu que les députés régionaux du nord et du sud du pays confrontent leurs idées sur le Ceta, entendent les points de vue et les besoins de la Wallonie comme de la Flandre. Il faut créer des espaces de rencontre et de discussion par-delà la frontière linguistique et on n'a pas besoin d'un Sénat pour que les parlements régionaux discutent entre eux. Prenons la politique aéroportuaire : la Flandre et ses aéroports d'Ostende et d'Anvers ont beaucoup à apprendre de ce qui se fait à Charleroi et à Bierset.