C'est un dynamitage vieux de 70 ans qui secoue toujours. A sa seule évocation, le coeur du flamingant le plus endurci se serre, tant l'outrage infligé lui reste en mémoire. Ce n'est pas un dirigeant politique du combat flamand que l'on a assassiné au sortir de la Seconde Guerre mondiale, mais son symbole taillé dans la pierre que l'on a liquidé.
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C'est un dynamitage vieux de 70 ans qui secoue toujours. A sa seule évocation, le coeur du flamingant le plus endurci se serre, tant l'outrage infligé lui reste en mémoire. Ce n'est pas un dirigeant politique du combat flamand que l'on a assassiné au sortir de la Seconde Guerre mondiale, mais son symbole taillé dans la pierre que l'on a liquidé. On s'y est même repris à deux fois pour pulvériser la Tour de l'Yser. Le 15 juin 1945, un premier attentat à l'explosif l'endommage gravement. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1946, un second dynamitage achève de la réduire en poussières. Qui a osé ce geste sacrilège contre ce monument, édifié de 1928 à 1930 sur la plaine de Dixmude en hommage aux soldats flamands tombés durant la Grande Guerre ? La traque aux auteurs et à leurs commanditaires tourne court. La justice fait aveu d'impuissance. Les suspects arrêtés bénéficient d'un non-lieu en 1951, l'instruction judiciaire se clôture définitivement trois ans plus tard. Affaire classée. Elle rejoint le dossier Lahaut au rayon des embrouilles politiques non élucidées de l'histoire de Belgique. Le mouvement flamand ne tourne pas la page, à l'ombre de la nouvelle tour édifiée sur les bords de l'Yser et décrétée en 1987 " Mémorial de l'Emancipation flamande ". Il rumine toujours l'acte malveillant. Tout indique que les auteurs de l'attentat étaient des militaires, plus que probablement issus du service de déminage car experts en maniement de charges explosives. Le fin mot de l'histoire ne fait plus un pli : l'enquête judiciaire a été sabotée, l'affaire étouffée à coup d'intrigues politico- judiciaires. C'est le mouvement flamand qu'on a voulu frapper en détruisant le symbole de sa lutte pour l'indépendance de la Flandre. La version des faits attend toujours un visa officiel, scientifiquement validé, à même de confirmer, d'infirmer ou de nuancer le soupçon relayé par Brecht Vermeulen : " Le fait que l'enquête n'ait mené à rien nourrit le sentiment au sein du Mouvement flamand que l'Etat belge, en pleine période de répression de la collaboration, n'a délibérément rien entrepris pour trouver les auteurs. " Elu depuis mai 2014 seulement, ce député fédéral N-VA de 45 ans a le bras long. Il est en passe de décrocher ce que le Vlaams Blok/Belang n'a jamais réussi à obtenir en s'entêtant à réclamer une commission d'enquête parlementaire : le lancement d'une investigation historique au-dessus de la mêlée. Le parti nationaliste flamand a désormais ses entrées au gouvernement fédéral, et c'est une de ses secrétaires d'Etat, Elke Sleurs, qui a la main sur la Politique scientifique. Voilà qui ouvre des portes. Et qui aide à lever toute objection éventuelle à confier aux mains expertes du Cegesoma, qui vient de superviser une étude de haute tenue sur " l'affaire Lahaut ", le soin de piloter l'élucidation de ce dynamitage. Récup politique ? Brecht Vermeulen désamorce : l'enjeu, assure-t-il, n'a plus rien de politiquement significatif mais il reste " d'un intérêt historique et moral certain ". Et d'un profit évident pour la N-VA si elle peut offrir au nez et à la barbe du Belang cette clarté historique aux nationalistes flamands à l'occasion du 70e anniversaire de la destruction de la tour, l'an prochain. Elke Sleurs croise les doigts : " Ce sera l'occasion rêvée de rappeler les circonstances exactes dans lesquelles ce dynamitage a eu lieu. " Et de jeter une pierre de plus dans le jardin belgicain.