Sur le banc des accusés, trois médecins rattrapés par les soupçons qu'ont fini par nourrir les proches de Tine. Témoins de ses derniers instants, ils l'ont été aussi d'une mort médicalement assistée avec un amateurisme qui les a poussés à saisir la justice. Tine n'aurait pas eu droit à une fin de vie dans les règles, trop de zones d'ombre planent sur le processus qui a conduit à sa décision de renoncer à vivre. Et ce qui relevait au départ d'un manque de délicatesse et de bourdes administratives s'est mué en inculpations pour assassinat par empoisonnement syn...

Sur le banc des accusés, trois médecins rattrapés par les soupçons qu'ont fini par nourrir les proches de Tine. Témoins de ses derniers instants, ils l'ont été aussi d'une mort médicalement assistée avec un amateurisme qui les a poussés à saisir la justice. Tine n'aurait pas eu droit à une fin de vie dans les règles, trop de zones d'ombre planent sur le processus qui a conduit à sa décision de renoncer à vivre. Et ce qui relevait au départ d'un manque de délicatesse et de bourdes administratives s'est mué en inculpations pour assassinat par empoisonnement synonyme de renvoi aux assises. Le trio mis en cause risque gros. La réclusion à perpétuité, si le jury populaire devait reconnaître les deux généralistes et le psychiatre coupables d'avoir transgressé la loi. Cette loi, elle aussi, par la force des choses, a pris place dans le box : jamais depuis sa dépénalisation sous conditions en 2002, l'euthanasie n'avait encore déboulé dans un prétoire en Belgique. C'est dire si le procès en cours à Gand remue les consciences bousculées par une tension portée à son comble. D'emblée, les avocats des médecins ont sorti le grand jeu en hurlant au complot réactionnaire, au procès politico-religieux, en dénonçant la présence occulte dans la salle des débats de " cette partie civile qu'est l'Eglise ". L'affaire, clament-ils, est cousue de fil blanc et " un pur scandale " téléguidé depuis Rome : " De bonne source, nous avons appris que les plus hautes autorités de l'Eglise catholique ont influencé et piloté ce procès. "Monde médical, autorités ecclésiastiques et milieux politiques tiennent à l'oeil le déroulement du procès et guettent son issue. Tous conscients que justice ne sera pas seulement rendue à Tine et à la façon dont il a été mis fin à ses jours. Mais que, quel que soit le verdict, le principe même de l'euthanasie pourrait ne pas sortir indemne du procès. Il pourrait même, craint une chroniqueuse du Morgen, ne pas se relever " d'une injection mortelle " administrée par le jury d'assises, qui dissuaderait les médecins de passer encore à l'acte. " Ce ne serait pas juste ", abonde Jan Segers, l'éditorialiste du Laatste Nieuws, en humant l'air du temps en Flandre, moins clément pour l'euthanasie. Elle doit sa dépénalisation partielle à la coalition arc-en-ciel, au temps où libéraux, socialistes et écologistes avaient encore le vent en poupe. Depuis, les conservateurs ont retrouvé des couleurs, " l'aspiration à un réveil éthique est perceptible, au moins en politique ", et le CD&V, toujours en lice pour un gouvernement fédéral, pourrait puiser dans une condamnation judiciaire une raison de remettre à l'agenda la législation sur la fin de vie. Tine aurait-elle voulu cela ?