Y a-t-il du gaz, type comité de secteur, dans l'eau aux arômes wallons ? La toute récente réforme de la gouvernance à la Société wallonne des eaux (SWDE), telle que prévue par une note au conseil d'administration du 24 février dernier, pourrait le laisser penser. Eric Smit, le patron de cette entreprise publique autonome, mastodonte du captage et de la distribution d'eau - 1 400 travailleurs, 207 communes associées, deux tiers de la population desservie -, y félicite la gouvernance de sa société, fondée sur huit succursales. Mais, cherchez l'erreur, il se réjouit également que les principaux organes qui méritent ces félicitations soient appelés... à disparaître après 2018. " Un consensus semble se dégager " à ce sujet, explique, dans la note qui a fuité, le président du comité directeur.
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Y a-t-il du gaz, type comité de secteur, dans l'eau aux arômes wallons ? La toute récente réforme de la gouvernance à la Société wallonne des eaux (SWDE), telle que prévue par une note au conseil d'administration du 24 février dernier, pourrait le laisser penser. Eric Smit, le patron de cette entreprise publique autonome, mastodonte du captage et de la distribution d'eau - 1 400 travailleurs, 207 communes associées, deux tiers de la population desservie -, y félicite la gouvernance de sa société, fondée sur huit succursales. Mais, cherchez l'erreur, il se réjouit également que les principaux organes qui méritent ces félicitations soient appelés... à disparaître après 2018. " Un consensus semble se dégager " à ce sujet, explique, dans la note qui a fuité, le président du comité directeur. C'est que, à l'image de structures d'autres secteurs comme le gaz ou la télédistribution, la SWDE est le résultat, depuis sa constitution en 1986, de l'absorption d'intercommunales plus petites, accompagnée de l'installation de sous-structures locales, consultatives ou pas, où pullulent les mandats : la Wallonne des eaux rétribuait, en 2001, plus de 400 mandataires... Aujourd'hui, l'organigramme qui satisfait tant sa direction qu'elle va bientôt l'amputer a été institué en 2006, avec l'arrivée dans la société de trois intercommunales hennuyères. Il recense, en 2016, 224 mandataires, qui ont perçu un total de 728 224,17 euros de rémunérations sur le dernier exercice. Il prévoit une direction centrale, à Verviers, composée d'un comité de direction de quatre membres, d'un conseil d'administration de quinze représentants des communes et du gouvernement wallon, et abritant trois comités spécialisés (le comité stratégique, le comité de rémunération et le comité d'audit). Bien dotés en émoluments, fixes et variables, ces organes fonctionnent bien. Mais la SWDE attribue aussi à chacune des huit succursales qui collent au paysage hydrographique wallon un comité exécutif de maximum six membres, qui émane d'un conseil d'exploitation où siège au moins un membre par commune associée. Ces organes locaux ne sont pas, comme l'étaient les désormais fameux comités de secteur de Publifin, consultatifs - ils l'étaient, soit dit en passant, avant 2006... Ils sont aujourd'hui compétents pour déterminer les programmes de travaux, et pour attribuer certains marchés publics de distribution, mais pas les plus gros, qui se décident à Verviers (il y en aura, précise la note, pour 73 millions d'euros en 2017). Ces organes, certes, ont donc des compétences. Mais, de ces compétences, leurs membres s'en servent souvent peu, même s'ils en tirent parfois un peu d'argent. Car siéger au conseil d'administration de la SWDE ou dans un des huit comités exécutifs de ses succursales, ça se paie. A deux sources : leurs membres perçoivent une rémunération fixe, indépendante de leur taux d'absentéisme, et un jeton de présence pour chaque réunion. Dans les comités exécutifs, en fonction du rang et de la région (les bassins de la Haine et de la Sambre sont les plus généreux), un membre percevra un fixe de 3 000 à 8 000 euros annuels, et des jetons à hauteur de 250 à 500 euros par réunion - pas plus de six par an. C'est ainsi que certains élus encaissent sans trop assister, soit que l'intérêt de ces séances leur échappe, soit que l'intéressement qui les agrémente les démotive. Ainsi Frédéric Delnatte, échevin PS à Faimes, est-il vice-président du comité exécutif Meuse-Aval, et n'a assisté l'an dernier qu'à une réunion sur cinq du comité exécutif, et à une seule réunion sur trois du conseil d'exploitation, organisées le même jour. Il a perçu 5 007 euros sur l'exercice. " J'ai connu, dit-il, des problèmes de santé qui m'ont empêché d'être aussi assidu que les années précédentes. Et puis, ce travail ne se limite pas à participer à ces réunions : j'ai ainsi participé, une semaine durant, à des jurys d'examen pour constituer une réserve de recrutement, sans qu'on ne perçoive quoi que ce soit... " Jean-Marc Lecocq, ancien échevin MR de Mons, n'était, lui, à aucune des cinq réunions du comité exécutif Haine l'an dernier. Pour une raison simple, selon lui : leur inutilité. " C'est très sympa, on passe trente minutes comme des fidèles à écouter un officiant célébrer la messe, puis on boit un verre et on mange un sandwich, mais bon, que je sois là ou pas... " soupire-t-il, avant de, tout de même, préciser que " lorsque le MR était encore dans la majorité montoise, à la rigueur, c'était parfois intéressant ". Jean-Marc Lecocq est aussi administrateur de la SWDE elle-même, et présent, à Verviers, à dix CA sur onze et à quatre comités d'audit sur quatre en 2016, prestations pour lesquelles il a perçu 19 060 euros. Mais, au comité exécutif de son bassin, il n'aurait reçu qu'un jeton de présence... Son collègue au conseil communal de Mons, Bruno Rossi, n'a vice-présidé que deux des cinq séances des mêmes comités exécutifs. Montant de la rétribution affectée à ce taux de présence de 40 % : 8 134 euros. Le secteur Escaut-Lys-Dendre est des huit succursales, le plus rongé par l'absentéisme dans ses deux organes. Ainsi la bourgmestre CDH faisant fonction de Comines, Marie-Eve Desbuquoit, qui a dû succéder inopinément à un mayeur malade, n'a siégé dans aucun des comités exécutifs qu'elle est censée vice-présider, contre une rémunération de 2 626 euros, et le bourgmestre MR de Silly, Christian Leclercq, a participé à deux réunions sur les six du CE d'ELD, maigres participations qui lui valurent 5 017 euros. Autre championne de comités locaux, la bourgmestre MR de Courcelles, Caroline Taquin, a participé à trois réunions sur les six du comité exécutif du bassin de la Sambre. Elle en est pourtant la présidente, poste pour lequel la SWDE lui a versé 10 446 euros l'an dernier. La solution, pour colmater ces fuites, paraît couler de source : rémunérer systématiquement les mandataires au jeton de présence. Sauf que les conseils d'exploitation, dont les membres, eux, ne sont indemnisés qu'en fonction de leur participation aux débats, affichent des taux assez dramatiques d'absentéisme : 37 % d'absents en moyenne au conseil d'exploitation Meuse-Aval, 40 % pour Vesdre-Amblève, 20 % pour Meuse-Amont, 22 % pour Lesse-Ourthe-Semois, 33 % pour Haine, 40 % pour Escaut-Lys-Dendre, 30 % pour Sambre, et 35 % pour Senne-Dyle-Gette. Des figures connues localement, comme Françoise Fassiaux, bourgmestre PS de Chimay (Meuse-Amont), Daniel Stoffels, bourgmestre MR de Waimes (Vesdre-Amblève) ou Richard Lambert, échevin CDH de Florenville (Lesse-Ourthe-Semois) n'ont assumé aucune des convocations de l'année à leurs comités d'exploitation respectifs. Certes, ces absences répétées ne grèvent pas le budget de la SWDE. Mais elles posent la question de l'utilité de ces réunions, autant que celle de la légitimité des décisions qui y sont prises. C'est notamment ce qui explique que la direction de la Wallonne des eaux se soit penchée sur cet aspect-là de la gouvernance avec toute la gravité nécessaire. " On n'a pas décidé de repenser notre gouvernance, en particulier dans nos relations avec les représentants des communes associées, dans un mouvement de football-panique lié au scandale Publifin. On travaille à notre plan stratégique de réorganisation depuis 2012, et ces organes seront remodelés dès la prochaine législature communale ", dit Benoît Moulin, porte-parole de la SWDE, où l'on ne nie pas le problème d'absentéisme, mais où l'on en attribue, avant tout, " les responsabilités à l'éthique personnelle des mandataires désignés par les communes ". Autant dire que si l'argent ne les y pousse pas, lesdits mandataires peinent à trouver du temps à consacrer à la distribution de l'eau dans leur circonscription. Que faire, dès lors, de ces assemblées soit peu utiles, soit trop coûteuses ? " Le législateur a voulu, à raison, renforcer le lien de proximité de la société avec les communes associées, et nous y sommes très attachés ", pose-t-on à la SWDE. On ne supprimera donc pas les conseils d'exploitation, où toutes les communes sont nécessairement représentées. Mais bien, sans toucher au cadre législatif, les comités exécutifs : le décret de 2006 prévoit que les premiers peuvent installer les seconds. Ils ne le feront plus. Et la SWDE encouragera les communes à plutôt désigner des mandataires de leur majorité, voire même plutôt leur bourgmestre ou leur échevin des travaux, à la fois pour des raisons d'expertise et de poids politique local. Les municipalités suivront, pour autant qu'elles le désirent. Et sinon ? " Nous n'avons pas de prise sur le libre-arbitre des mandataires. " Comme un résumé du mal wallon, on vous disait.