On dirait bien qu'en matière de bien-être animal, il n'y ait plus qu'un seul thème : l'abattage rituel de moutons. Les protecteurs des animaux et leurs disciples politiques sont contre, car les animaux souffriraient une minute de plus que quand on les endort préalablement.
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On dirait bien qu'en matière de bien-être animal, il n'y ait plus qu'un seul thème : l'abattage rituel de moutons. Les protecteurs des animaux et leurs disciples politiques sont contre, car les animaux souffriraient une minute de plus que quand on les endort préalablement.Le débat agite à ce point les esprits qu'un ministre flamand qui possède un grand nombre de compétences (NDLR : Ben Weyts) donne l'impression de s'occuper uniquement de l'abattage rituel, et qu'un parlementaire flamand (NDLR : Hermes Sanctorum) quitte son parti pour défendre librement un décret sur l'interdiction de l'abattage rituel. Le débat autour de l'abattage rituel démontre que notre État-providence s'engage pour la protection maximale des plus faibles. Personne n'est abandonné à son sort, y compris les êtres sans défense que sont les animaux. Évidemment, le système n'est pas parfait, on l'a vu avec le garçon sorti d'un institut mort de faim et de froid dans une tente. Malheureusement, le débat sur l'abattage rituel ne porte pas uniquement sur cette minute de souffrance supplémentaire des moutons. On ne peut que constater que pour beaucoup, le dénigrement des musulmans semble primer sur la souffrance des moutons. L'abattage rituel cadre dans l'autre débat qui a agité les esprits cet été : peut-on se rendre à la plage en burkini ? Il ne s'agit pas de droits de la femme, mais de la question si le burkini a sa place dans notre société. Les musulmans doivent s'adapter à notre système, et non l'inverse, signifie le message sous-jacent. Nous ne devons pas accepter leurs moeurs présentées comme arriérées - ou au moins comme retardées. De temps en temps, on entreprend une initiative courageuse pour entraîner la communauté juive dans le débat, car elle aussi pratique l'abattage rituel qu'elle défend obstinément en affirmant que leurs lames sont plus affûtées que celle des musulmans, de sorte que les animaux souffrent moins longtemps. Cependant, pratiquement personne ne contestera que dans cette discussion, ce sont surtout les musulmans qui sont visés. Une forme autochtone d'abattage rituel Or, si l'abattage rituel était simplement une question de bien-être animal, il est étonnant qu'on ne débatte pas d'une forme autochtone d'abattage rituel qui n'est pas pratiquée par des gens de religion bizarre qui souhaitent la vivre comme ils l'entendent, mais par des personnes généralement issues de l'élite de notre société qui se vêtent d'une espèce d'uniforme brun et vert, de chapeaux bizarres et de bottes coûteuses, et qui pratiquent aussi des rituels, tels que la sonnerie du clairon et se servent d'un jargon spécifique (tels que 'récolter' au lieu de tuer). Il s'agit de la chasse, dont la grand-messe a lieu cet automne. Aucun animal n'est endormi avant d'être abattu. Si la victime est malchanceuse, elle s'écrase blessée, elle est attaquée par un chien fou qui la prend dans sa gueule pour la porter à son propriétaire, un procédé qui dure généralement plus d'une minute. Il n'y a pas de chiffres fiables à propos du pourcentage de gibier tué sur le coup, mais l'expérience nous apprend qu'il est plus faible qu'on nous le fait accroire. Et je ne parle même pas du stress que subissent les animaux quand ils sont poursuivis. Personne ne défend ces animaux, qui subissent aussi une souffrance extrême, comme on l'appelle dans le jargon de l'abattage rituel. Et si l'on compte aussi les pigeons abattus pour protéger les cultures agricoles et qui agonisent souvent d'une mort lente au bord des champs, il s'agit d'un nombre d'animaux beaucoup plus élevé que les moutons égorgés pour nourrir la pratique religieuse des musulmans. Une organisation comme Gaia sait qu'il est possible de tirer un profit politique de l'abattage rituel, et qu'il est possible de convaincre les adeptes, à cause de la connotation de dénigrement des musulmans qui l'entoure. Gaia est un mouvement pur de défense des animaux, mais le pragmatisme n'est pas étranger à Michel Vandenbosch et les siens. Deux poids, deux mesures Si on veut pousser la discussion sur la chasse à outrance, on pourrait se demander pourquoi en cette époque de peur et de terrorisme, avec des militaires dans les rues commerçantes et des politiques qui veulent instaurer des mesures drastiques de privation de liberté, notre société tolère d'autres personnes armées que les militaires et les policiers. C'est une question absurde, mais elle vient étayer l'impression qu'on manie deux poids, deux mesures dans le jugement des pratiques de deux groupes de personnes. On n'accepte pas des uns que les moutons mettent une minute de plus à mourir, alors qu'on ne pose aucune question sur la souffrance qu'ils infligent aux animaux qu'ils récoltent. Un massacre rituel n'est pas l'autre.