Trente ans après, à l'affiche du Théâtre de Paris jusqu'en janvier avant une tournée, les créateurs de "Palace", le metteur en scène Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio, membre de l'équipe historique de Hara-Kiri et Charlie Hebdo, signent une irrésistible version scénique qui n'a rien perdu de la puissance comique de la série basée sur l'absurde, le cynisme et la dérision. "Sans nostalgie, j'ai simplement eu l'envie de laisser s'échapper sur scène la folie de ce 'Palace' qui ne m'a jamais quitté. Dans tout ce que je fais, il y a un peu de 'Palace'. Au Théâtre du Rond-Point, c'est aussi un peu 'Palace'!", confie Jean-Michel Ribes. "Avec Jean-Marie Gourio, on a gardé intact l'esprit mais en bousculant un peu les choses avec une nouvelle troupe sans têtes d'affiche. La star, c'est 'Palace'! dans une irrévérence joyeuse", ajoute le metteur en scène. Jean Carmet, Jacqueline Maillan, Claude Piéplu, Darry Cowl, Pierre Mondy, Valérie Lemercier et François Morel ont compté parmi les comédiens récurrents de la série TV de Canal+ qui n'a compté que 6 épisodes de 90 minutes de 1988 à 1989, multi-rediffusés depuis. "Si l'humour peut se démoder, l'absurdité jamais! C'est un rire de résistance. Hier comme aujourd'hui, 'Palace' est une issue de secours dans ce monde gris et formaté. C'est aussi une lutte à mort contre l'esprit de sérieux, ce cholestérol de l'imaginaire", estime Jean-Michel Ribes. La série raconte les tribulations des personnages d'un palace avec une succession de sketches. Sur scène, le directeur de l'hôtel, l'homme aux clés d'or, les grooms et Lady Palace reprennent du service, tout comme le client râleur qui, version 2019, est... une cliente. L'actualité s'invite aussi, notamment à l'occasion d'une prise d'otages des clients du palace menacés de voir leurs suites réquisitionnées pour accueillir des migrants. Le mouvement #Meetoo est abordé avec cynisme: une prostituée nue livrée comme un morceau de viande, se voit refuser l'entrée du palace. "Dans les années 90, on assistait à une envolée de l'argent et du bling-bling. Aujourd'hui, rien n'a vraiment changé au passage... Les migrants représentent un vrai sujet d'humanité, sans être donneur de leçon", estime Jean-Michel Ribes. Pour cette adaptation théâtrale, Ribes et Gourio ont choisi de raconter une journée au palace, du lever du soleil à la nuit tombée. Retrouvant les mêmes décors, chorégraphies et musiques que la série TV, le spectateur a l'impression d'assister à un tournage en condition du direct d'un épisode inédit, les caméras en moins, dans un tourbillon de bons mots et de situations toujours aussi cocasses, dont une scène inédite dans le spa du palace. Les célèbres leçons de maintien sont de retour : comment péter dans la soie ou organiser une partouze avec élégance... Inspirée de l'émission italienne "Grand Hôtel" d'Alessio Goria, "Palace" qui a contribué au succès de Canal+, devait connaître une deuxième saison à la TV dans le cadre d'une coproduction avec le service public. "Claude Contamine était PDG d'Antenne 2 mais il a quitté ses fonctions l'été 1989. Le temps que le nouveau responsable soit désigné, tous les contrats ont été suspendus", raconte M. Ribes. "Au bout de trois mois, Christian Fechner, notre producteur, a été contraint de détruire les décors en raison des coûts de gardiennage. La série s'est arrêtée...". (Belga)