Que la télé fabrique des stéréotypes, on le savait. Que les chaînes ne soient pas à la pointe côté égalité homme-femme ou recrutement et médiatisation de personnes issues de la diversité, on s'en doutait aussi. Par contre, on aurait espéré une plus franche évolution sur ces questions entre le précédent baromètre réalisé par le CSA en 2013 et celui de 2018. A lire le rapport du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, on déchante. Les rares évolutions se mesurent en "sauts de puces" et voisinent avec des stagnations décevantes et des régressions inquiétantes. Avec pour toutes les catégories pénalisées une persistante sous-représentation, en fort décalage avec la réalité sociologique belge. L'étude présentée ce mardi a balayé 644 heures de programmes en mai 2017 de 23 chaînes télés actives en Fédération Wallonie-Bruxelles (sans pointer bons et mauvais élèves, neutralité oblige) et analysé 82.961 intervenant(e)s sur écran. Cinq reflets du miroir dé...

Que la télé fabrique des stéréotypes, on le savait. Que les chaînes ne soient pas à la pointe côté égalité homme-femme ou recrutement et médiatisation de personnes issues de la diversité, on s'en doutait aussi. Par contre, on aurait espéré une plus franche évolution sur ces questions entre le précédent baromètre réalisé par le CSA en 2013 et celui de 2018. A lire le rapport du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, on déchante. Les rares évolutions se mesurent en "sauts de puces" et voisinent avec des stagnations décevantes et des régressions inquiétantes. Avec pour toutes les catégories pénalisées une persistante sous-représentation, en fort décalage avec la réalité sociologique belge. L'étude présentée ce mardi a balayé 644 heures de programmes en mai 2017 de 23 chaînes télés actives en Fédération Wallonie-Bruxelles (sans pointer bons et mauvais élèves, neutralité oblige) et analysé 82.961 intervenant(e)s sur écran. Cinq reflets du miroir déformant. Femmes en hausse... mais au second planAvec 34,33%, les femmes restent largement sous-représentées à l'écran, tous genres confondus. On pourrait se réjouir que leur présence ait bondi depuis 2013 à 37,28% (+ 5,08%) dans les programmes d'information. Et même qu'elles se taillent 43,25% des rôles de journaliste-animatrice. Les pures journalistes seraient même 44,63%... Cependant, cette progression positive est atténuée par le fait qu'aujourd'hui les femmes journalistes sont plus au second plan dans les programmes d'info (46,95%). Côté magazines, elles sont davantage affectées aux "soft news" et les seuls créneaux où elles sont majoritaires sont la santé et le bien-être (51,67%). Ce même mécanisme progression quantitative/régression qualitative marque les fonctions comme porte-parole (28,23%) ou experte (20,56%). Globalement oui, les télés sollicitent un peu plus à l'écran les femmes qu'avant, mais comme... vox populi" (39,54%) cantonnée à l'affect, au pathos. De plus, 39,94% d'entre elles apparaissent sans mention de leur nom et qualité! Des personnes "diversement" appréciéesSale temps pour les Belges d'autres origines ethniques. Ils représentent 14,39%, en recul de 2,59%. Alors qu'en 2013 leur présence s'affirmait. La nouvelle enquête montre clairement que la représentation des personnes issues de la diversité connaît un coup d'arrêt et même un recul, tous programmes confondus : fiction (-6,89%), info (-4,50%) , magazines/doc (-4,22%), sport (-3,27%). Et, dans le rôle de journaliste-animateur, leur proportion a chuté en 5 ans de 9,94% à 3,78%, soit le créneau où il y a le moins de diversité des origines. Le recul se marque encore plus côté journalistes: de 11,11% à 2,61% ! Old, mais pas fashionLes personnes de 65 ans et plus sont sous-représentés de manière chronique à la télévision, alors qu'ils incarnent 18,5% de la société belge. A l'écran, ils ne constituent que 4,68% des intervenants. Et encore, comme les femmes, dans des rôles très stéréotypés, limités à un discours "vox populi" cultivant affect et expérience vécue. La tranche d'âge qui écrase toutes les autres reste les 19-34 ans totalisant 32,67% des individus relevés par l'enquête, néanmoins en tassement significatif depuis 5 ans vu qu'en en 2013, ils étaient pointé à 43,73%. Si le "jeunisme" a reculé, il s'est aussi masculinisé et a perdu de l'emprise sur la fonction de journaliste-animateur. Les handicapés marginalisés1,48%. C'est la micro-visibilité réservée aux personnes en situation de handicap par le média télé. En fiction ou sport, c'est la chute et en divertissement, l'invisibilité quasi totale. Seul frémissement, dans les programmes d'info, mais pour des témoignages "vox populi", "pathos" et "affect", associés au marqueur social "handicap" dans 40% des cas. Le handicapé est aussi écarté des rôles de prises de paroles valorisées comme journaliste, expert ou porte-parole.La pub, usine à stéréotypesEn complément à son "Baromètre", le CSA a eu l'excellente idée d'aussi questionner la représentation des femmes et des hommes dans la communication commerciale en télévision. Sur base de 3000 spots en access et en primetime sur 22 chaînes, de 1723 personnages analysés, le verdict est sans appel : la publicité continue à massivement entretenir des stéréotypes et assigner des rôles d'un autre âge. Au détriment de la femme, moins représentée, mais largement associée à passivité, douceur, beauté, soin et foyer. Ce faisant, la publicité a une énorme responsabilité et doit d'urgence évoluer. Comme le dit Joëlle Desterbecq, directrice des Etudes du CSA, "la pub dépose des traces dans les esprits. En mettant en scène et répétant sans cesse ces différences entre hommes et femmes, le récit publicitaire contribue à les conforter et les faire apparaître comme "naturelles" ". Fernand Letist