La course pour dames faisait 110 kilomètres de moins que celle des hommes, un écart de distance qui ne s'explique pas uniquement par la différence de morphologie. " Il existe certainement des femmes capables d'affronter un tel parcours, mais une grande partie d'entre elles n'a pas le luxe de s'adonner à plein temps à ce sport ", témoigne dans De Morgen, Annemiek van Vleuten.
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La course pour dames faisait 110 kilomètres de moins que celle des hommes, un écart de distance qui ne s'explique pas uniquement par la différence de morphologie. " Il existe certainement des femmes capables d'affronter un tel parcours, mais une grande partie d'entre elles n'a pas le luxe de s'adonner à plein temps à ce sport ", témoigne dans De Morgen, Annemiek van Vleuten. Dans une discipline que la culture a dévolue aux hommes, les contrats accordés aux femmes sont rares. Et une fois obtenus, ils ne permettent guère d'en vivre. Régulièrement, les conditions ne sont pas respectées, les frais parfois pas remboursés. Les caisses soudainement vides. Les coureuses doivent alors choisir : arrêter la compétition et ne rien percevoir ou assumer les dépenses, tels que les déplacements et le logement. Face au dilemme, beaucoup n'osent pas se plaindre, par peur de perdre leur place dans l'équipe. Cette même crainte les pousse souvent à payer elles-mêmes les frais, quitte à arriver éreintées sur les lieux de la course, après un long voyage effectué en autocar. Sans grand étonnement, qui dit femmes dit aussi sexisme. Les histoires de masseurs bénévoles ne se comptent plus, tout comme celles de manageurs critiquant le physique des coureuses ou jouant la carte de l'intimidation. Mais la passion de ces sportives les incite à poursuivre coûte que coûte. En bout de course, la récompense est pourtant loin d'en valoir la chandelle. Alors que les participants au Tour des Flandres se partagent 50 000 euros, dont 20 000 attribués au vainqueur, les participantes doivent se redistribuer 5 765 euros et la gagnante se contenter de 1 265. Lors des épreuves plus modestes, le montant du trophée accordé aux dames en devient ridicule... " A peine de quoi inviter mon compagnon à dîner ", raconte l'une d'elles. Il y a six ans, l'Union cycliste internationale (UCI) a appelé les organisateurs de compétitions à offrir une récompense identique aux hommes et aux femmes. Mis à part en Australie ou en Grande-Bretagne, peu d'entre eux ont suivi la consigne, arguant que le cyclisme féminin était moins regardé et attirait dès lors moins de sponsors. Cette année pourtant, pas moins de 516 000 spectateurs ont suivi les coureuses de Gand-Wevelgem. Un chiffre encourageant, sachant que la commercialisation et la médiatisation du cyclisme féminin offriraient une solution financière structurelle. En attendant, une autre mesure pourrait changer la donne : dès 2020, les équipes devront payer un salaire annuel minimum de 15 000 euros à leurs coureuses, un montant qui passera à 27 000 euros trois ans plus tard. C'est plus ou moins ce que gagne un coureur masculin de deuxième division. Mais la somme permettra à un nombre plus important de femmes de vivre enfin de leur passion.