Retranchée au bout d'un court chemin parsemé de matériel agricole, la petite bâtisse blanche aux portes vertes ressemble à un vieux poste de garde surpris de sa propre pérennité. A l'entrée, un panneau en bois fatigué par la pluie indique l'accès au site du FC Eprave, l'un des deux clubs de foot de la commune de Rochefort, en province de Namur. Le brouhaha de la buvette, malgré le froid, contraste avec la torpeur que suggère ce cadre décrépi. Dans un vestiaire minuscule, une petite dizaine de jeunes lacent leurs chaussures. Accès interdit, jusqu'à nouvel ordre, au terrain A. La Ville y a injecté 5 000 euros l'année dernière, pour le maintenir dans un état décent. Le moindre entraînement ruinerait les efforts de plusieurs mois. En quelques pas spongieux, les joueurs gagnent donc ce qu'il reste du terrain B, recouvert d'une gigantesque flaque. "Comme il appartient au fermier d'en face, on ne peut rien faire de plus pour l'entretenir", soupire Sébastien Boidequin, le "CQ" (correspondant qualifié) un brin dépité du FC Eprave.

Deux vestiaires pour les 14 équipes du club, du chauffage "quand il y en a" et un toit plus ou moins étanche, "sauf quand il pleut très fort". Malgré la vétusté des installations, construites il y a 50 ans, le nombre de jeunes augmente d'année en année. Cette saison, ils sont près de 170. Le sort de la petite buvette semble pourtant conduire vers une impasse. Pour financer une hypothétique rénovation, le club devrait assumer 12,5 % du montant global, c'est-à-dire plusieurs dizaines de milliers d'euros. "Impossible !", résume Sébastien Boidequin. Seule lueur dans la grisaille : d'ici un an ou deux, si tout va bien, les joueurs pourront évoluer en partie sur un terrain synthétique commun à quelques kilomètres de là. La Ville compte introduire un dossier en ce sens auprès d'Infrasports, l'administration chargée de centraliser les demandes de subsides pour les installations sportives en Wallonie.

La situation du FC Eprave illustre une infime facette de la galère que vivent, tant en Wallonie qu'à Bruxelles, plusieurs milliers de sportifs sur les 620 000 affiliés que comptent les fédérations. Quels leviers actionner, dès lors que les cotisations des membres et le sponsoring privé, quand il existe, ne permettent pas de maintenir une infrastructure sportive à flot ? Ce 18 février, pour soulager cette course harassante aux financements, deux hockeyeurs de haut niveau lancent RisingTrack, une nouvelle plateforme de crowdfunding (financement participatif) destinée à l'ensemble des clubs et des sportifs de Belgique (www.risingtrack.com).

Le contraste des pays voisins

Le principe du site web, volontairement mis en ligne à quelques mois des Jeux olympiques de Rio, consistera à convaincre des donateurs de participer au financement d'un projet sportif dont le montant maximal atteint 10 000 euros. "Le temps que les sportifs doivent consacrer à la recherche de financements les détourne de leur objectif premier : s'entraîner dans les meilleures conditions possibles", constate Morgane Vouche, cofondatrice de RisingTrack avec Jérôme Truyens, tous deux joueurs de hockey repris dans la sélection nationale (Red Lions). "Quand on voit ce qui se fait autour de nous, par exemple en Allemagne ou aux Pays-Bas, la qualité des infrastructures et la valorisation des performances prennent une tout autre dimension."

La nature des obstacles rencontrés chez nous diffère en fonction de la discipline pratiquée. Dans l'attente d'un terrain synthétique subsidié de 700 000 euros (dont 300 000 en part communale), le Rugby Namur XV évolue sur un "champ de patate", comme le résume son président, Damien Sonny. "La préparation du dossier, introduit en juin 2015, nous a pris trois ans". Le club de 220 membres, en division 3 depuis la saison dernière, figure à présent dans le trio de tête. A Auderghem, le club d'athlétisme installé au centre sportif de la forêt de Soignes attend une rénovation de la piste depuis 2011. En janvier, la chaîne locale BX1 (anciennement Télé-Bruxelles) consacrait un reportage à l'état désastreux des couloirs, occasionnant des blessures à répétition chez les athlètes. A Woluwe-Saint-Pierre, le club de hockey du Royal Orée THB (1 300 membres) est quant à lui confronté à un insoluble problème d'espace. "Nous n'avons qu'un seul terrain ça devient infernal, commente l'administrateur Pierre Lambaux. Mais on n'entrevoit aucune solution dans les prochaines années." Le tableau d'ensemble du "sport pour tous", que prône la Belgique francophone, n'apparaît que par ces petites touches colorées de débrouille, de patience et de fatalisme, y compris au plus haut niveau.

A qui la faute ? Les communes ont une grande part de responsabilité à l'égard des installations sportives qu'elles ont laissé, volontairement ou non, dépérir sur leur territoire. "Même si la Région subsidie une infrastructure, c'est bien le pouvoir gestionnaire qui doit en assumer les investissements de maintenance", rappelle Joseph Piret, président de l'Association des établissements sportifs (AES). Or, la crise des finances communales a accentué la propension des pouvoirs locaux à se tourner systématiquement vers la Wallonie pour financer les rénovations nécessaires. Il en va de même pour les nombreux clubs sportifs qui ont hérité de la gestion complète de leurs infrastructures, sans disposer des ressources financières et techniques pour mener cette mission à bien. "Dans ce contexte, le cadre budgétaire ne nous permet pas de répondre à l'ensemble des demandes", précise René Collin, ministre des Sports et des Infrastructures sportives (CDH). "Mais il ne faut pas voir pour autant le verre à moitié vide. Ces sept dernières années, la Wallonie a investi 350 millions d'euros dans le sport. Soit autant que sur les quinze ans qui ont précédé."

Le dossier dans Le Vif/L'Express actuellement en vente. Avec :

- les progrès fournis pour le basket

- le nombre d'interlocuteurs délivrant des subsides sportifs

- le rôle des communes

- les deals politiques

- focus sur RisingTrack

- promesses et désillusions chez les élites

Retranchée au bout d'un court chemin parsemé de matériel agricole, la petite bâtisse blanche aux portes vertes ressemble à un vieux poste de garde surpris de sa propre pérennité. A l'entrée, un panneau en bois fatigué par la pluie indique l'accès au site du FC Eprave, l'un des deux clubs de foot de la commune de Rochefort, en province de Namur. Le brouhaha de la buvette, malgré le froid, contraste avec la torpeur que suggère ce cadre décrépi. Dans un vestiaire minuscule, une petite dizaine de jeunes lacent leurs chaussures. Accès interdit, jusqu'à nouvel ordre, au terrain A. La Ville y a injecté 5 000 euros l'année dernière, pour le maintenir dans un état décent. Le moindre entraînement ruinerait les efforts de plusieurs mois. En quelques pas spongieux, les joueurs gagnent donc ce qu'il reste du terrain B, recouvert d'une gigantesque flaque. "Comme il appartient au fermier d'en face, on ne peut rien faire de plus pour l'entretenir", soupire Sébastien Boidequin, le "CQ" (correspondant qualifié) un brin dépité du FC Eprave.Deux vestiaires pour les 14 équipes du club, du chauffage "quand il y en a" et un toit plus ou moins étanche, "sauf quand il pleut très fort". Malgré la vétusté des installations, construites il y a 50 ans, le nombre de jeunes augmente d'année en année. Cette saison, ils sont près de 170. Le sort de la petite buvette semble pourtant conduire vers une impasse. Pour financer une hypothétique rénovation, le club devrait assumer 12,5 % du montant global, c'est-à-dire plusieurs dizaines de milliers d'euros. "Impossible !", résume Sébastien Boidequin. Seule lueur dans la grisaille : d'ici un an ou deux, si tout va bien, les joueurs pourront évoluer en partie sur un terrain synthétique commun à quelques kilomètres de là. La Ville compte introduire un dossier en ce sens auprès d'Infrasports, l'administration chargée de centraliser les demandes de subsides pour les installations sportives en Wallonie.La situation du FC Eprave illustre une infime facette de la galère que vivent, tant en Wallonie qu'à Bruxelles, plusieurs milliers de sportifs sur les 620 000 affiliés que comptent les fédérations. Quels leviers actionner, dès lors que les cotisations des membres et le sponsoring privé, quand il existe, ne permettent pas de maintenir une infrastructure sportive à flot ? Ce 18 février, pour soulager cette course harassante aux financements, deux hockeyeurs de haut niveau lancent RisingTrack, une nouvelle plateforme de crowdfunding (financement participatif) destinée à l'ensemble des clubs et des sportifs de Belgique (www.risingtrack.com).Le principe du site web, volontairement mis en ligne à quelques mois des Jeux olympiques de Rio, consistera à convaincre des donateurs de participer au financement d'un projet sportif dont le montant maximal atteint 10 000 euros. "Le temps que les sportifs doivent consacrer à la recherche de financements les détourne de leur objectif premier : s'entraîner dans les meilleures conditions possibles", constate Morgane Vouche, cofondatrice de RisingTrack avec Jérôme Truyens, tous deux joueurs de hockey repris dans la sélection nationale (Red Lions). "Quand on voit ce qui se fait autour de nous, par exemple en Allemagne ou aux Pays-Bas, la qualité des infrastructures et la valorisation des performances prennent une tout autre dimension."La nature des obstacles rencontrés chez nous diffère en fonction de la discipline pratiquée. Dans l'attente d'un terrain synthétique subsidié de 700 000 euros (dont 300 000 en part communale), le Rugby Namur XV évolue sur un "champ de patate", comme le résume son président, Damien Sonny. "La préparation du dossier, introduit en juin 2015, nous a pris trois ans". Le club de 220 membres, en division 3 depuis la saison dernière, figure à présent dans le trio de tête. A Auderghem, le club d'athlétisme installé au centre sportif de la forêt de Soignes attend une rénovation de la piste depuis 2011. En janvier, la chaîne locale BX1 (anciennement Télé-Bruxelles) consacrait un reportage à l'état désastreux des couloirs, occasionnant des blessures à répétition chez les athlètes. A Woluwe-Saint-Pierre, le club de hockey du Royal Orée THB (1 300 membres) est quant à lui confronté à un insoluble problème d'espace. "Nous n'avons qu'un seul terrain ça devient infernal, commente l'administrateur Pierre Lambaux. Mais on n'entrevoit aucune solution dans les prochaines années." Le tableau d'ensemble du "sport pour tous", que prône la Belgique francophone, n'apparaît que par ces petites touches colorées de débrouille, de patience et de fatalisme, y compris au plus haut niveau.A qui la faute ? Les communes ont une grande part de responsabilité à l'égard des installations sportives qu'elles ont laissé, volontairement ou non, dépérir sur leur territoire. "Même si la Région subsidie une infrastructure, c'est bien le pouvoir gestionnaire qui doit en assumer les investissements de maintenance", rappelle Joseph Piret, président de l'Association des établissements sportifs (AES). Or, la crise des finances communales a accentué la propension des pouvoirs locaux à se tourner systématiquement vers la Wallonie pour financer les rénovations nécessaires. Il en va de même pour les nombreux clubs sportifs qui ont hérité de la gestion complète de leurs infrastructures, sans disposer des ressources financières et techniques pour mener cette mission à bien. "Dans ce contexte, le cadre budgétaire ne nous permet pas de répondre à l'ensemble des demandes", précise René Collin, ministre des Sports et des Infrastructures sportives (CDH). "Mais il ne faut pas voir pour autant le verre à moitié vide. Ces sept dernières années, la Wallonie a investi 350 millions d'euros dans le sport. Soit autant que sur les quinze ans qui ont précédé."