Cela n'était pas arrivé depuis 22 ans. Avec une présidence tournante semestrielle des 47 Etats du Conseil de l'Europe se succédant par ordre alphabétique, l'occasion se fait plutôt rare. Et, hasard du calendrier, cette présidence s'annonce cruciale. "Elle intervient à un moment délicat pour l'organisation", reconnaît l'ambassadeur Jean-Baptiste Mattéi, représentant permanent de la France auprès du Conseil de l'Europe. Créé pour redonner vie aux droits de l'homme sur un continent ravagé par la guerre, le Conseil de l'Europe fête ses 70 ans, l'occasion de rappeler ses succès -au premier rang desquels la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH)- mais aussi les difficultés budgétaires et de fonctionnement qu'il traverse. Le 25 juin, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) élira son nouveau secrétaire général qui succèdera au Norvégien Thorbjorn Jagland. Deux candidats plutôt consensuels sont en lice: le vice-Premier ministre belge Didier Reynders et la ministre croate des Affaires étrangères et européennes Marija Pejcinovic Buric. Mais cette élection pourrait marquer un point de non-retour dans la crise entre l'organisation et la Russie. Pour sanctionner l'annexion de la Crimée par Moscou, l'APCE avait privé de leurs droits de vote en 2014 les parlementaires russes siégeant en son sein. Moscou a répliqué par la politique de la chaise vide. Et depuis 2017, la Russie ne verse plus sa contribution de 33 millions d'euros au budget annuel du Conseil de l'Europe, faisant planer une menace de réduction d'effectifs et d'activités sur l'institution. Les parlementaires russes étant absents des bancs de l'APCE, ils ne votent plus depuis cinq ans pour élire les juges de la CEDH, ni le commissaire aux droits de l'homme. L'élection du prochain secrétaire général du Conseil pourrait être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Si les Russes ne peuvent toujours pas voter, Moscou menace de quitter purement et simplement le Conseil de l'Europe. (Belga)