Au sein de l'Open Vld , tout le monde n'est pas ravi de la tournure que prennent les évènements. Au point que la révolution gronde. Si la tête du parti semble de plus en plus tentée par une coalition arc-en-ciel, la base semble encore tenir à une coalition qui inclurait la N-VA. "Tout va dépendre du texte final que Magnette va mettre sur la table", dit une source haut placée au Morgen. D'autant plus que le nom de Gwendolyn Rutten circule pour reprendre le flambeau à Magnette comme formatrice d'un gouvernement violet-vert.

Mais cette nouvelle risque d'être très mal accueillie par la base, surtout auprès des bourgmestres. Dans le giron local, la résistance reste effectivement énorme. Ainsi, selon une enquête de Het Laatste Nieuws, une majorité d'entre eux a indiqué que la piste jaune-violet, avec N-VA et sans les Verts, devait être explorée en priorité. Le groupe parlementaire du parti est exactement sur la même ligne. Le député Christian Leysen a encore plaidé cette semaine sur Radio 1 pour que Bart De Wever soit envoyé sur le terrain. Un coup d'esbroufe qui a rapidement été mouché par un cinglant "Il a parlé en son nom propre, que ce soit clair", venu d'en haut lieu précise De Standaard.

Une note encore trop rouge

Pour la première fois, Magnette a présenté mercredi des tableaux budgétaires. Le scénario le plus dur repose sur le retour à l'équilibre budgétaire en 2024, ce qui signifierait un effort de 13,4 milliards d'euros. Le scénario le plus doux repose sur un déficit de 2,4% à cette échéance, ce qui implique un effort d'assainissement beaucoup plus réduit. Dans les scénarios intermédiaires, le déficit serait ramené à 2% en 2024, 1,8% et 0,8%.

Paul Magnette © BELGA IMAGE

Mais ce n'est pas assez pour de nombreux membres du parti où l'on craint trop peu de réformes du marché du travail. La note actuelle serait toujours trop rouge malgré quelques accents bleutés.

Par ailleurs, des universitaires et les organisations d'employeurs augmentent également la pression sur la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten. Stijn Baert, professeur d'économie du travail à Gand, qualifie les textes de Magnette de "fléau pour la Flandre". Son collègue anversois Ive Marx parle lui d'"irresponsabilité à couper le souffle".

La fédération des entrepreneurs flamands a elle aussi recalé jeudi une bonne partie des propositions reprises dans les notes de l'informateur Paul Magnette. Le Voka pose quatre critères pour évaluer ces propositions: un cadre de budgétaire responsable, le maintien des réformes entreprises sous la législature précédente, l'absence d'"aventure" sociale ou énergétique et un soutien à la dynamique des gouvernements régionaux. "Bon nombre des propositions et plans qui ont fuité jusqu'à présent dans la presse ne passent tout simplement pas le test de ces quatre critères. Nous allons plus reculer qu'avancer", déclare le Voka dans un communiqué. "Repousser l'indispensable assainissement jusqu'en 2024 n'est pas une option", tranche la fédération patronale. Pour elle, il n'est pas question non plus de revenir en arrière sur le report à 67 ans de l'âge légal de la retraite (la deuxième note de M. Magnette ne va pas dans ce sens, ndlr), la réforme de l'impôt des sociétés, la loi sur la compétitivité des entreprises et la réduction des cotisations patronales. "Gardons nous aussi des aventures", ajoute-t-elle. La FEB avait également jugé sévèrement les propositions de l'informateur, estimant qu'elles "s'écartaient de la bonne direction".

Pour calmer les angoisses, on argue à la tête du parti que la note finale se teintera de bleu avec un formateur libéral. En reprenant l'exemple de la note de départ flamande de Bart De Wever, qui "était baignée dans un nationalisme romantique, mais est devenue beaucoup plus bleue par la suite".

Quid du CD&V ?

Dans la danse nuptiale, il faut aussi veiller à ne pas trop froisser un autre partenaire flamand. En effet sans le CD&V, il n'y a qu'un seul siège excédentaire et il n'y a pas de majorité du côté néerlandophone. Pour une majorité stable, Magnette a besoin du CD&V. Or jusqu'à présent, le CD&V se braque toujours sur une participation de la N-VA. Le CD&V n'en démord pas: la N-VA doit recevoir sa chance dans le processus de formation d'un gouvernement fédéral, a encore confirmé vendredi le négociateur des chrétiens-démocrates flamands, Koen Geens, sur les ondes de la VRT radio ("De Ochtend"). "Pour la stabilité du pays, il est important d'avoir une majorité côté flamand", répète-t-il, alors qu'une coalition arc-en-ciel serait largement minoritaire dans le groupe linguistique néerlandophone.

© Belga

Le parti nationaliste flamand avait déjà été sollicité par le roi Philippe lors de la mission d'information menée en duo par Geert Bourgeois (N-VA) et Rudy Demotte (PS), qui s'était soldée par un échec. Le CD&V dit éprouver des difficultés tant concernant le contenu de la note de l'informateur que sur la manière dont les pourparlers sont menés. "Nous ne nous sommes jamais assis avec plusieurs partis autour de la table. Je suis toujours dépendant de ce que les autres disent des autres", se plaint d'ailleurs M. Geens.

Ainsi Koen Geens vient encore de plaider pour qu'on passe le flambeau à Bart De Wever en sachant que l'intéressé s'est déjà proposé pour endosser ce rôle. L'idée derrière est de pousser la N-VA à sortir du bois et qu'elle indique clairement si elle souhaite rejoindre l'armée fédérale ou non. Un avis partagé par le nouveau président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui a également demandé des éclaircissements aux nationalistes flamands. Au CD&V, ils n'ont aussi que peu goûté la note indiquant que les hôpitaux seraient obligés d'offrir l'euthanasie. Dans la dernière note qui a fuité, ce passage aurait été supprimé révèle De Standaard.

Autre grief: la liberté laissée au Parlement pour avancer sur les dossiers éthiques ne convient pas au parti, qui préférerait que les décisions restent à l'initiative du gouvernement. Le CD&V se dit aussi inquiet sur les aspects budgétaires. Le CD&V se sent "un peu pris de vitesse, à un moment crucial pour notre parti" qui doit désigner ce vendredi soir son nouveau président. Le vainqueur confirmera le point de vue exprimé par M. Geens, assure ce dernier. Car c'est ce qu'a convenu jeudi soir la direction du parti avec les deux candidats restants en lice, Sammy Mahdi et Joachim Coens.

Toutes ces manoeuvres et les nombreuses fuites de la semaine n'ont pas empêché Magnette de garder le cap après une rencontre avec les six partis de l'arc-en-ciel mercredi. Même la N-VA devrait être entendue, bien que le parti affirme ne pas encore avoir reçu d'invitation. Lundi, quoi qu'il en soit, le couperet devrait tomber rapidement puisque Magnette remettra probablement sa mission au roi. Et c'est l'Open Vld qui détient assurément la clé pour la prochaine étape. Ou comme l'a encore précisé la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld) : Lundi, ça passera ou ça cassera".

Au sein de l'Open Vld , tout le monde n'est pas ravi de la tournure que prennent les évènements. Au point que la révolution gronde. Si la tête du parti semble de plus en plus tentée par une coalition arc-en-ciel, la base semble encore tenir à une coalition qui inclurait la N-VA. "Tout va dépendre du texte final que Magnette va mettre sur la table", dit une source haut placée au Morgen. D'autant plus que le nom de Gwendolyn Rutten circule pour reprendre le flambeau à Magnette comme formatrice d'un gouvernement violet-vert.Mais cette nouvelle risque d'être très mal accueillie par la base, surtout auprès des bourgmestres. Dans le giron local, la résistance reste effectivement énorme. Ainsi, selon une enquête de Het Laatste Nieuws, une majorité d'entre eux a indiqué que la piste jaune-violet, avec N-VA et sans les Verts, devait être explorée en priorité. Le groupe parlementaire du parti est exactement sur la même ligne. Le député Christian Leysen a encore plaidé cette semaine sur Radio 1 pour que Bart De Wever soit envoyé sur le terrain. Un coup d'esbroufe qui a rapidement été mouché par un cinglant "Il a parlé en son nom propre, que ce soit clair", venu d'en haut lieu précise De Standaard. Pour la première fois, Magnette a présenté mercredi des tableaux budgétaires. Le scénario le plus dur repose sur le retour à l'équilibre budgétaire en 2024, ce qui signifierait un effort de 13,4 milliards d'euros. Le scénario le plus doux repose sur un déficit de 2,4% à cette échéance, ce qui implique un effort d'assainissement beaucoup plus réduit. Dans les scénarios intermédiaires, le déficit serait ramené à 2% en 2024, 1,8% et 0,8%. Mais ce n'est pas assez pour de nombreux membres du parti où l'on craint trop peu de réformes du marché du travail. La note actuelle serait toujours trop rouge malgré quelques accents bleutés. Par ailleurs, des universitaires et les organisations d'employeurs augmentent également la pression sur la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten. Stijn Baert, professeur d'économie du travail à Gand, qualifie les textes de Magnette de "fléau pour la Flandre". Son collègue anversois Ive Marx parle lui d'"irresponsabilité à couper le souffle". La fédération des entrepreneurs flamands a elle aussi recalé jeudi une bonne partie des propositions reprises dans les notes de l'informateur Paul Magnette. Le Voka pose quatre critères pour évaluer ces propositions: un cadre de budgétaire responsable, le maintien des réformes entreprises sous la législature précédente, l'absence d'"aventure" sociale ou énergétique et un soutien à la dynamique des gouvernements régionaux. "Bon nombre des propositions et plans qui ont fuité jusqu'à présent dans la presse ne passent tout simplement pas le test de ces quatre critères. Nous allons plus reculer qu'avancer", déclare le Voka dans un communiqué. "Repousser l'indispensable assainissement jusqu'en 2024 n'est pas une option", tranche la fédération patronale. Pour elle, il n'est pas question non plus de revenir en arrière sur le report à 67 ans de l'âge légal de la retraite (la deuxième note de M. Magnette ne va pas dans ce sens, ndlr), la réforme de l'impôt des sociétés, la loi sur la compétitivité des entreprises et la réduction des cotisations patronales. "Gardons nous aussi des aventures", ajoute-t-elle. La FEB avait également jugé sévèrement les propositions de l'informateur, estimant qu'elles "s'écartaient de la bonne direction". Pour calmer les angoisses, on argue à la tête du parti que la note finale se teintera de bleu avec un formateur libéral. En reprenant l'exemple de la note de départ flamande de Bart De Wever, qui "était baignée dans un nationalisme romantique, mais est devenue beaucoup plus bleue par la suite".Dans la danse nuptiale, il faut aussi veiller à ne pas trop froisser un autre partenaire flamand. En effet sans le CD&V, il n'y a qu'un seul siège excédentaire et il n'y a pas de majorité du côté néerlandophone. Pour une majorité stable, Magnette a besoin du CD&V. Or jusqu'à présent, le CD&V se braque toujours sur une participation de la N-VA. Le CD&V n'en démord pas: la N-VA doit recevoir sa chance dans le processus de formation d'un gouvernement fédéral, a encore confirmé vendredi le négociateur des chrétiens-démocrates flamands, Koen Geens, sur les ondes de la VRT radio ("De Ochtend"). "Pour la stabilité du pays, il est important d'avoir une majorité côté flamand", répète-t-il, alors qu'une coalition arc-en-ciel serait largement minoritaire dans le groupe linguistique néerlandophone. Le parti nationaliste flamand avait déjà été sollicité par le roi Philippe lors de la mission d'information menée en duo par Geert Bourgeois (N-VA) et Rudy Demotte (PS), qui s'était soldée par un échec. Le CD&V dit éprouver des difficultés tant concernant le contenu de la note de l'informateur que sur la manière dont les pourparlers sont menés. "Nous ne nous sommes jamais assis avec plusieurs partis autour de la table. Je suis toujours dépendant de ce que les autres disent des autres", se plaint d'ailleurs M. Geens. Ainsi Koen Geens vient encore de plaider pour qu'on passe le flambeau à Bart De Wever en sachant que l'intéressé s'est déjà proposé pour endosser ce rôle. L'idée derrière est de pousser la N-VA à sortir du bois et qu'elle indique clairement si elle souhaite rejoindre l'armée fédérale ou non. Un avis partagé par le nouveau président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui a également demandé des éclaircissements aux nationalistes flamands. Au CD&V, ils n'ont aussi que peu goûté la note indiquant que les hôpitaux seraient obligés d'offrir l'euthanasie. Dans la dernière note qui a fuité, ce passage aurait été supprimé révèle De Standaard. Autre grief: la liberté laissée au Parlement pour avancer sur les dossiers éthiques ne convient pas au parti, qui préférerait que les décisions restent à l'initiative du gouvernement. Le CD&V se dit aussi inquiet sur les aspects budgétaires. Le CD&V se sent "un peu pris de vitesse, à un moment crucial pour notre parti" qui doit désigner ce vendredi soir son nouveau président. Le vainqueur confirmera le point de vue exprimé par M. Geens, assure ce dernier. Car c'est ce qu'a convenu jeudi soir la direction du parti avec les deux candidats restants en lice, Sammy Mahdi et Joachim Coens.Toutes ces manoeuvres et les nombreuses fuites de la semaine n'ont pas empêché Magnette de garder le cap après une rencontre avec les six partis de l'arc-en-ciel mercredi. Même la N-VA devrait être entendue, bien que le parti affirme ne pas encore avoir reçu d'invitation. Lundi, quoi qu'il en soit, le couperet devrait tomber rapidement puisque Magnette remettra probablement sa mission au roi. Et c'est l'Open Vld qui détient assurément la clé pour la prochaine étape. Ou comme l'a encore précisé la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open Vld) : Lundi, ça passera ou ça cassera".