La chronique de Bart De Wever sur la collaboration a provoqué la colère des francophones. Malgré tout, les négociations sur la réforme de l'Etat se poursuivent. Ont-elles encore une chance d'aboutir ?

Marcel Cheron : Je dirais 50-50. Mais je pense qu'à un moment, les masques doivent tomber. On ne peut pas, à la N-VA, continuer éternellement ce petit jeu où on ne dévoile pas les cartes.

La N-VA a-t-elle joué fair-play depuis l'entame des négociations ? Je n'ai pas trouvé que c'était fair-play. Revenir sur des paroles données, ce n'est jamais bon.

Vous faites référence à l'engagement qu'aurait pris Bart De Wever de ne pas demander une révision de la loi de financement ?
C'est un exemple. Mais il y a eu plein d'exemples. Même en ce qui concerne le périmètre, ce qui est sur la table, dans l'esprit de certains à la N-VA, ce n'est jamais terminé. Il y a là une façon de négocier un peu insupportable.

Rencontrer Didier Reynders, le président du MR, au restaurant Bruneau, c'était incorrect de la part de Bart De Wever ?

Bien entendu. C'était non seulement incorrect, mais à partir du moment où des fuites révèlent la rencontre, cela devient soit de la perversité, soit de l'imbécilité. C'est peut-être d'ailleurs les deux.

Vous avez participé à presque toutes les négociations institutionnelles depuis vingt ans. Aviez-vous déjà connu de telles déloyautés ?

A ce point-là, non.

La méfiance de la N-VA, qui exige notamment les copies écrites des textes en discussion, cela vous paraît déplacé ?

A la fin, oui. Nous sommes arrivés aux négociations de bonne foi, prêts à aller beaucoup plus loin que toutes les fois précédentes. Le préformateur a agi avec beaucoup de patience. Mais, à un moment, la N-VA a manifestement choisi une autre stratégie. Une stratégie soit pour faire capoter, soit pour engranger bien au-delà de ce qui est raisonnable si on veut un accord équilibré.

Si c'était une stratégie pour faire capoter, les derniers événements semblent la démentir : la N-VA a repris les négociations.

Permettez-moi quand même de rester fort réservé. J'attends la fin du marathon pour désigner le vainqueur éventuel. Travaille-t-on encore dans le schéma belge ? Ou sommes-nous déjà dans un autre schéma, où le modèle belge est oublié ? C'est un peu l'ambigüité des discussions actuelles, et c'est un peu le dilemme des francophones. Parce qu'on ne négocie pas de la même manière dans les deux cas.

Entretien : François Brabant et Pierre Havaux

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Le Vif/L'Express du vendredi 23 septembre.

La chronique de Bart De Wever sur la collaboration a provoqué la colère des francophones. Malgré tout, les négociations sur la réforme de l'Etat se poursuivent. Ont-elles encore une chance d'aboutir ? Marcel Cheron : Je dirais 50-50. Mais je pense qu'à un moment, les masques doivent tomber. On ne peut pas, à la N-VA, continuer éternellement ce petit jeu où on ne dévoile pas les cartes.La N-VA a-t-elle joué fair-play depuis l'entame des négociations ? Je n'ai pas trouvé que c'était fair-play. Revenir sur des paroles données, ce n'est jamais bon. Vous faites référence à l'engagement qu'aurait pris Bart De Wever de ne pas demander une révision de la loi de financement ? C'est un exemple. Mais il y a eu plein d'exemples. Même en ce qui concerne le périmètre, ce qui est sur la table, dans l'esprit de certains à la N-VA, ce n'est jamais terminé. Il y a là une façon de négocier un peu insupportable. Rencontrer Didier Reynders, le président du MR, au restaurant Bruneau, c'était incorrect de la part de Bart De Wever ? Bien entendu. C'était non seulement incorrect, mais à partir du moment où des fuites révèlent la rencontre, cela devient soit de la perversité, soit de l'imbécilité. C'est peut-être d'ailleurs les deux. Vous avez participé à presque toutes les négociations institutionnelles depuis vingt ans. Aviez-vous déjà connu de telles déloyautés ? A ce point-là, non. La méfiance de la N-VA, qui exige notamment les copies écrites des textes en discussion, cela vous paraît déplacé ? A la fin, oui. Nous sommes arrivés aux négociations de bonne foi, prêts à aller beaucoup plus loin que toutes les fois précédentes. Le préformateur a agi avec beaucoup de patience. Mais, à un moment, la N-VA a manifestement choisi une autre stratégie. Une stratégie soit pour faire capoter, soit pour engranger bien au-delà de ce qui est raisonnable si on veut un accord équilibré.Si c'était une stratégie pour faire capoter, les derniers événements semblent la démentir : la N-VA a repris les négociations. Permettez-moi quand même de rester fort réservé. J'attends la fin du marathon pour désigner le vainqueur éventuel. Travaille-t-on encore dans le schéma belge ? Ou sommes-nous déjà dans un autre schéma, où le modèle belge est oublié ? C'est un peu l'ambigüité des discussions actuelles, et c'est un peu le dilemme des francophones. Parce qu'on ne négocie pas de la même manière dans les deux cas. Entretien : François Brabant et Pierre Havaux Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Le Vif/L'Express du vendredi 23 septembre.